n.52 Minorités et frontières dans le monde arabe

Editorial

Le dimanche 11 décembre 2016, 12 kilos d’explosifs explosaient dans l’Église Saint-Pierre et Saint-Paul du Caire, proche de la cathédrale copte du Caire. . En à peine 24 heures, le président, Abdelfattah al Sissi, a annoncé à la presse le nom de l’auteur présumé de l’attentat, un jeune supposément lié aux groupes jihadistes du Sinaï. Ainsi, il a coupé court aux critiques au sujet des possibles failles dans le système de sécurité qui ont empêché son identification lors de son entrée dans le temple. Sans doute, ce fait va aggraver les tensions sectaires qui traversent la région comme une ombre menaçante qui empreint de religion tout ce qui ce passe ici. L’historique des attaques contre la communauté copte est long et douloureux en Égypte. Il est encore tôt, mais nombreuses sont les voix qui accusent un dispositif de sécurité précaire. D’autres renvoient au contexte d’essor de la violence, que l’on impute à l’expansion des tentacules du Daech, mais aussi à la vague de répression déchaînée après le coup d’État qui a renversé Morsi du pouvoir. À quel point la désintégration de la confrérie et la potentielle radicalisation d’anciens jeunes frères se trouvent derrière cette croissante violence, est une question difficile à résoudre. La possibilité que cette attaque entraîne une plus grande répression (contre les Frères musulmans) et éloigne encore plus l’horizon d’une réconciliation (entre acteurs politiques et sociaux) en Égypte, n’est pas un bon dessein. Si Daech se trouve derrière l’attentat, comme semble le signaler le gouvernement, il n’y a pas de doute qu’il aura atteint son objectif.

Cependant, il serait erroné d’interpréter cette action seulement en termes religieux. On ne peut pas nier que la tension sectaire s’accroît, mais, souvent, les tensions sectaires ou les conflits entre majorités et minorités, comme l’analyse la section Grand Angulaire, s’expliquent mieux en raison de la politique plutôt que de la foi. S’il est vrai que le discours de confrontation religieuse est ancré dans l’imaginaire jihadiste, on ne doit pas oublier une réalité historique de cohabitation entre religions, dans un contexte de grande diversité ethnique et confessionnelle. D’un autre côté, pour comprendre les racines de la violence dans la région, qu’elle soit sectaire ou pas, il faudrait se demander à quel point les arguments religieux servent à légitimer des actions qui répondent à des pulsions politiques. Qu’est-ce qui explique l’attentat du Caire : la haine religieuse ou la rancoeur à une partie de la population pour son appui inconditionnel à Al Sissi ? L’attentat contre les coptes est-il une autre façon, déviée et sectaire, d’attaquer ceux que l’on identifie erronément avec « l’ennemi occidental » ?

Daech a mis en pratique la haine dialectique du jihadisme avec des actions contre des minorités chrétiennes, musulmanes chiites et tous ceux qui pensent différemment à eux, musulmans sunnites y compris. Mais l’identification entre Occidentaux et chrétiens n’est pas nouvelle. Historiquement, les minorités ont été interprétées comme des chevaux de Troie des puissances européennes, comme des victimes opprimées par des majorités nationales ou par des groupes religieux fanatisés. Au-delà, comme le signale Jordi Tejel, il reste encore beaucoup à écrire sur l’intersection entre puissances européennes et leur rôle au cours de l’époque coloniale dans leur relation avec les « minorités » et les « majorités », les élites locales et les élites « minoritaires ». Une intersection qui se situe dans le cadre de la création des nouveaux États-nation arabes postcoloniaux, nés avec le pêché originel de la tension entre la construction nationale et la solidarité identitaire au sein de et à travers les frontières.

Selon Elizabeth Picard, les expériences de la Syrie baasiste, du confessionnalisme politique au Liban et de la reconstruction du système irakien depuis 2003, ont mis en relief les maux à éviter. La guerre de Syrie a démontré que la question kurde et l’ajustement de la diversité ethnique et confessionnelle au Moyen-Orient constitue un défi qui va impliquer de profondes réformes constitutionnelles, mais aussi des révisions du modèle étatique. Il ne s’agit pas seulement de remettre en question Sykes-Picot et le tracé des frontières, mais tout l’ordre étatique. Reste à voir si la communauté internationale et l’élite politique régionale et locale ont suffisamment de créativité politique et diplomatique pour affronter ce défi.

L’Irak, au-delà de Mossoul

Malgré ce que l’on pourrait déduire en première instance de l’effet médiatique qui situe Mossoul au centre du problème en ce qui concerne l’Irak aujourd’hui, la réalité s’entête à démontrer que d’autres questions, tout aussi complexes à gérer ou plus, remplissent l’agenda national. Évidemment, la reconquête de Mossoul est une priorité notoire, mais trouver une sortie à la grave crise économique et politique, réduire à des niveaux supportables le degré de violence qui dévaste les rues d’une bonne partie du pays, maintenir l’unit...

Égypte : évolution par restitution ?

Selon bon nombre d’indicateurs, la révolte égyptienne qui a éclaté en 2011, a déçu presque tous les observateurs, de même que les participants. Les cantiques qui réclamaient « pain, liberté, justice sociale et dignité humaine », répétés à chaque occasion, semblaient le dénominateur commun des manifestants les premiers jours du soulèvement. Malgré les différentes significations que ces concepts peuvent revêtir pour les plateformes les plus politisées, aucun de ces slogans n’est devenu un tant soit peu une réalité. De ce fait, depuis 2013, le contexte économique et politique du pays a empiré comme jamais depuis des décennies. Le nombre de prisonniers politiques a atteint des niveaux inédits, la loi punit les réunions et les protestations pacifiques et les mouvements sociaux font l’objet de persécutions et de répressions. Du point de vue économique, la situation s’est détériorée jusqu’au point d’avoir inspiré des gros titres tels que «... Lire la suite

Le Maghreb face aux défis de l’Agenda 2030

Dans les 15 prochaines années, les efforts déployés au niveau mondial en faveur du développement durable s’appuieront sur les 17 objectifs et 169 cibles connexes formulés dans le nouvel Agenda 2030. Après un processus de négociation intense mené pendant trois ans par les 193 États membres de l’ONU et au cours duquel les pays du Maghreb ont pu faire valoir leurs préoccupations, l’Agenda 2030 est entré en application au niveau national et international cette année. Quels challenges représente- t-il pour les pays du Maghreb ? Les pays de la région ont dressé le bilan des réalisations des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Ils font prévaloir d’avoir été en mesure d’honorer leurs engagements au titre des OMD, à quelques indicateurs près, plus particulièrement dans les domaines de la santé, de l’égalité de genre et de l’environnement. Des rapports ont procédé à des évaluations des acquis que ces pays doivent consolider,... Lire la suite

L’aide européenne en Méditerranée : l’Agenda 2030 avec des idées de 1950

L’Agenda du Développement durable est un accord des Nations unies sur la transformation du monde qui doit être abordée entre 2016 et 2030 pour éliminer la pauvreté et pour construire un monde plus prospère, pacifique et durable. Selon cette démarche et son approche multidimensionnelle – économique, sociale et environnementale –, il semblerait que l'Agenda constitue un instrument approprié pour orienter la coopération européenne vers la Méditerranée. Cependant, cet article explique pourquoi il n'aura pas d'effet significatif sur la coopération euroméditerranéenne. L'article examine tout d'abord les éléments de l'Agenda 2030 qui sont les plus appropriés à la région et il identifie leurs similitudes avec la théorie et la pratique de la coopération euroméditerranéenne pendant des décennies. Puis il met en lumière certaines questions qui ne sont pas soulevées par l'Agenda, malgré leur importance et qui sont pourtant prioritaires dans la politique... Lire la suite

Le voyage d’Ennahda

Au cours de son dernier congrès tenu en mai 2016, le parti politique tunisien Ennahda a annoncé la conclusion de sa procédure de transformation en un parti de démocrates musulmans, engagé à respecter les principes de la liberté et de la démocratie et entièrement consacré aux questions politiques. Plus de 80 % des délégués d’Ennahda ont voté pour cette mutation formelle, dont le principal objectif est de séparer l’activisme politique du religieux. La séparation entre le prosélytisme (dawa) et la politique est maintenant totale et officielle. L...

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