IEMed. Mediterranean Yearbook 2025

IEMed. Mediterranean Yearbook 2025.
IEMed, Barcelona, 2025
L’IEMed. Mediterranean Yearbook 2025 propose une analyse approfondie des transformations complexes qui redéfinissent la région méditerranéenne à une époque de changements globaux. L’édition de 2025 se distingue par son fort accent géopolitique, plaçant la Méditerranée sur la scène mondiale, en particulier à l’intersection des crises internationales, des conflits régionaux et de rapports de pouvoir en constante évolution.
Bien que cette édition s’inscrive dans le cadre du 30ème anniversaire du Processus de Barcelone, son ton demeure pessimiste, reflétant l’érosion de la coopération multilatérale et l’instabilité persistante de la région. L’introduction replace l’année écoulée dans un contexte marqué par des tragédies humanitaires, en particulier la dévastation matérielle, morale et humaine à Gaza, présentée à la fois comme le symptôme et le miroir d’une crise systémique frappant l’ordre international actuel – caractérisé par l’affaiblissement du multilatéralisme et la persistance de doubles standards à l’égard du Sud global. La Méditerranée apparaît comme un espace de vulnérabilités entremêlées, mais aussi comme un laboratoire de résilience, d’adaptation et d’interdépendance régionale.
L’un des fils conducteurs de l’IEMed. Mediterranean Yearbook 2025 est l’instabilité géopolitique née de l’effondrement des anciennes certitudes au Moyen-Orient et du réajustement des équilibres entre puissances globales. Des conflits tels que Gaza, la chute d’Al Assad en Syrie ou encore le retour des rivalités entre grandes puissances ont reconfiguré le paysage politique régional et international. Des pays comme la Turquie, l’Iran, Israël ou les États du Golfe émergent ainsi comme des acteurs régionaux évoluant dans un ordre de plus en plus fragmenté. Dans ce contexte, l’IEMed. Mediterranean Yearbook 2025 accorde une attention particulière aux rôles joués par l’UE et par les États-Unis sous la présidence de Trump. Tandis que l’UE cherche à redéfinir ses relations avec la Méditerranée méridionale à travers le dialogue et la coopération, la politique américaine continue d’influencer la région via ses liens stratégiques avec Israël et son approche fluctuante à l’égard de la Russie.
Un autre axe de cette édition est le Nouveau Pacte pour la Méditerranée perçue comme une opportunité de passer d’une coopération traditionnelle, verticale et descendante, à un modèle plus pragmatique et participatif, fondé sur la coresponsabilité et des résultats concrets. Si l’introduction d’une approche ascendante marque un progrès significatif, elle comporte aussi le risque de susciter des attentes difficiles à satisfaire. Le véritable défi réside dans la capacité à assurer la continuité et à transformer le dialogue en un partenariat authentique – particulièrement dans un contexte où les grands bouleversements qui traversent la région MENA, conjugués à la perte constante d’influence de l’UE, continuent de remodeler l’équilibre régional.
La dimension économique met en lumière les défis liés à la navigation dans l’incertitude d’un contexte postpandémique et post-conflit. Plusieurs contributions analysent la manière dont les crises récentes ont redéfini les chaînes de valeur mondiales, les routes commerciales et les stratégies énergétiques, soulignant l’importance croissante de la géoéconomie dans la structuration des dynamiques régionales. La numérisation et l’intelligence artificielle poursuivent leur transformation de la productivité et des marchés du travail, renforçant davantage encore l’interdépendance stratégique entre technologie et gouvernance. L’édition accorde une attention particulière à la transition énergétique, mettant en avant le potentiel des instruments financiers verts et des énergies renouvelables comme leviers de croissance durable et d’influence géopolitique.
Les dimensions humanitaire et sociale de la région occupent également une place centrale dans cette édition qui accorde une attention particulière au coût humain des conflits en cours – notamment à Gaza et en Syrie – ainsi qu’à l’érosion des normes internationales de solidarité et de dignité. Il analyse la migration comme un trait structurel de la région et comme un enjeu politique majeur pour l’UE et ses voisins, en soulignant la manière dont elle s’articule avec des questions liées au travail, à la démographie et à la sécurité.
Conformément à son approche pluraliste et interdisciplinaire, l’IEMed. Mediterranean Yearbook 2025 met en évidence l’interconnexion entre les dynamiques locales et globales. Les évolutions économiques et politiques régionales sont analysées dans le cadre plus large des transformations mondiales : montée du populisme autoritaire, déclin de l’influence occidentale et présence accrue de nouveaux acteurs tels que la Chine et la Russie, dont les stratégies d’investissement et de pouvoir doux redéfinissent les dynamiques régionales.
Sa prémisse directrice demeure inchangée : comprendre la Méditerranée, c’est comprendre le monde. L’IEMed. Mediterranean Yearbook 2025 offre une analyse détaillée et multidimensionnelle d’une région qui continue de façonner – et d’être façonnée par – les grandes transformations du monde. En réunissant des perspectives diverses, des données empiriques et des propositions politiques, il souligne l’importance du dialogue, du savoir et de la coopération régionale comme outils essentiels pour relever les défis communs. Si la vision qu’il propose est loin d’être optimiste, la valeur durable de l’IEMed. Mediterranean Yearbook 2025 réside dans son engagement à nourrir la réflexion. Il nous rappelle qu’au regard de l’incertitude qui entoure l’avenir de la Méditerranée, le moment n’est peut-être pas venu de se précipiter vers de nouvelles alliances, mais plutôt de marquer une pause pour réfléchir, reconstruire la confiance et, surtout, raviver l’espoir d’une région plus prospère et pacifique.
— Luisa Faustini Torres, chercheuse senior, GRITIM-UPF