Co-edition with Fundación Análisis de Política Exterior
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Dámqrata. Una antología árabe de la democracia en el Norte de África

Raquel Ojeda-García
Professeure
au département de Sciences politiques
et de l’administration de l’Université
de Grenade
Juan Antonio Macías Amoretti, (Ed.), Comares, Grenade, 2022 212 pages

Ce livre, qui rassemble une série de textes traduits en espagnol de l’arabe principalement, du français et de l’anglais, accompagnés d’introductions expliquant le contexte historique et les motivations de leurs auteurs originaux, offre un bloc cohérent de lecture agile et riche en nuances et met en lumière les « voix » des agents du changement (entendu comme démocratisation dámqrata). Cependant, le scénario esquissé ne se limite pas à l’espoir, aux courants de pensée et aux auteurs qui défendent la démocratie, mais inclut également les discours et les textes de ceux qui entravent les transformations sociales ou y réagissent. Ainsi, cette anthologie fuit les stéréotypes et les lieux communs.

Aussi bien le premier chapitre introductif, « Comment écrit-on « démocratie » en arabe ? (…) » par l’éditeur du livre, Juan Antonio Macías, que le troisième bloc, « Les Va-et-vient de la réaction. Résistances institutionnelles et idéologiques » sont des exemples clairs de cet effort académique et traductif pour montrer toute une panoplie de tons, d’évolutions et de changements dans les mouvements sociaux, les partis et les penseurs eux-mêmes. Les régimes autoritaires qui résistent à l’introduction de mesures libérales menant à la démocratie, non seulement en tant que finalité ontologique mais aussi en tant que procédure, et les élites qui les soutiennent et profitent de cette situation, sont abordés dans la troisième section, qui expose, surtout et clairement, l’influence de l’une des versions de l’islam politique, le salafisme, en tant que réaction aux changements introduits après la chute d’Hosni Moubarak en Égypte et son rôle dans la fin du régime de Mohammed Morsi.

L’introduction et la traduction de Rafael Ortega dans cette section, se distinguent par le fait qu’il ne tombe pas dans une condamnation stéréotypée de cette pensée, ni ne s’autocensure de peur de revenir à ce que ce travail cherche à dépasser, l’approche coloniale et subalterniste de l’ « objet d’étude ». Au contraire, l’évolution des courants de pensée, de l’activisme et de leur « institutionnalisation » dans les partis et les structures étatiques (en particulier dans le cas égyptien) est nuancée, abordée et présentée avec simplicité et clarté.

Nous trouvons une magnifique référence à la pensée démocratique chez deux auteurs, l’un égyptien, Al Sayyid Yassin, et l’autre marocain, Muhammad Abid al Jabri, guidée par le professeur Juan Antonio Macías. On pourrait également inclure ici le texte de Ghannouchi, préfacé par Barbara de Poli, qui montre clairement cette évolution de la pensée et des mouvements islamistes depuis des positions plus conservatrices, jusqu’à cette cohabitation avec les principes démocratiques.

 Le bloc « Non sans nous les femmes » navigue à travers la pensée critique et féministe, dans le but de conduire à un changement social. C’est d’ailleurs l’une des principales conclusions de ce livre : il ne peut y avoir de démocratie sans respect des droits de l’Homme mais, surtout, il ne peut y avoir de démocratie sans la reconnaissance du rôle des femmes et la réalisation de l’égalité des genres.

Le dernier bloc constitue une sorte de double saut périlleux car, alors que tout ce qui précède était guidé par une logique qui lie l’ « Histoire » au « Discours » et était également articulé à partir des agents maghrébins et égyptiens mêmes, ce que nous offre « Rendez-vous sur les places. Démocratie et avant-gardes artistiques » est tout à fait différent. Il nous montre non seulement la critique de la société actuelle, stagnante et traumatisée par les contre-révolutions et l’immobilisme, mais aussi un autre récit capable de pousser au changement par l’impulsion des émotions. L’exceptionnalisme du Printemps arabe en tant que mouvement social et de protestation, dans le contexte de l’Afrique du Nord, est réfuté grâce à ce genre d’analyse et d’approche de la réalité sociale et politique, parce qu’il aborde un autre type de discours, comme le dit l’éditeur, avec une autre sémiotique, une autre pragmatique et même une autre herméneutique, qui ne peut et ne doit pas être ignorée par l’académie pour comprendre ces processus de changement.

Les références normatives et les changements juridiques, comme l’affirme Carmelo López dans son introduction à la sélection de lois sur la violence fondée sur le genre adoptées au Maghreb central, génèrent également un discours et, grâce à leur langage et à leur rhétorique, contribuent à façonner une vision du monde et des individus. Cette évolution normative était en gestation avant le Printemps arabe et a évolué de façon significative en Tunisie (2017) et au Maroc (2018).

Cet ouvrage collectif cherche et réussit à donner de la dignité à la traduction et à la contextualiser afin de briser les stéréotypes et les approches orientalistes et néocoloniales. Le défi auquel cet ouvrage est confronté est d’aborder les définitions de démocratisation et des récits eux-mêmes, qui construisent le changement non seulement par le biais du discours, mais aussi en devenant eux-mêmes des agents de changement. D’où la pertinence du contexte, de la traduction et de son utilisation, car ces questions sont également au centre de cette recherche de grande envergure financée par le Ministère de la recherche.

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