Une aventure tuniso-italienne

Francis Ghilès, correspondant du Financial Times pour l’Afrique du Nord entre 1977 et 1995. Senior fellow de l’IEMed.

Les Laboratoires Opalia affichent aujourd’hui un chiffre d’affaires de six millions d’euros et emploient 250 personnes, dont plus des deux tiers ont moins de 30 ans et 60 % sont diplômées des meilleures universités tunisiennes et européennes. Cette société tuniso-italienne est le chef de file incontesté d’un secteur qui, en Tunisie fait montre d’un dynamisme puisqu’elle affiche un nombre croissant de sociétés privées. Opalia s’est spécialisée dès sa fondation en 1989 dans le développement et la fabrication des médicaments génériques, qu’elle commercialise en Tunisie et dans un nombre croissant de pays africains. Dans un an, une nouvelle usine ultra moderne, en cours de construction a Kalaat El Andalous, un petit port au nord de Tunis, viendra prendre le relais de l’unité de la Soukra, dans la banlieue de Tunis, où cette aventure industrielle a démarré voici 16 ans. Sur 30 000 mètres carrés, un effectif de plus de 500 personnes, dont 400 femmes, permettra sans nul doute à Opalia de consolider sa position tant sur le marché local que sur des marchés étrangers qui incluront un jour peut-être la France et l’Italie. Opalia est née d’une rencontre fortuite entre deux personnes, Alya Hedda et Marco Montanari. Au moment où il découvre la Tunisie, Marco Montanari vient de décider de se lancer hors du secteur traditionnel où son père et grand-père ont prospéré pour prendre la représentation de la Ciba Geigy en Italie. A Tunis, il rencontre Alya Hedda : docteur en pharmacie, Alya Hedda est parmi les pionniers de ceux qui, aujourd’hui bien plus nombreux, se lancent dans l’aventure de l’entreprise privée. Alya Hedda a un avantage : son oncle, ancien diplomate de haut rang dirige l’Agence de promotion des investissements qui est très active dans la promotion des investissements étrangers en Tunisie. L’aventure d’Opalia peut commencer. Les deux partenaires qui sont actionnaires à part égale ont une passion commune : construire une entreprise de Recherche et de Développement dont les produits seront de haute qualité et ce faisant, former des hommes et des femmes dans ce domaine noble qu’est le médicament. Ils sont aidés par deux caractéristiques de la société tunisienne : les femmes y ont des droits bien plus étendus que dans n’importe quel autre pays de la rive sud de la Méditerranée, conséquence de la réforme du codu statut personnel lancé dès l’indépendance ; le niveau général d’éducation est aussi supérieur à la moyenne régionale. Enfin, conséquence de ces deux caractéristiques, la Tunisie a une classe moyenne plus large et pouvant se targuer d’un pouvoir d’achat plus conséquent que dans nombre de pays voisins. Fabriquer du générique au début des années quatrevingt-dix n’est pas nécessairement bien vu des grandes compagnies pharmaceutiques occidentales. Le Royaume Uni a dans ce domaine une longueur d’avance sur les pays du continent européen mais nos deux innovateurs foncent. Entre 1989 et 2005 ils obtiendront l’autorisation de mise sur le marché, du Ministère de la Santé pour 160 médicaments génériques et verrons leurs ventes multipliées par 10. Alya Hedda se charge aujourd’hui du management de toutes les activités d’Opalia et Marco Montanari de la construction de la nouvelle usine.
Se lancer sur les marchés d’exportation vient vite : Opalia est présente dans 20 pays africains et asiatiques et fabrique des médicaments génériques en Côte d’Ivoire. L’ONU encourage la production locale de médicaments, particulièrement de générique et 15 % de ces marchés sont réservés à la production locale. Opalia est aussi pionnière dans un autre domaine, la production de médicaments génériques destinés à la pédiatrie. Générer des profits est bien évidemment essentiel mais une passion oserais je dire humaniste anime en profondeur les fondateurs d’Opalia. 

Sur cette aventure, vient se greffer un nouveau né : l’expérience Nérolys commence pour nous servir des produits fruits d’un mariage extraordinaire entre les recettes ancestrales et les technologies de pointe, produits cosmétiques tous à base de cette merveilleuse et exceptionnelle huile essentielle de néroli, extraite des boutons de fleur d’orangers amers, reconnu depuis jadis pour ses vertus médicinales et cosmétologiques. Le succès de cette compagnie est aussi dû au fait qu’une PME, fut-elle italienne ou espagnole, a des chances de réussite certaine en Tunisie parce qu’ici, comme dans ces deux pays du nord de la Méditerranée, la PME constitue le tissu de base du secteur industriel : des patrons de PME sont donc, psychologiquement souvent sur la même longueur d’onde. L’Italie est a une heure de vol de la Tunisie mais la Catalogne guère plus. Ceci facilite considérablement les visites, les échanges et, ce qui est essentiel, les approvisionnements.