Libye et Syrie : dites-moi de qui nous parlons, et je vous dirai ce que nous pouvons faire

Malgré l’espoir alimenté par les révoltes, la politique internationale et ses règles du jeu seront longues à changer.

Rafael Grasa

Les révoltes arabes qui ont commencé en Tunisie à l’automne 2010, que certains auteurs désignaient déjà sous le terme de « révolution arabe » au singulier, ont donné lieu à de nombreuses réflexions. D’une part, certains ont insisté sur leur singularité : pour la première fois depuis deux siècles, les revendications étaient principalement destinées aux dirigeants et non aux puissances coloniales ou néocoloniales, et réclamaient concrètement dignité, liberté, démocratie et de véritables chances de développement. D’autre part, leur nature et leurs principales caractéristiques sont également remises en cause, compte tenu de la diversité des cas, de leur évolution et de leurs futurs impacts éventuels dans le monde arabe (aussi bien dans le Maghreb que dans le Machrek) et islamique, ainsi que sur les relations internationales, sur le système et naturellement dans certaines zones et certains contextes régionaux et subrégionaux.

Cet article se focalise sur l’impact international, présent et éventuellement futur, et notamment sur la comparaison du rôle des acteurs et organismes internationaux – en matière structurelle (facteurs à long impact, stables), conjoncturelle (facteurs à moyen impact, changeants) et circonstancielle (c’est-à-dire à l’image des trois « temps » de l’analyse sociale et historiographique popularisés par Fernand Braudel dans sa thèse de 1949 sur la Méditerranée à l’époque de Philippe II, développés plus tard par l’École des Annales) – des cas de la Libye et de la Syrie. Quoi qu’il en soit, une double thèse centrale se dessine : l’impact est clair, significatif et persistera à l’échelon régional, interrégional et international ; la réaction, diverse et variée dans chaque cas et à chaque instant, des États et acteurs gouvernementaux et intergouvernementaux, a été relativement prévisible et conforme aux règles du jeu des relations internationales, aussi bien dans le cas de la Syrie que dans celui de la Libye. Comme le souligne le titre, « dites-moi de qui il s’agit, et je vous dirai ce que nous pouvons faire ». En tout état de cause, il convient de rappeler que « dire » et « faire » ne sont pas forcément la même chose.

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