Maroc : une Constitution pour la continuité

La nouvelle Constitution apporte peu de changements, mais la chute de certains tabous annonce un réajustement de la vie politique. Voila une des réussites du Mouvement 20 février.

Bernabé López

L’on peut affirmer que le Maroc a été le pays à réagir avec la plus grande rapidité, flexibilité et intelligence à la pression, des demandes du mouvement de protestations connu sous le nom de Printemps arabe. Il convient cependant de ne pas succomber à la complaisance de ceux qui ont salué trop rapidement une telle réaction, que ce soit les chancelleries occidentales ou les refuges gouvernementaux où se cachent la plupart des partis politiques marocains.

Personne ne peut nier que la rapidité avec laquelle Mohammed VI a répondu aux jeunes qui se sont manifestés dans 53 villes du Maroc, le dimanche 20 février – date qui a donné son nom au mouvement ainsi déclenché – a été une réaction opportune et efficace, saluée par tous les observateurs, aussi bien à l’intérieur qu’en dehors du pays. Son discours du 9 mars a ouvert des espoirs de changement, précédé par plusieurs signes de détente de la vie politique, comme la libération de près de 200 prisonniers de conscience ou la transformation du Conseil consultatif des droits de l’homme en un Conseil national investi de plus grandes compétences, à la tête duquel ont été placées deux personnalités plutôt de gauche, Driss el Yazami, président de l’organisme qui coordonne la représentation des Marocains à l’étranger et Mohammed Sebbar, rattaché au Forum vérité et justice et à l’Association marocaine des droits de l’homme – la plus radicale en son genre.

Le discours promettait une réforme approfondie de la Constitution, justifiée par le besoin de constitutionnaliser la régionalisation avancée – point qui requiert le passage d’un modèle ultracentraliste à un autre plus décentralisé. Les paroles du souverain ne faisaient en aucun cas allusion au mouvement de protestation qui demandait une réforme constitutionnelle, pour établir une monarchie parlementaire avec une séparation effective des pouvoirs, la fin de la corruption et la marginalisation par le roi de certains éléments de son entourage, considérés comme non désirables.

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