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Co-édition avec Estudios de Política Exterior
Révolution du Proche-Orient, deuxième acte : l’ère constitutionnelle
Même s’il est tôt pour faire des conjectures sur la réussite de la transition, l’heure du débat constitutionnel est venue.
Chibli Mallat
Les processus constitutionnels représentent le fondement stratégique de la démocratie, et au Proche-Orient, ils offrent un avenir institutionnalisé à la nonviolence, en tant qu’intense indicateur de la révolution en marche. La question est de savoir quand et comment parvenir à ce stade. Cet article traite du moment constitutionnel au milieu de la révolution au Proche-Orient.
Une précision importante : un processus constitutionnel ne représente pas forcément la seule voie à suivre pour un État. Alors qu’une constitution part de l’hypothèse d’un État aux frontières généralement définies et acceptées, à l’échelon national et international, cela n’est pas toujours le cas, et surtout au Proche-Orient. On pourrait concevoir la division en deux ou plusieurs États d’un territoire déterminé, de fait et de droit. La Somalie est le sempiternel exemple de fait d’État déchu, divisé en plusieurs territoires détruits de façon réitérée par la violence et l’instabilité. Le Soudan et le Soudan du Sud, deux États depuis 2011, représentent une sécession de droit reconnue et étayée par de puissants arguments, soutenus par un Nord discriminatoire, répressif et belliqueux sur une période de longues décennies. Les arguments en faveur de la sécession ne sont pas seulement valables au Soudan, et des raisons similaires agitent toujours l’Irak et d’autres pays. Les minorités poursuivies ont un motif de réclamation commun, qui est le besoin que l’État les protège contre la brutalité structurelle de la majorité. Le doute est cependant de savoir si la sécession est préférable à un changement de régime central.
Même si l’on comprend le souhait de ceux qui sont les victimes de couper les liens les retenant à un terrible régime central, les sécessions sont inquiétantes à de nombreux égards et constituent un courant dangereux pour trois raisons qui ont été clairement observées dans les Balkans en 1992, et qui menacent aujourd’hui la révolution au Proche-Orient : la sécession, qui est une recette pour le nettoyage ethnique, permet au dirigeant central de rester au pouvoir, et alimente la logique d’autres sécessions. La sécession officielle du Soudan conclue en 2011, a suivi ces trois logiques. Des gens sont toujours assassinés, aussi bien dans le Nord que dans le Sud, le dictateur du Nord, Omar Bashir, gouverne toujours d’une main de fer, et Darfour et Nouba semblent être les suivants sur la liste des prochaines sécessions.
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