Le Maroc, vers la démocratisation et la modernisation 

L’intégration maghrébine requiert la participation de la société civile et devrait suivre l’exemple de l’UE

ENTRETIEN à Kerdoudi Jawad par Lurdes Vidal

Au début de janvier 2004, la presse marocaine faisait écho de la création de l’Institut Marocain de Relations Internationales (IMRI) dont le premier objectif sera d’améliorer l’image du Maroc à l’extérieur. Le président, Kerdoudi Jawad, a raconté à AFKAR/IDEES les buts de l’IMRI. 

AFKAR/IDEES : Quels aspects de la perception extérieure du pays devraient être améliorés et jusqu’à quel point l’IMRI pourrait-il influencer l’image extérieure et intérieur du pays ? 

KERDOUDI JAWAD : L’IMRI aura pour objet d’améliorer l’image du Maroc à l’extérieur dans le sens de la démocratie et de la modernité. Le Maroc est en effet dans une phase de démocratisation effective, qu’on peut citer en exemple pour les pays africains et arabes. En ce qui concerne la modernité, le Maroc avance malgré les oppositions qui proviennent des milieux traditionalistes ou intégristes. La preuve en est la révision du statut de la femme, Moudawana, qui a été adoptée à l’unanimité au Parlement. A l’intérieur, l’Institut jouera un rôle pédagogique pour vulgariser les relations internationales, et développer les valeurs de démocratie et de modernité.

A/I : Quels liens l’Institut prévoit-il d’établir avec les responsables publics et privés afin que ces derniers exploitent les travaux de l’IMRI ?

K.J. : L’IMRI établira des liens tant avec les autorités publiques qu’avec le secteur privé. Après des études approfondies, il fera des recommandations au gouvernements et associations professionnelles, et tentera de les convaincre de leur justesse.

A/I : Dans votre livre Le Maghreb face au défi européen vous y analyser le processus d’intégration européenne et vous racontez le processus entrepris avec l’UMA. A quels facteurs attribuez-vous le niveau d’intégration atteint par l’UE ? Quelles mesures sont indispensables pour que l’UMA puisse poursuivre ses aspirations d’intégration ? 

K.J. : L’UE a atteint un niveau d’intégration exemplaire. Cela est dû d’abord aux pères fondateurs, Jean Monnet et Robert Schuman, qui ont défini une vision pour l’Europe, et qui ont veillé à son application pratique. Le second élément est l’efficacité des institutions, et notamment la Commission européenne. Enfin les partis politiques qui ont expliqué l’intérêt de l’UE pour le citoyen. L’UMA doit œuvrer dans ce sens. Mais les grandes entraves à l’UMA sont d’ordre politique, et notamment le problème du Sahara. Il faudrait qu’une fois pour toutes, ce problème soit réglé, pour ouvrir la porte à l’édification de l’Unité Maghrébine.

A/I : Quelles implications aura pour le Maroc la politique de nouveau voisinage européen, et jusqu’à quel point l’idée d’un statut spécial entre le Maghreb et l’UE se concrétera ?

K.J. : L’IMRI voit positivement la politique de nouveau voisinage préconisée par l’UE. Cette politique tend en effet à resserrer le partenariat entre l’UE et les pays voisins, et constitue une avancée par rapport aux accords d’association. Le Maghreb ne peut être que favorable à un statut spécial avec l’UE. Toutefois et en attendant l’intégration maghrébine, l’UE devrait accorder un statut spécial aux pays les plus avancés dans leur partenariat avec l’UE : le Maroc et la Tunisie.

A/I : Parmi les éléments que vous mentionnez dans votre ouvrage comme étant des charnières qui permettraient de vaincre l’état de stagnation del’UMA, vous parlez la mobilisation de la société civile dans le Maghreb afin de créer un mouvement d’opinion en faveur de l’Union. Comment peut-on créer des liens de solidarité au sein des sociétés civiles des pays du Maghreb ? 

K.J. : La société civile maghrébine peut créer un mouvement d’opinion fort en faveur de l’Union. Cette société civile s’est structurée durant les 10 dernières années, sous forme d’associations intervenant dans tous les domaines. Elle est de plus en plus écoutée par les gouvernements, grâce au sérieux de ses actions, et à la médiatisation des moyens de communication. Certes la société civile est hétérogène, mais notre objectif est de faire rencontrer les maghrébins, chacun dans son domaine. L’IMRI a pour projet de créer un collectif maghrébin, composé de la société civile de tous les pays de l’UMA, afin de promouvoir l’unité maghrébine.