Tunisie : les paradoxes de la transition

Le pays se trouve face au défi, inhérent à l’ouverture de l’espace public et à la démocratie, d’allier les acquis du passé et les valeurs de la révolution.

Khadija Mohsen-Finan

La période que nous vivons actuellement en Tunisie représente avant tout un ajustement institutionnel qui, transfère une souveraineté jadis confisquée par le chef d’État et son entourage, aux citoyens.

Mais cette situation est très difficile à gérer dans la mesure où ces citoyens ne se sont pas encore exprimés par la voie des urnes. En attendant les élections qui désigneront une Assemblée constituante, ils se contentent de réitérer leur volonté de rompre avec le passé.

Durant cette période de transition, le pouvoir est censé passer d’une instance de domination à une instance de légitimité. Toutefois, cette mutation n’est pas seulement institutionnelle, elle est aussi symbolique.

Les Tunisiens qui ont fait la révolution ont la conviction d’être les détenteurs de la souveraineté et pensent que le pouvoir ne peut s’exercer sans leur aval. C’est bien cette représentation de la démocratie qui prévaut aujourd’hui. Les citoyens qui se sont mobilisés, dans l’unité, pour faire partir un dictateur deviennent sujets et acteurs de la vie politique.

Dans le cas tunisien, le succès de la révolution nes’incarne ni dans un leader, ni dans un parti ou une catégorie sociale, professionnelle ou encore raciale. C’est, dans une certaine mesure, une « masse flottante », dont les éléments estiment qu’ils ont leur part de légitimité pour agir, pour s’exprimer, pour juger, pour condamner.

Au cours de ce moment transitionnel, un espace d’expression s’est ouvert à une grande pluralité d’acteurs : plus d’une centaine de partis politiques, une presse qui a rapidement, adopté les idées et valeurs de la révolution, des chaines de télévision qui consacrent une large place aux débats, des syndicats, de multiples associations, des think tanks, des blogs individuels…

Cette expression se fait de manière plurielle et souvent dans le conflit, sur le légitime et l’illégitime, sur les acquis du passé qui seraient à conserver et à mettre en relation avec les acquis de la révolution.

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