Mariano Bertuchi: 50 ans après Institut Cervantès Tétouan

Le 16 mai 2006, le siège de l’Institut Cervantès de Tétouan rendait un hommage singulier au peintre Mariano Bertuchi. Après Tétouan, cette exposition itinérante poursuivra son chemin vers Tanger, Fès, Casablanca et Rabat, pour finalement s’achever au mois de décembre prochain. Mariano Bertuchi Nieto, peintre jouissant d’une grande renommée internationale, est né à Grenade en 1884. Il passa son enfance et sa jeunesse à Málaga, et mourut à Tétouan en 1955. Il fut enterré à San Roque. A l’occasion du cinquantenaire de son décès, l’Institut Cervantès a voulu rendre hommage à la figure de cet artiste à travers une exposition de 50 aquarelles – pour la plupart inédites – qui reprennent des scènes de la vie marocaine de l’époque. Le commissaire de l’exposition est Salvador López Becerra, poète et écrivain de Málaga, non seulement grand connaisseur du Maroc mais encore de l’œuvre du peintre. Pour l’occasion, il a été possible de compter sur le parrainage du ministère espagnol des Affaires étrangères et de la coopération à travers l’Agence espagnole de coopération internationale, et ce tout particulièrement grâce à l’intervention de l’ambassade d’Espagne au Maroc. Il convient également de signaler la collaboration de la mairie de Málaga, à travers le programme Interreg III-A. 

Un livre-catalogue reproduit en couleurs chacune des œuvres exposées, et présente un texte préliminaire, en espagnol et en arabe, du ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Miguel Angel Moratinos, du maire de Málaga, Francisco de la Torre, du directeur général de l’Institut Cervantès, César Antonio Molina, du petit-fils du peintre, Mariano Bertuchi Alcaide, et de Salvador López Becerra. L’exposition s’inscrit dans le cadre du programme « Temps de l’Espagne au Maroc et temps du Maroc en Espagne » : un mémorandum d’entente signé à Rabat (août 2004) par les ministres de la Culture espagnol et marocain, Carmen Calvo et Mohamed Achaari, respectivement, et qui établit un accord de collaboration culturelle entre les deux pays pour 2005 et 2006. 

Bertuchi n’était pas seulement un peintre reconnu, il fit également partie des grandes personnalités du monde culturel au Maroc. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus hauts représentants de la peinture de mœurs, et son œuvre, aussi bien à l’huile qu’à l’aquarelle, est appréciée et largement considérée par l’ensemble de la sphère culturelle marocaine et espagnole. 

« L’un des noms espagnols gravés en lettres d’or dans le livre de l’histoire du Maghreb el-Aqsa, est celui du peintre Mariano Bertuchi. Un andalou imprégné de la réminiscence silencieuse d’Al-Andalous, de sa belle mémoire ardente, comme des braises sous les cendres du temps. Bien que né dans le quartier grenadin du Realejo, aux pieds de l’Alhambra et du Generalife, il grandit baigné dans l’arôme salin de Málaga, où il joua probablement sur la place de la Merced en compagnie d’un autre enfant, du nom de Pablo Ruiz Picasso ; c’est également dans cette ville au bleu intense qu’il connaîtra son maître, Antonio Muñoz Degrain, et son ami, Joaquin Martínez de la Vega. Ce n’est qu’ensuite, comme un point à la ligne, qu’il se rendra à Tétouan, la « Colombe Blanche ». 

Puerta de la Reina. Tétouan. Aquarelle 21 x 32 cm

 Bertuchi fut l’un des rares hommes de son époque à ne pas fausser l’image de la terre qui donnerait un sens à sa vie et à son œuvre : le Maroc. Oui, le Maroc vibrait, tel qu’il était, dans le cœur et dans les pinceaux de Bertuchi. Parce qu’on ne peut pas être au Maroc sans en faire partie ; son charme est irrémédiable et éternel », écrit López Becerra. 

« Ce qui confère à cette exposition un caractère si singulier, hormis son exclusivité et sa nouveauté, est sans doute que les œuvres présentent une empreinte et un reflet intimes de l’artiste, un journal de son existence au Maroc. Ce ne sont ni les œuvres grand format, ni celles réalisées sur commande, ni celles qu’on lui exigea de réaliser, non ; il s’agit d’une partie de son héritage artistique personnel, qui se compose d’œuvres libres, exubérantes de fraîcheur, de coups de pinceaux rapides, spontanés et décidés, uniques et incomparables, à travers lesquels il fait part de ses impressions sur le flux de la vie au Maroc du début du siècle dernier, l’essence de ses gens et de sa culture ; ces œuvres, par la liberté de leur exécution, ne sont peut être pas les plus appréciées dans les milieux artistiques », poursuit le commissaire.