Energies renouvelables en Méditerranée

Aitziber Echeverria, coordinatrice du Programme Azahar (www.programa-azahar.com)

Le Programme Azahar est un effort de coordination des acteurs publics et privés de la coopération espagnole au développement dont la vocation est d’encourager le développement durable, la protection de l’environnement et la conservation des ressources naturelles dans le bassin de la Méditerranée sur la base de réalisations concrètes. 

Cette initiative de l’Agence espagnole de coopération internationale (AECI) est étroitement liée à la lutte contre la pauvreté, objectif final des politiques espagnoles de coopération au développement. Les populations les plus pauvres sont davantage dépendantes de l’environnement et de l’utilisation des ressources naturelles. C’est pourquoi elles sont les plus vulnérables à l’accès à de telles ressources et à l’impact de la dégradation environnementale dans tous ses effets (changement climatique, perte de biodiversité, etcétera). Pour cela, les différentes interventions qui sont mises en œuvre dans le cadre d’Azahar doivent contribuer significativement à l’Objectif de Développement du Millénaire (ODM) no 7  » Garantir la durabilité environnementale « , ainsi que faciliter le respect des engagements pris par l’Espagne dans les conventions internationales en matière d’environnement. 

La perte des services environnementaux découlant des écosystèmes constitue à l’heure actuelle une barrière importante pour atteindre les ODM de réduire la pauvreté, la faim et les maladies. C’est ainsi que le reprend le Plan directeur 2005-2008 qui considère la durabilité environnementale comme l’une des priorités (horizontale et sectorielle) de la coopération espagnole. Dans un tel contexte, il est nécessaire d’incorporer l’environnement et la gestion et utilisation des ressources naturelles à toutes les interventions destinées à atteindre les ODM, en travaillant simultanément et de manière intégrative dans trois domaines : environnemental, économique et social. 

La crise environnementale et la perte de diversité biologique représentent ainsi un grave problème économique et d’opportunité pour les pays à faibles et moyens revenus, puisque ces deux facteurs sont intimement liés à leurs chances de développement futur et aux besoins primaires de la population la plus démunie. Pour cela, les défis environnementaux que doivent relever les pays méditerranéens ne sont pas seulement en rapport avec la préservation du milieu, mais encore sontils indissociables des principaux problèmes de la région et donc de son avenir économique et social. De fait, en raison de la relation entre les problèmes environnementaux et les ressources locales, la pauvreté est à la fois le résultat et la cause d’une mauvaise qualité environnementale. 

La densité de population dans la région, ainsi que ses hautes valeurs environnementales et la richesse de sa biodiversité, font de la conservation de la qualité environnementale l’un des aspects essentiels du processus de développement humain dans la zone méditerranéenne. 

A l’heure actuelle, la population totale des pays riverains dépasse 430 millions de personnes, alors qu’en 1970, elle n’était que de 280 millions (soit une augmentation de 50 %). Les prévisions montrent un ralentissement de la croissance démographique dans la région, mais la plupart de l’augmentation se concentrera dans les pays de la rive sud et est de la Méditerranée. Deux mouvements de population bien définis sont déjà visibles : à l’échelon national, du centre vers les côtes ; et à l’échelon international, du Sud et de l’Est vers le Nord. 

La zone littorale de la Méditerranée possède plus de 100 villes de plus de 100 000 habitants. Dans une bonne partie des pays du sud et de l’est de la Méditerranée, les agglomérations urbaines les plus importantes sont placées dans les régions côtières qui, d’autre part, correspondent généralement aux zones les plus fertiles. Leur population urbaine s’accroît de façon accélérée et désordonnée, en raison de la forte croissance démographique et des flux de population internes déjà mentionnés, ce qui se traduit par de graves pressions sur l’environnement. 

Le grand exode rural s’accompagne d’une diminution de la qualité de vie dans les villes, qui constitue l’un des problèmes les plus urgents à résoudre dans la région. Même ainsi, c’est dans les zones rurales que l’on gagnera à long terme la bataille environnementale, puisque c’est là que se concentre le patrimoine naturel, et que c’est en outre la pauvreté rurale qui alimente l’exode et l’urbanisation. 

La pression démographique, la modification des techniques d’exploitation et d’utilisation du sol ont provoqué une plus forte pression sur les ressources naturelles, dont les effets ont été souvent contre-productifs sur la quantité et qualité de ces dernières. Tel est le cas de nombreuses zones souffrant de processus de désertification, perte de fertilité du sol, surexploitation des nappes aquifères, surpêche. Cette exploitation des ressources au-delà de leur capacité de régénération alimente le cercle vicieux pauvreté-dégradation de l’environnement. 

Il convient de prendre également en compte l’augmentation des inégalités entre les pays du Nord et ceux du Sud : presque toutes les tendances environnementales ont davantage d’impact sur les pays les plus pauvres où le climat est plus aride, leur dépendance des ressources naturelles de base plus grande, la croissance démographique plus forte, les taux de pauvreté plus élevés et leur capacité institutionnel pour faire face à de tel enjeux moindre. 

L’objectif du programme Azahar est de produire un impact réel sur le développement humain des pays du bassin de la Méditerranée, compatible avec la conservation de leurs ressources naturelles et la protection de l’environnement, et contribuant au respect des engagements adoptés dans les forums internationaux en matière environnementale par les pays bénéficiaires. En ce sens, les actions du Programme Azahar doivent répondre simultanément à trois principes ou critères élémentaires : le développement des populations locales et l’amélioration de leurs conditions de vie ; la protection de l’environnement et la conservation des ressources naturelles ; et la consolidation organisationnel et institutionnel, en fortifiant les capacités de planification et de gestion locales. 

Azahar compte sur la participation du ministère des Affaires étrangères et de la coopération, à travers l’AECI, des ministères de l’Agriculture, la Pêche et l’Alimentation, de l’Environnement, de l’Economie et des Finances, de l’Education, des Sciences et de l’Industrie, du Tourisme et du Commerce, des communautés autonomes d’Andalousie, Asturies, Baléares, Canaries, Castille La Manche, Catalogne, Madrid, Murcie, Navarre, Valence, ainsi que de la Confédération des Fonds de Coopération et de Solidarité. 

En outre, le Programme Azahar est ouvert à la participation d’autres communautés autonomes et d’administrations locales, de même que de la société civile, à travers des ONG et institutions académiques et de recherche ou appartenant au domaine des entreprises et qui développent ou souhaitent développer des actions significatives dans les zones d’intervention d’Azahar. 

Le domaine géographique du Programme se centre sur trois grandes sous-régions de la Méditerranée – Maghreb, Proche-Orient et Europe du Sud-Est – où habitent plus de 165 millions de personnes. 

Dans le Programme Azahar, sept domaines d’intervention ont été définis. Ceux-ci visent à apporter une réponse effective aux principaux problèmes environnementaux rencontrés par les pays du bassin de la Méditerranée et dans lesquels l’Espagne possède une grande expérience et un haut niveau de connaissances, qui permette d’introduire des procédés de transfert de technologies efficaces. 

Il s’agit des domaines d’intervention suivants : conservation des sols, gestion durable de l’eau, énergies renouvelables et utilisation efficace de l’énergie, tourisme durable, production durable, assainissement environnemental, et planification et gestion environnementales. Ils sont tous liés aux activités qui jouent un rôle dans l’évolution de l’environnement dans la Méditerranée, telles que les politiques énergétiques, le développement touristique dans la région – l’une des principales destinations mondiales – l’intensification de l’agriculture, le développement des transports et de l’industrie, etcétéra. 

Le Programme Azahar regroupe actuellement 108 projets en cours. Mis à part les projets de coopération au développement sur le terrain, Azahar organise, promeut et participe à de nombreuses actions de sensibilisation, divulgation et formation qui se situent dans le cadre des domaines d’intervention définis. Il est considéré que dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée, il est nécessaire de déployer des efforts à l’échelon institutionnel, non seulement pour disposer d’instruments de type réglementaire adéquats, mais encore de mesures de stimulation économique et d’outils de gestion adéquats à partir desquels sont conçues les nouvelles politiques sectorielles et horizontales pour la préservation de l’environnement. Pour toutes ces raisons, la coopération entre les pays de la Méditerranée est indispensable dans le domaine économique et environnemental, à travers des programmes de formation et de sensibilisation destinés aux techniciens et responsables de la prise de décisions. Chaque année, le Programme Azahar organise une importante programmation de séminaires avancés pour experts et professionnels, et en particulier des institutions publiques ou ministères des pays de ce domaine géographique. 

Energies renouvelables en Méditerranée 

Au cours des prochaines années, il est prévu un accroissement de la demande énergétique de 120 % dans les pays du bassin de la Méditerranée, suite à la croissance démographique et aux besoins liés à la croissance économique.
Les pays riverains de la Méditerranée réunissent des conditions optimales pour utiliser et développer les énergies renouvelables en tant que ressource locale et non polluante, ce qui peut simultanément contribuer à encourager leur indépendance énergétique. Dans un tel contexte, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique sont d’une importance vitale, principalement dans les pays où le niveau de développement des infrastructures énergétiques est encore très élémentaire. 

Les pays du sud de la Méditerranée présentent dans leur ensemble une efficacité énergétique déficiente qui devrait donner lieu, selon les prévisions, à des risques environnementaux croissants. En ce sens, il est nécessaire de diffuser des mesures d’efficacité énergétique auprès des consommateurs et de développer les capacités locales afin de favoriser une utilisation rationnelle de l’énergie en général et des énergies renouvelables en particulier, ainsi que de technologies plus propres et efficaces. 

L’incorporation de la lutte contre le changement climatique dans le contexte de la coopération au développement est fondamentale. D’après les prévisions, les effets écologiques, sociaux et économiques du changement climatique sont à la fois spécifiques et interdépendants. Pour être efficaces, les options d’adaptation, entendues comme les mesures pouvant être utilisées pour diminuer la vulnérabilité au changement climatique, devront tenir compte de ces complexités, puisque le changement climatique est déjà en train de se produire et que l’adaptation à ces effets nuisibles est devenue un besoin. Il faut également intégrer la problématique de la mitigation dans tous les aspects de l’aide au développement afin d’atteindre une croissance économique produisant moins de carbone. 

En ce sens, le Programme Azahar possède un domaine d’intervention lié à la promotion des énergies renouvelables et à un usage efficace de l’énergie. Les interventions mises en œuvre dans ce domaine dans le cadre du Programme se focalisent sur les domaines suivants : 

– Aide à l’utilisation d’énergies renouvelables – éolique, solaire thermique, solaire photovoltaïque, biomasse, mini-hydraulique, géothermique. 

– Encouragement de l’utilisation efficace des différentes sources d’énergie, l’un des principaux aspects à améliorer en vue d’une utilisation plus durable de l’énergie. 

– Renforcement des capacités de formation, d’installation et d’utilisation des énergies renouvelables. 

Intégration de la lutte contre le changement climatique. 

– Réalisation d’études de viabilité d’implantation de systèmes générateurs d’électricité à partir d’énergies renouvelables. 

Le Programme Azahar considère que l’application des énergies renouvelables peut être d’une grande utilité, en offrant comme alternative au chauffage de l’eau par énergie thermique, la distribution de l’eau par pompage solaire et l’électrification des agglomérations rurales dispersées, par exemple. Dans ce dernier cas, il convient de souligner les projets pilote Azahar dans des zones localisées, en insistant tout particulièrement sur le transfert des connaissances, le renforcement des capacités locales et l’approche participative ; tel est le cas des projets d’électrification avec des micro-réseaux de génération solaire hybride actuellement en cours au Maroc et en Algérie, conjointement avec la Generalitat de Catalogne. D’autre part, c’est sur ce domaine d’intervention que reposent les structures administratives chargées de diffuser ce type d’énergies à l’échelon national ou régional comme le projet de renforcement institutionnel de l’Agence nationale des énergies renouvelables de Tunisie par l’élaboration d’une carte éolienne nationale, avec le soutien du gouvernement régional de Navarre. 

En essayant d’apporter une réponse aux principaux problèmes du bassin méditerranéen, en se fondant sur les engagements pris par la communauté internationale vis-à-vis du développement durable, de la protection de l’environnement et de la conservation des ressources naturelles, et avec la croissante participation de la société espagnole, le Programme Azahar reconnaît l’importance de la conservation et de la gestion durable des ressources naturelles dans la lutte contre la pauvreté, une condition sine qua non pour le développement durable des peuples.