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Co-édition avec Estudios de Política Exterior
Le phénomène ‘underground’ libyen
Avec la chute de Kadhafi, la jeunesse démarre sa propre ‘Nayda’ et une nouvelle vague d’artistes veut changer le visage le plus amer du pays.
Beatriz Mesa
La musique, le design, la mode, l’art, le loisir en général présentaient un danger pour son Jamahiriya, la société tribale qu’il construisit à sa mesure avec l’aide de ses laquais. Même les joueurs de foot ne pouvaient pas porter leurs noms sur leurs t-shirts. Le déposé Mouammar Kadhafi, obligeait à ce qu’ils ne fussent identifiés que par les numéros de l’équipe, pour éviter qu’ils puissent devenir de grandes stars célèbres et faire ainsi ombre au vieux Colonel du Livre Vert. « La Libye devait être comme Kadhafi et c’est tout », soulignait, le regard suintant de haine, le graffiteur Mohammed, qui depuis que les soldats du poing de fer ont fui Benghazi et suite à la prise de cette ville par les rebelles, a tapissé les murs de la place Tahrir de la première capitale libérée avec des centaines de dessins du tyran et de ses proches représentés comme des despotes, corrompus et malfaiteurs.
La famille Kadhafi prend feu par tous ses bouts sur les pages blanches où les prometteurs artistes du design s’emploient à fond, et toute l’indignation contenue pendant les quatre dernières décennies de censure est crachée à coup de dessins. La liberté reconquise pour s’exprimer dans les espaces publics et se moquer du leader renversé et des autres membres de son gouvernement désintégré, se sent dans les rues, les radios des voitures, les télévisions et la presse récemment créée. Celui qui se faisait appeler Roi des rois d’Afrique s’appelle maintenant le singe des singes d’Afrique. Ses boucles – que le dialecte libyen appelle chafchufach (poil d’araignée) – sont présentes dans les graffitis comme principale source de création. Dans d’autres cas, l’on opte pour les figures de ses fonctionnaires comme matériel d’inspiration, tel qu’il en a été de l’ancien responsable des Relations publiques, Youssef Shakhrir, montré avec une queue de rat.
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