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Co-édition avec Estudios de Política Exterior
La ‘culture fusion’, une révolution arabe ?
La jeune création s’insère dans des formes globalisées où elle entend bien faire entendre sa propre voix, en affirmant une identité définie par l’expérience.
Yves González-Quijano
En raison d’une actualité politique particulièrement chargée – et plus grave par bien des aspects – le phénomène est passé largement inaperçu. Pourtant, depuis le début des soulèvements de l’année 2011, la scène culturelle arabe est en pleine transformation. Avec la marginalisation des politiques officielles et l’apparition d’une réelle fracture générationnelle au sein des élites intellectuelles et culturelles, on assiste peut-être à la mise en place d’acteurs capables de produire une nouvelle configuration artistique. Quelles que soient les interrogations sur l’avenir des mouvements de protestation qui traversent la région depuis bientôt trois années, les protestations de la jeunesse, ses aspirations au changement sont déjà en train de produire une « culture fusion » inédite par bien des aspects et qui marque le paysage artistique local.
Le crépuscule des politiques culturelles
Au cœur du système culturel régional, l’Égypte, mieux que tout autre pays, illustre cette situation avec le déclin, irrémédiable sans doute, des grandes politiques culturelles d’État. Dans ce pays qui fut le premier dans la région à créer un ministère de la Culture à la fin des années cinquante, Farouk Husni, le titulaire de cette charge dans le dernier gouvernement Moubarak, a occupé cette fonction de 1987 à 2011, soit près d’un quart de siècle. Depuis sa mise à l’écart et même sa mise en accusation pour enrichissement illicite – procès qui s’est terminé par un non-lieu –, sept ministres lui ont succédé en l’espace de moins de trois ans. Il est vrai que c’est toute la machine étatique égyptienne qui est victime de l’instabilité politique. Toutefois, cette rotation est particulièrement vertigineuse dans le cas de la culture, où de nombreux hauts fonctionnaires ont également été mis à l’écart, plus ou moins durablement, à l’image d’Ines Abdel Dayem, démise de ses fonctions à la tête de l’Opéra au temps du gouvernement Morsi pour se voir proposer, après la chute de ce dernier, la direction du ministère qu’elle a préféré refuser. En tout état de cause, dans un pays où les problèmes politiques ne le cèdent qu’aux difficultés économiques, les services culturels officiels ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient naguère. Et dans cette situation, la réduction – quand ce n’est pas la disparition – des initiatives réalisées avec le soutien des appareils du ministère, non seulement modifie le paysage culturel, mais se répercute également sur une grande partie des acteurs, les très nombreux artistes, créateurs, animateurs et médiateurs culturels pour lesquels les initiatives des services d’État ont toujours constitué un apport sans nul doute minime mais néanmoins indispensable à la survie de beaucoup d’entre eux.
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