Atelier de paysage et environnement en Méditerranée

Villes et universités de la Méditerranée unies pour la mise en valeur des paysages périurbains : Marrakech 2004, Saïda 2005 et Mahdia 2006.

Brigitte Colin, architecte DPLG, membre de l’UIA, l’ICOM, du Conseil scientifique du projet RehabiMed, spécialiste Architecture et Villes, Secteur des Sciences sociales et humaines de l’UNECO. Les résultats des ateliers sont disponibles en ligne sur le site www.unesco-paysage.umontreal.ca.

L’inscription récente de la question du paysage en général à l’agenda des institutions internationales est née au Sommet de la Terre à Rio en 1992, premier en la matière des Nations unies et elle a été renforcée à Johannesburg, à la Conférence Mondiale sur le Développement Durable, en septembre 2002. Les gouvernements locaux et régionaux comprennent mieux depuis la deuxième Conférence des Nations unies sur les établissements humains, Istanbul 1996, la préoccupation croissante des sociétés concernant la qualité de leur cadre de vie et la mise en valeur de leurs territoires et la nature des enjeux qui en découlent : l’avenir des paysages comme celui des hommes sera urbains. En effet, en 2007 la population urbaine mondiale sera égale à la population rurale mondiale : à partir de cette date la population sera majoritairement urbanisée. 

A la suite de l’intérêt et des demandes renouvelées de certains Etats membres de la Méditerranée préoccupés par la formation et la sensibilisation des différents acteurs de l’aménagement et de la gestion des territoires urbains et ruraux, l’UNESCO crée en 2003 sa première chaire en architecture du paysage à l’Université de Montréal qui profite de cette occasion unique pour constituer un réseau international de coopération scientifique. Cette chaire bénéficie d’un savoir pluridisciplinaire bénéficiant des centres de cette université dédiés à l’architecture, l’architecture du paysage, de l’aménagement du territoire ou aux sciences sociales, anthropologie, géographie ou écologie. Dans une perspective d’aménagement des territoires urbains, ruraux et naturels, cette chaire organise annuellement des Workshops/Ateliers de terrain en coopération avec des municipalités de la Méditerranée. 

Dans ce cadre, l’éducation au développement durable des villes et des territoires contribue à l’équilibre vital entre zones rurales et zones urbaines et à la réduction de la pauvreté ainsi qu’à l’intégration sociale des groupes les plus vulnérables. L’urbanisation, accompagnée d’une croissance constante de la population mondiale, est un phénomène considéré comme le problème majeur expliquant l’impact des activités humaines sur l’environnement : cependant, ce qui détermine en grande partie les conséquences de cet impact sur l’environnement est la manière dont les populations urbaines se conduisent et consomment, suivant leur mode de vie et leurs références socioculturelles, qu’elles soient du Nord ou du Sud. L’urbanisation accélérée entraîne une surconsommation des ressources naturelles, comme l’eau douce et apporte l’usage de nouveaux matériaux et des biens de consommation qui mettent en péril la survie de la bio-diversité et la santé des populations. 

Les professionnels de la ville, architectes, urbanistes, planificateurs de la région ou du territoire, juristes, hydrogéologues, géographes ou ingénieurs tentent d’établir ensemble des systèmes de gestion et de développement intégrés et concertés des villes et des territoires afin de mieux garantir leur développement durable. A cet égard, il serait utile de rappeler la définition de la profession d’architecte en paysage déposée auprès de l’Organisation internationale du travail en 2003 : « l’architecte en paysage doit conduire des recherches et donner des orientations concernant la planification, la conception et la mise en œuvre de projets relatifs à l’environnement extérieur et au territoire, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’environnement construit mais aussi il doit se préoccuper dans ses projets de la conservation et du développement durable de l’aménagement du territoire tout comme il doit participer à la mise en valeur identitaire des milieux de vie ». Les professeurs ont donc la lourde responsabilité de préparer les étudiants à la formulation de nouvelles alternatives pour le présent et le futur de notre environnement bâti et naturel : les défis de notre planète urbanisée sont très importants, et complexes, en particulier au regard de la dégradation accélérée des conditions de vie dans certaines zones urbaines conséquence de catastrophes naturelles, de guerres ou de planifications urbaines à court terme… La chaire UNESCO a pour objectif de faire avancer l’enseignement du paysage de façon interdisciplinaire et en étroite concertation avec les autorités locales sur des problèmes concrets concernant la gestion durable du développement urbain. 

Marrakech 2004 

Le premier Workshop/Atelier de terrain de Marrakech, qui s’est tenu du 25 novembre au 4 décembre 2004 au sein de l’Université Cadi Ayyad, a permis de confronter, sur un problème tangible de développement durable dans une zone semi aride, comme la Palmeraie de Marrakech, les points de vue d’étudiants et de professeurs appartenant à domaines scientifiques différents comme l’urbanisme, l’architecture, le paysage ou le tourisme mais aussi de cultures différentes, nord-américaines et méditerranéennes. 

Les résultats de cet atelier, riches et diversifiés, tant au niveau de la connaissance des potentiels de la biodiversité que des populations vivant dans cette zone semi-rurale, ont illustrés la complexité du développement de cette Palmeraie face aux exigences des nouvelles populations qui l’investissent, mais aussi, la nécessité du développement économique liée au tourisme et l’urgence de la prise en compte de la survie des populations semi-rurales qui vivent encore des produits de l’agriculture de la Palmeraie. 

La Chaire UNESCO « Paysage et environnement » a donc ouvert à Marrakech en 2004 une plate-forme novatrice de dialogues entre les universités, les centres de recherche et les municipalités en espérant intéresser les ministères concernés (Equipement, Agriculture, Tourisme, Culture…). Les résultats ont fait l’objet d’une publication en 2005. 

Cette expérience, pionnière du Maroc, a été réutilisée pour la mise en œuvre de l’atelier de Saïda, capitale du sud Liban en novembre 2005. 

Saïda 2005 

Très sensible à la question du paysage sous l’angle de la qualité du cadre de vie et plus largement de l’environnement, le maire de Saïda, le Dr. Abed El Rahman El Bizri, a confirmé son intérêt en accueillant le second Workshop/Atelier de terrain de la chaire UNESCO sur le thème du « Paysage urbain périphérique » en novembre 2005 et a demandé à inscrire la ville de Saïda dans l’Observatoire international des paysages périphériques : villes et métropoles de l’Université de Montréal. 

Déjà en mai 2001, la ville de Saïda avait manifesté officiellement à l’UNESCO, lors du séminaire international « Développement urbain équilibré entre terre, mer et société », sa volonté de remédier à certaines situations d’exploitation inadéquate du territoire urbain, en particulier en zone littorale, constituant ainsi une démonstration tangible de l’utilisation des résultats de la recherche par des décideurs au niveau de la stratégie de développement d’une ville. 

L’atelier de Saïda était focalisé sur le quartier Wastani, en périphérie nord de Saïda. Ce territoire périurbain était alors complexe puisqu’il comprenait des zones agricoles, archéologiques et urbaines. Il faut sans doute rappeler que Saïda, l’Antique Sidon, a commencé à se développer « hors les murs » à la fin du XIXe siècle, par l’annexion de la plaine côtière. « Saïda à la fin du XIXe siècle était encore une petite ville au bord de la mer, retranchée dans ses fortifications dont on fermait chaque soir à la tombée de la nuit les portes de Beyrouth, d’Acre et de Tyr. Elle vivait de la pêche et de la culture des agrumes… les moyens de communication et le réseau routier n’étaient pas encore suffisamment développés pour provoquer une expansion plus large de la population » disait Amine Bizri, architecte, ancien ministre des Travaux publics du Liban, dans la revue Médina en 1997. Saïda est toujours restée, malgré les différents bombardements, un véritable paysage culturel. Le déplacement progressif du centre d’activités le long de nouvelles voies ont attiré l’essentiel des activités commerciales et financières, l’administration et l’habitat hors de la ville ancienne ; le centre actif a tourné le dos à sa façade maritime et l’extension urbaine s’est faite au détriment du potentiel agricole de la plaine. Les neuf projets de paysage présentés en novembre 2005 dans le Hall de l’Hôtel de Ville avaient apporté des éléments de solution pour le développement du littoral de Saïda (Quartier Wastani). 

Les objectifs généraux étaient les suivants : 

– Générer une réflexion multidisciplinaire (architecture de paysage, architecture et urbanisme) internationale sur l’aménagement et le développement de la périphérie ; 

– Caractériser les grandes problématiques d’aménagement, les attraits et les potentialités du paysage ; 

– Apporter des solutions d’aménagement structurantes et viables vis-à-vis des enjeux ciblés par les collectivités locales et par les étudiants du workshop

– Sensibiliser la société civile, la municipalité et les organismes gouvernementaux à la préservation, à la mise en valeur des paysages ; 

– Générer une réflexion multidisciplinaire avec les partenaires libanais, professionnels et universitaires (architectes, urbanistes, ingénieurs, sociologues, historiens…) et inscrire les résultats de ce Workshop/Atelier de terrain dans l’Observatoire international des paysages périphériques : villes et métropoles. 

Les résultats ont été rendus publics et ont été diffusés au sein des organismes publics et auprès des collectivités locales de Saïda : un large éventail d’intervenants actifs du Liban au plan de l’aménagement du territoire et du développement touristique auraient pu bénéficier directement des résultats de cette initiative. Les retombées du workshop auraient pu, en temps de paix, se décliner sur les plans suivants : 

– Levier à la coopération locale entre le milieu universitaire et les différentes collectivités locales de l’agglomération de Saïda ; – Mobilité étudiante et professorale entre les universités libanaises et les universités du réseau de la chaire UNESCO ; 

– Rayonnement scientifique : les résultats de cette activité internationale ont fait l’objet d’une exposition publique à Saïda et à Beyrouth en novembre et décembre 2005 et seront avant la fin 2006 publiés sous la forme d’un recueil de projets édité par Les presses de l’Université de Montréal (PUM) dans la collection « Architecture de paysage », sous la direction de Philippe Poullaouec-Gonidec : cet ouvrage constituera un témoignage précieux sur l’état des paysages urbains de Saïda avant les bombardements de juillet 2006. 

Mahdia 2006 

La mise en œuvre du troisième Workshop/Atelier de terrain de la chaire UNESCO en paysage et environnement s’est tenu à Mahdia, en Tunisie, du 15 au 26 novembre 2006. Cette activité pédagogique internationale a été développée sous les mêmes principes d’enseignement que les Workshops/Ateliers de terrain précédents, elle a été menée en coopération avec l’Ecole nationale d’architecture et d’urbanisme de l’Université du 7 novembre de Carthage (Tunisie) et toutes les universités du réseau. 

L’expérience sur la ville de Saïda a fait la preuve qu’il est possible de développer une coopération réussie entre municipalité et université en faveur de la revitalisation équilibrée et durable d’une zone tampon entre une ville et une zone rurale, due en large partie à la formidable volonté politique de son maire et à la compétence de son équipe technique. 

Très sensible également à la question du paysage sous l’angle de la qualité du cadre de vie et plus largement de l’environnement, le maire de Mahdia a demandé officiellement à l’UNESCO d’accueillir le troisième Workshop/Atelier de terrain sur le thème de « La mise en valeur des carrières de Mahdia – 10 projets de paysage » et d’inscrire la ville de Mahdia dans l’Observatoire international des paysages périphériques : villes et métropoles. 

Cet atelier devra générer une réflexion multidisciplinaire (architecture de paysage, architecture et urbanisme) internationale impliquant six pays sur l’aménagement et le développement des carrières en périphérie nord ouest de la ville de Mahdia. 

Les 10 projets d’aménagement des carrières se sont réalisés dans la salle des fêtes de la municipalité de Mahdia et ils sont exposés dès le 25 novembre au Musée de la ville de Mahdia.