La lutte contre le terrorisme jihadiste dans l’UE

Les mesures antiterroristes sont surtout nationales. L’UE peut uniquement les compléter par des instruments financiers et diplomatiques, les seuls moyens de sécurité dont elle dispose.

Félix Arteaga

Au cours des derniers mois, d’importantes mutations se sont produites dans le modèle jihadiste d’action contre la sécurité et la prospérité des pays et des citoyens de l’Union européenne (UE). L’apparition de Daech (l’État islamique autoproclamé ou EI), le phénomène des miliciens étrangers, la succession d’attentats sur le territoire européen, notamment les attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo et un supermarché juif à Paris, ont rendu nécessaire la révision de l’agenda des mesures disponibles pour les adapter à la situation actuelle.

Aussi bien les mesures adoptées par l’UE que celles convenues par certains de ses États membres ont suscité de vives discussions sur leur efficacité et sur le prix des libertés. En observant uniquement les gros titres des journaux, les mesures semblent avoir été approuvées pour des raisons émotionnelles, à chaud, qui sacrifieront inévitablement la liberté pour, bien entendu, accroître leur efficacité. En prenant un peu plus de recul et dans une perspective historique, les mesures résultent d’un long processus de maturation ; elles sont adoptées quand une fenêtre d’opportunité s’ouvre ; il existe une grande différence entre ce qui est annoncé, ce qui est approuvé et ce qui est appliqué et, finalement, leur efficacité est aussi relative que le prix des libertés.

Il s’agit de mesures nationales ou européennes, leur utilité antiterroriste dépend de quelques variables, comme la façon dont elles sont appliquées par les responsables de la police, les responsables judiciaires, du renseignement et pénitentiaires ; ainsi que par les moyens qui sont fournis pour les mettre en pratique ou la façon dont les terroristes changent leur modus operandi pour les neutraliser. En fonction de tout ce que précède, on commence à accumuler des évaluations, positives ou négatives, sur leur utilité qui se traduit par des propositions pour les améliorer, pour les supprimer ou pour les compléter par de nouvelles mesures. L’adaptation est perçue différemment par les agents responsables de la lutte contre le terrorisme et par les législateurs et, au sein de l’UE, les perceptions diffèrent beaucoup en fonction de l’exposition différenciée de chaque pays au terrorisme. C’est pour cela que les mesures que certains considèrent urgentes tendent à être reportées par d’autres et tout le monde attend que le moment et l’opportunité politique se présentent pour les approuver. Une dynamique qui explique pourquoi autant de mesures sont adoptées dans l’UE chaque fois qu’il se produit de grands attentats comme le 11-S en 2001 ou le 11-M en 2004. C’est à ce moment-là que les perceptions sociales et politiques, nationales et européennes, coïncident sur l’opportunité d’ouvrir la voie législative. Bien que les nouvelles mesures aient été approuvées après les attentats de Paris de 2015, ce processus révèle qu’il n’a pas été fait à chaud parce qu’elles ont été soupesées pendant longtemps et parce qu’elles n’altèrent pas l’équilibre – non pas l’opposition – entre sécurité et liberté, car dès que l’inquiétude sociale diminuera, la pression augmentera pour qu’elles soient revues. Ainsi et alors que les alertes antiterroristes montaient en puissance, l’UE a vu la Cour de justice européenne exclure Hamas de la liste des organisations terroristes, en raison d’erreurs dans la procédure d’inclusion, ce qui prouve que les contrepoids institutionnels et sociaux fonctionnement à peu près convenablement.

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