La révolution ne finit jamais

Sans être à l’origine de la révolution, les musiciens et les artistes jouent un rôle décisif en tant que motivateurs et symboles de la possibilité de retrouver l’esprit de Tahrir.

Mark LeVine

Alors que je commençais à écrire cet article, je recevais un message du représentant de Ramy Essam, le « chanteur de la révolution égyptienne », dont la chanson Irhal [Dégage] est devenue l’hymne des protestations de début 2011 sur la place Tahrir. Selon ce message, les militaires interdisaient à Ramy de voyager. Il était supposé partir ce matin-là vers les États-Unis pour participer au festival de cinéma de Sundance, pour la première d’un film (La place), consacré à lui et à tous les autres manifestants des 18 jours de la révolution.

Sortir d’Égypte était bien le dernier des soucis de Ramy la première fois que je l’ai rencontré, le 4 ou le 5 février 2011. Il avait écrit Irhal quelques jours auparavant et il s’agissait encore d’un chanteur relativement méconnu de Mansoura, un métalleux transformé en candidat vedette du pop qui, après avoir vu à la télévision les deux premiers jours de protestations sur Tahrir, ressentit l’élan de prendre sa guitare et son sac de couchage pour se diriger vers la place, quelles que fussent les conséquences. Au cours des 24 heures qui ont suivi son arrivée, assis là-bas en s’imbibant des cantiques, il a composé l’hymne de la révolution.

Après avoir voyagé à travers le monde arabo-musulman et avoir expérimenté les révoltes arabes, j’ai vu que la dynamique qui entoure la production, la distribution et la consommation d’art a tellement changé en 20 ans qu’il faut reposer le débat dans un domaine très différent : celui de l’art sur un support numérique produit à un coût très faible ou nul, qui circule librement et indéfiniment et qui se consomme à l’échelle mondiale. Cette dynamique a rendu possible que des mouvements musicaux comme le hip-hop ou le heavy metal, qui ont débuté comme des sous-cultures, se soient transformés en contrecultures, ou même en des cultures révolutionnaires, présentes au cœur même des révoltes arabes de ces dernières années.

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