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Co-édition avec Estudios de Política Exterior
La sphère publique civile après les révolutions
Les révoltes ont donné confiance à la population dans sa capacité à défier les régimes. Il est indispensable que les pouvoirs politiques et les organisations négocient leurs demandes.
Mohamed el Agati
La sphère publique se compose de trois cercles principaux formant des sous-sphères. La sphère sociale est celle où les citoyens interagissent positivement ou négativement dans la société à travers la culture, les traditions et les coutumes. La sphère civile est celle où les citoyens peuvent être en marge du contrôle de l’État, en tant que critiques et observateurs exprimant leurs points de vue et leurs opinions, ainsi que leur avis sur la façon dont l’État les traite à propos de la situation économique et sociale. Dans la sphère politique, les citoyens s’organisent en partis politiques de l’opposition ou dans le cadre de l’État, à travers l’autorité législative en qualité de représentants.
Dans la région arabe, la sphère publique a souffert d’une carence fondamentale sous les régimes postcoloniaux, représentée par une séparation totale entre les trois cercles. Il est possible que ces régimes aient permis des pratiques sociales, religieuses et culturelles et, dans des cas très rares, des pratiques politiques, mais ils n’ont jamais autorisé une interaction ou une connexion entre les cercles, tout était contrôlé par l’État. Autrement dit, l’État dominait la sphère publique en séparant ses composantes et en évitant leur interaction. Cet article décrira la sphère publique arabe comme une sphère fragmentée, de sorte que la société civile appartient au domaine social et se limite uniquement aux pratiques culturelles et sociales.
Dans les circonstances actuelles, la société civile en Égypte se rapproche du concept restreint qui la limite aux droits de l’homme ou au développement et elle ne peut donc s’attendre à aucun changement radical. Cela prouve que nous nous trouvons dans une phase où la sphère publique a un caractère ambigu. Ce qui se traduit par une interférence entre la signification sociale et politique, et nous trouvons ainsi des partis politiques réalisant le travail des associations civiles. De nombreux concepts, comme celui de la religion, n’ont pas une position claire. Elle est parfois utilisée dans la sphère culturelle, d’autres fois dans celle politique ou sociale, ce qui en fait le moyen adéquat de parvenir à des intérêts qui ne prétendent pas le développement de la société.