n.49 Arabie saoudite: nouveau roi, nouvel ordre

Editorial

Tunis, Paris, Bagdad, Ankara, Bruxelles… Sont quelques-unes des villes qui ont enduré dernièrement la brutalité du terrorisme. Suite aux attentats en Belgique, les Européens semblent avoir assumé que la menace perdurera et paraissent se trouver dans un processus de normalisation de l’angoisse de ne pas savoir où et quand aura lieu la prochaine attaque. Cette crainte n’est pas dénuée de fondement, mais il convient de rappeler que seulement 0,1 % des attentats jihadistes commis entre 2000 et 2014 ont eu lieu en Europe et que la plupart des victimes d’attaques terroristes et de la brutalité de groupes comme Daech sont musulmanes.

Cependant, frapper sur le sol européen en termes de coût-bénéfice est beaucoup plus rentable. D’une part, l’impact médiatique est disproportionnellement plus élevé que lorsque l’attaque a lieu à Tunis ou à Bagdad. Et de l’autre, Daech vise à exploiter les fractures sociales et politiques là où il agit et l’Europe n’est pas une exception. Il tire parti de réactions à chaud, de potentielles actions disproportionnées, de l’instrumentalisation politique du terrorisme.

Le gouvernement belge a annoncé des raids en Syrie et en Irak en réponse aux attentats, sans réfléchir sur l’utilité de ces bombardements qui se produisent depuis plus d’un an et, bien qu’ils aient pu réduire physiquement l’organisation, ils n’ont pas pu éviter sa métastase sur d’autres territoires comme la Libye, ni la croissance de son activité sur le sol européen et asiatique. La réponse, « le tout-sécuritaire », a été immédiate et exploitée par tous ceux qui se permettent de faire un amalgame entre la gestion des frontières et la prévention du terrorisme à la suite de la crise des réfugiés. Plus de frontières, plus de murs et moins de Schengen, moins d’Europe. Cependant, les partisans de ce paradigme ne tiennent pas compte du fait que ces mesures ne sont pas d’une grande utilité face à des frontières globales de plus en plus diffuses et à un ennemi commun de plus en plus omniprésent. Sans oublier l’importance des conflits au Moyen-Orient dans l’équation jihadiste – rappelons comment Federica Mogherini faisait référence à une solution en Syrie comme élément fondamental pour lutter contre Daech –, il faut se demander quelle est la responsabilité d’une Europe dont des milliers de citoyens rejoignent les rangs de Daech et bon nombre d’entre eux pensent revenir et attaquer les pays qui les ont vu naître.

Connaissant la fragmentation de l’Union européenne, à la suite de la crise économique, ainsi que les divergences notables au moment d’aborder l’arrivée des réfugiés et les limites de la coopération en matière de sécurité, un maillon faible de l’intégration européenne, Daech réussit à ouvrir des plaies très profondes dans le véritable coeur de l’Europe.

Une plus grande coordination policière, judiciaire et des services de renseignement est nécessaire, sans que cela se produise aux dépens de valeurs et de libertés qui ont construit le capital humain et éthique de l’UE. La sécuritisation à n’importe quel prix n’est pas bonne conseillère, elle encourage l’autoritarisme et elle provoque des dérives radicales et violentes. Il suffit de voir comment le retour à l’autoritarisme dans le monde arabe n’a fait qu’enflammer la montée du jihadisme.

Par ailleurs, il est indispensable de sauver l’idée d’une Europe diverse, tolérante, respectueuse des droits de l’homme, sensible à la douleur d’autrui, que la gestion ineffable des réfugiés a brisée. C’est l’Europe qu’il reste à construire. Aussi bien la gauche que la droite de l’éventail politique, que les secteurs islamophobes prétendant mettre le feu aux poudres de la guerre culturelle, tellement utile et bénéfique pour Daech, que les eurosceptiques et les partisans de la « renationalisation » de la sécurité et de la défense, tous eux n’ont fait que nuire à l’unité indispensable contre le terrorisme. Il ne sert à rien de s’en prendre aux institutions européennes naissantes alors qu’il existe un manque de capacités transférées et coordonnées au niveau fédéral européen. C’est uniquement d’une façon réfléchie, méditée, conjointe et coordonnée que l’on peut faire face à la menace du terrorisme. Il est clair que ce dont on a besoin c’est de « Plus d’Europe ».

Les femmes et la population rurale jeune : le grand défi du développement

Le développement est un concept contesté et un terme qui revêt des formes diverses et qui ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Mais si nous l’envisageons sous un angle transformatif, il pourrait simplement signifier s’attaquer à des déterminants structurels de la pauvreté, de l’inégalité, de l’injustice et de la dégradation de l’environnement plutôt que de s’occuper de ses symptômes et de ses effets collatéraux. Développement veut dire changement dans le sens d’élargir l’éventail des possibilités des populations et la...

Tunisie, le bilan très controversé de la transition

La période qui a suivi le départ de Zine el Abidine Ben Ali a été porteuse d’espoir. Les Tunisiens semblaient s’investir dans une vie politique qui renaissait de ses cendres après des années de torpeur et d’immobilisme politique. Avant même le départ de Ben Ali et après l’immolation par le feu de Mohammed Bouazizi le 17 décembre 2010, la rue tunisienne était devenue le théâtre de la vie politique. Un conflit s’est rapidement installé entre les instances de l’exécutif et des organisations qui, avec le soutien de la rue, leur contestent toute légitimité. L’élection présidentielle qui devait être organisée rapidement, avant même la révision de la Constitution a été abandonnée au profit de l’élection d’une Assemblée constituante. À partir de mars 2011, Béji Caïd Essebsi a été appelé à diriger le troisième gouvernement. Cet homme du passé, qui avait été ministre de Habib Bourguiba a opéré une synthèse entre le passé et le... Lire la suite

Espagne-Maroc : relation dynamique, voisinage complexe

Le Maroc constitue, pour de nombreuses raisons, une priorité pour la politique étrangère espagnole. Ces raisons sont expliquées dans un rapport sur les relations bilatérales hispano-marocaines, publié fin 2015 par le Real Instituto Elcano (Relaciones España-Marruecos, Informes Elcano 19). Malgré son caractère prioritaire, depuis la Transition espagnole, aucune politique d’État explicite – avec des objectifs définis et des consensus de base sur les ressources, les approches et les mesures – n’a été développée afin de guider la politique de l’Espagne vis-à-vis de son voisin du Sud. Cependant, malgré cette carence et les hauts et les bas, les relations hispano-marocaines sont marquées par une stabilité relative depuis 30 ans. Or, il ne faut pas considérer cette stabilité dans les institutions et dans les mécanismes de prise de décisions comme acquise, surtout dans une période où les deux pays font face à d’importants défis internes et où la Mé... Lire la suite

Le monde rural : le grand oublié des politiques méditerranéennes de l’UE

Sans être les seuls déterminants des mouvements de révolte dans le monde arabe de 2011, les vulnérabilités du monde rural au sud de la Méditerranée ont constitué un facteur important. Personne ne peut nier que l'insécurité alimentaire, la hausse des prix des denrées de première nécessité, les effets dévastateurs du changement climatique et la dégradation de l'environnement ont joué un rôle sinon décisif, du moins significatif dans leur déclenchement. En Europe même, on a vu des manifestations de paysans et de fermiers barrant des routes, exprimant leur colère face à la rapacité des grandes surfaces qui engrangent des bénéfices importants à leur détriment. C'est à dire que les mondes ruraux au Sud comme au Nord de la Méditerranée se trouvent confrontés à des problèmes graves, même s'ils sont de nature et d'intensité différentes. C'est naturellement au Sud que les vulnérabilités et les contraintes sont les plus aigües. C'est là, en ef... Lire la suite

Innovation et technologie : quels enjeux pour l’agriculture et le monde rural en Méditerranée ?

Les défis à relever pour les agricultures de l’espace méditerranéens sont nombreux. À la rareté des ressources naturelles et à l’accentuation des contraintes climatiques s’ajoute cette équation essentielle : produire plus (croissance démographique oblige) mais mieux (réduction des pertes et gaspillages, protection de l’environnement, démarches qualitatives, etc.). Dans ce contexte, les pays méditerranéens considèrent avec la plus grande attention toutes les options possibles concernant les moyens d’améliorer leurs modes de production agricole...

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