La fracture digitale entre le Nord et le Sud

Xavier Matheu, directeur du Centre International Fondation CIREM (Centre d’initiative et recherches européennes en Méditerranée).

Dans le cadre de la Stratégie de Lisbonne, du Processus de Barcelone et de la nouvelle politique de voisinage de l’Union européenne (UE), la Commission a lancé l’initiative Eumedis, visant la promotion du développement de la société de l’information euro-méditerranéenne, et tout spécialement conçue pour réduire la fracture digitale entre les partenaires méditerranéens du Sud et du Sud-est, et les membres de l’UE. Le projet Solutions TIC pour les PME méditerranéennes (ICT MED SME), dirigé par la Fondation Cirem, est l’un des 20 projets régionaux qui reçoivent l’appui de cette initiative. Il compte sur le soutien de la Commission européenne, l’Agence espagnole pour la coopération internationale (AECI) et l’Agence catalane de coopération. 

Son objectif consiste à promouvoir des solutions TIC entre les PME méditerranéennes de huit des pays signataires de l’Accord d’association euro-méditerranéenne. 

De façon plus générale, il tente de contribuer à faciliter l’accès des PME de la région à la nouvelle économie. 

La méthode pour atteindre cet objectif associe : une approche de recherche action ; la mise en œuvre de séances de formation et le développement de projets pilote dans des domaines choisis ; la création d’une communauté virtuelle pour l’échange d’expériences, le benchmarking de bonnes pratiques et l’échange entre les différents acteurs du secteur PME ; ainsi que la diffusion de résultats, d’information importante et d’opportunités d’association. 

Depuis 2000, plusieurs études (ESIS-UE, PNUD, Banque mondiale, Forum économique mondial…) ont examiné la fracture digitale entre les différentes parties du monde, en la mesurant sur la base de plusieurs indicateurs. Les pays de la région méditerranéenne sud et sud-est, en général, obtiennent des résultats inférieurs à ceux qui leur reviendraient en vertu de leur pourcentage de population ou de leur niveau de développement, par rapport à l’ensemble mondial. Dans des aspects tels que le nombre relatif de lignes de téléphone ou le nombre d’ordinateurs pour 1 000 habitants, leur position relative correspond plus à leur poids mondial, mais dans ceux qui définissent mieux le développement de la société de l’information (pour ne pas parler de la connaissance), par exemple le nombre d’utilisateurs d’Internet ou de pages web, leur position est comparativement pire que celle d’autres régions en développement : le nombre d’utilisateurs d’Internet est 10 fois inférieur à celui qui leur revient selon leur poids démographique dans la population mondiale. 

Axes d’une véritable intégration des TIC 

Du 20 au 22 avril 2004, s’est tenu à l’Institut européen de la Méditerranée (IEMed) la Conférence internationale sur les solutions TIC pour les PME méditerranéennes, dans le cadre du projet ICT MED SME de l’initiative Eumedis. L’IEMed et l’Association des chambres de commerce méditerranéennes (Ascame) ont également collaboré à la Conférence, où ont été abordés quatre grands thèmes marquant les principaux axes à suivre pour favoriser une intégration décidée des TIC dans les PME de la région, et l’adoption de stratégies d’entreprise innovatrices et compétitives. Ces thèmes sont : 

e-PME : suivi et connaissance de la situation des PME de la Méditerranée, en rapport avec l’introduction et l’utilisation des TIC. 

e-compétences : développement des compétences professionnelles nécessaires dans la nouvelle société de l’information. Le déficit des compétences électroniques dans les PME – le fait que beaucoup de leurs professionnels ne peuvent faire face aux besoins et exigences de la nouvelle économie constitue l’une des principales raisons de la situation de cette région en matière d’introduction des TIC. Ces compétences ne concernent pas seulement les professionnels du secteur TIC, mais encore, compte tenu des changements qu’apportent les TIC en termes de gestion et d’organisation du travail, tous ceux appartenant à un domaine à haut niveau de pénétration. 

e-économie en réseau : optimiser les possibilités de coopération des entreprises dans et à travers le réseau. Les solutions e-commerce ouvrent de nouvelles voies aux PME de la région pour internationaliser leurs activités, accéder rapidement à l’information et à la connaissance clef de leur activité, et collaborer avec des réseaux de PME visant à accroître leur compétitivité.

R&D&i dans les PME : promotion de Projets d’innovation régionale au profit des PME. La R&D&i ne devrait pas être une pratique exclusive des grandes entreprises, mais être indépendante de la taille. Il existe plusieurs possibilités pour faire en sorte que les PME participent à des projets qui leur permettent une pratique d’innovation permanente en produits et procédés. 

En général, les acteurs du secteur des PME possèdent de bons niveaux de connaissance et de conscience dans ces domaines. La conférence a souligné des lignes d’action, de la part des politiques publiques, des organismes intermédiaires et des propres PME, visant à vaincre les obstacles auxquels doit actuellement faire face le secteur dans l’accès à la nouvelle économie. 

L’enjeu de la création d’une zone euro-méditerranéenne de libre-échange au cours de la prochaine décennie, avec le risque que de nombreuses PME ne soient pas encore prêtes à affronter une telle concurrence, devrait servir de motivation aux gouvernements, entreprises et centres de recherche pour miser décidément sur ces lignes de travail et contribuer, par leur effort, à développer une zone de prospérité et de stabilité durables communes avec l’Europe.