Migrations in the Mediterranean

Ricard Zapata-Barrero e Ibrahim Awad (Ed.)
IMISCOE y SPRINGER, 2023 428 pág.
Tout simple qu’il puisse paraître, le titre de Migrations in the Mediterranean, renferme une claire déclaration d’intentions. Ainsi le mot Migrations au pluriel, si peu habituel dans le monde anglo-saxon et sans nul doute délibérément employé par les éditeurs, indique un intéressant point de départ d’où aborder les dynamiques migratoires en Méditerranée dans toutes leurs variantes, complexités et échelles, par-delà les récits réducteurs et stéréotypés.
Migrations in the Mediterranean, coédité par Ricard Zapata-Barrero (GRITIM-UPF) et Ibrahim Awad (Center for Migration and Refugee Studies, American University in Cairo), et publié par IMISCOE et SPRINGER dans sa serie « Regional Readers », rassemble les contributions de quelque 40 chercheurs de tous âges et nationalités méditerranéennes.
L’ouvrage s’articule en cinq volets stratégiques qui aident à comprendre les migrations en Méditerranée, leurs causes, leurs conséquences, les dynamiques géopolitiques et historiques, ainsi que le rôle de plusieurs acteurs clé, leurs interrelations (non exemptes de dynamiques de pouvoir), et le fonctionnement de certaines politiques migratoires à l’échelon régional, national et local. Voici ces cinq volets : relations géopolitiques méditerranéennes ; gouvernance et politiques ; causes de mobilité ; histoire, villes et transformations sociales ; économie et marché du travail. Ces grands axes véhiculent une analyse exhaustive et holistique des migrations, au sein de laquelle une attention toute particulière est accordée à la composante politique et à celle de la gouvernance multilatérale et régionale.
Migrations in the Mediterranean est le résultat du travail conjoint de nombreux chercheurs désireux de créer un ambitieux corpus de connaissances s’appuyant sur un engagement – celui de contribuer, moyennant une information rigoureuse, au débat académique, politique et social sur les migrations en Méditerranée, et ce, d’un point de vue pluridisciplinaire, postcolonial, faisant preuve de recul par rapport au prisme eurocentrique, et multiscalaire.
Nul doute que l’un des apports les plus remarquables de ce livre est ce tout dernier point. L’ouvrage introduit des perspectives régionales et locales en dépassant le centralisme étatique qui caractérise si souvent l’étude des migrations, en attribuant aux villes un rôle de premier plan.
De fait, la perspective multiscalaire dépasse le cadre géographique et explore d’intéressantes possibilités. Certains chapitres prennent l’individu comme unité et comme échelle d’analyse, personnifiant les processus migratoires via la voix des migrants, rendant compte de leurs préoccupations et de leurs aspirations. Tout cela est obtenu grâce à une méthodologie riche et variée de chapitre en chapitre, issue de la confluence des disciplines.
Le processus de décentralisation de l’approche et de production de la connaissance dans lequel s’inscrit Migrations in the Mediterranean se déploie au niveau géographique et en termes d’échelle, mais aussi temporel. Ainsi, la phrase affirmant que « la Méditerranée et les migrations sont les deux faces d’une même médaille » qu’on lit dans l’introduction témoigne de la volonté des éditeurs d’appréhender et de comprendre les migrations en Méditerranée depuis une perspective historique. N’oublions pas que le phénomène n’est pas nouveau. L’ouvrage nous rappelle d’ailleurs que le fait d’incorporer le facteur temps nous permet de dépasser la fausse dichotomie entre pays d’origine et pays de destination et de souligner que tous les pays de la région sont ou ont été des pays d’origine, de passage et de destination de migrations, à des degrés divers.
Ainsi, cette compilation de contributions diverses aide à élaborer un récit et un agenda – renouvelé et équilibré – de recherche sur les migrations, tout en ouvrant de prometteurs chemins de recherche, tendant des ponts entre études méditerranéennes et études sur la migration. L’ouvrage crée un précédent qui permettra de continuer à analyser les migrations depuis de nouveaux prismes contemporains, lesquels vont nous aider à nous pencher sur de nouveaux phénomènes déclencheurs comme la migration climatique, absente de ce livre.
Librement accessible sur internet, Migrations in the Mediterranean apporte, en définitive, de nouveaux regards critiques venus d’au-delà de l’eurocentrisme et possède une claire perspective humanitaire qui s’écarte du récit de crise chronique. C’est un livre nécessaire, qui se penche aussi sur les relations entre les médias, l’opinion publique, les partis politiques et les politiques migratoires. On se prend à désirer que ces efforts et cette rigueur académique vont servir à formuler des politiques basées sur des données concrètes, dans le respect total des droits humains, souvent enfreints autour du bassin méditerranéen.
— Ainara Huarte Aranda-GRITIM-UPF