Co-edition with Fundación Análisis de Política Exterior
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El ascenso de China. Una mirada a la otra gran potencia

Julio Ceballos
Conseiller commercial en Chine et auteur de « Observar el arroz crecer » et de « El calibrador de estrellas » (Ed. Ariel)

El ascenso de China. Una mirada a la otra gran potencia
Rafael Dezcallar, Deusto, Barcelona, 2025. 352 p.

 El ascenso de China [La montée de la Chine] fait partie de cette heureuse race de livres qui révèlent la nature d’un pays plutôt que de l’expliquer. Dans son ouvrage, Rafael Dezcallar ne se limite pas à ordonner des données, des chronologies et des concepts, mais laisse deviner le pouls intime d’une réalité complexe, furtive et souvent mal comprise en Occident. À un moment historique regorgeant d’analyses hâtives – idéalisatrices ou alarmistes, fascinées ou craintives –, cet ouvrage propose quelque chose de très rare : un regard posé, éclairé et abstraite, mais un pays dont la densité historique, culturelle et politique demande du temps, de la patience et une grande modestie intellectuelle. Cette attitude irrigue entièrement un texte où l’on remarque dès le début que l’auteur n’en est pas à son coup d’essai. On trouve dans El ascenso de China un style travaillé, une prose agile et un regard panoramique qui allie la clarté de l’analyste à la respiration du narrateur. Non seulement Dezcallar écrit dans le but d’expliquer, mais il a aussi l’oreille littéraire. Il sait quand il lui faut s’arrêter sur une scène, quand laisser parler une donnée éloquente, quand introduire une réflexion personnelle sans envahir le terrain du lecteur. Ce mix, peut fréquent dans les essais géopolitiques, rend la lecture du livre fluide, voire captivante, sans que la rigueur en soit pour autant sacrifiée.

L’un des grands mérites de cet ouvrage est, à mon sens, qu’il montre la façon dont ce que l’on nomme le « modèle chinois » ne surgit pas du néant et n’est pas un simple artifice idéologique. Le passage de la Chine maoïste appauvrie à l’actuel capitalisme d’État y est présenté comme un processus fourmillant de contradictions, de pragmatisme et de décisions audacieuses. Dezcallar expose ce parcours avec une clarté qui n’infantilise pas le lecteur, et avec une honnêteté qui évite tout autant l’écueil de l’admiration acritique que celui de la condamnation systématique.

Ceci dit, c’est peut-être dans les chapitres directement inspirés de l’expérience qu’il a vécue à Pékin de 2018 à 2024 que le livre atteint sa plus grande densité. La pandémie, et sa charge d’incertitude, de contrôle poussé à l’extrême et de décisions drastiques, a mis à rude épreuve la résistance au stress de tous les diplomates. Pour l’auteur, elle a aussi été l’occasion – difficile, exigeante, inconfortable, exceptionnelle – d’observer de visu l’ADN du système chinois, sa faculté de mobilisation, son obsession du contrôle, sa méfiance structurelle envers l’extérieur, mais aussi la discipline sociale et le sentiment collectif qui habitent une bonne partie de la population. Cette expérience extrême dote son analyse d’une profondeur peu commune. Grâce à elle, Dezcallar ne théorise pas sur la Chine deabstraite, mais décrit la façon dont elle fonctionne quand tout vacille. La façon dont elle décide, communique et priorise. Et, surtout, la façon dont elle se perçoit elle-même face au monde. En ce sens, ce livre est aussi une réflexion sur le pouvoir, sur la souveraineté et sur la peur ; sur un pays qui se sent à nouveau fort après un long « siècle d’humiliation », et qui exige que ce nouvel équilibre des forces se traduise par un autre ordre international.

La Chine a été pour Dezcallar l’apogée d’un parcours exceptionnel dans la diplomatie. Non seulement en raison du poids spécifique de cette destination, mais aussi parce que toutes les questions qui ont marqué sa carrière s’y retrouvent : le pouvoir et ses limites, la culture vue comme facteur politique, la tension entre principes et pragmatisme. Partant de sa position de premier représentant de l’Espagne auprès du géant asiatique, l’auteur n’élude pas les aspects les plus incommodes de la relation bilatérale et multilatérale. Ainsi, l’asymétrie et le déséquilibre, l’absence de réciprocité, l’opacité dans certains domaines sont relevés sans stridence, mais sans euphémismes. On trouve dans ces pages une défense sereine, résolue, du besoin de transparence et de règles partagées, consciente du fait que le dialogue avec la Chine est inévitable, mais aussi qu’il ne peut être fondé sur la naïveté. El ascenso de China est par là plus qu’un essai sur une grande puissance émergente. C’est le livre de quelqu’un qui a observé le monde depuis de nombreux angles et qui, au bout du chemin, offre au lecteur une vision large, complexe et profondément honnête de l’un des grands protagonistes de notre temps.

Après 20 années de cohabitation avec la Chine et sa réalité, je recommande vivement la lecture de El ascenso de China. Bien sûr, elle ne garantit pas une compréhension totale de la Chine – personne ne peut promettre cela –, mais elle évite de tomber dans l’erreur courante de croire que nous la comprenons. Par les temps qui courent, ce n’est pas une mince réussite.

Julio Ceballos, conseiller commercial en Chine et auteur de « Observar el arroz crecer » et de « El calibrador de estrellas » (Ed. Ariel)  manière profondément impartial. Les expériences professionnelles de son auteur, qui se sont enchaînées dans des contextes culturels, politiques et humains très variés au long de quatre décennies, lui ont conféré un regard polyédrique que l’on perçoit à chaque page. Dezcallar possède la capacité peu commune de comparer sans simplifier, car il sait que les systèmes politiques et les cultures nationales ne s’expliquent pas en fonction d’une seule et unique variable. Si bien que El ascenso de China, loin d’apparaître comme une anomalie exotique, est plutôt le résultat cohérent d’une longue histoire traumatisante et extraordinairement ambitieuse.

Dezcallar sait que la Chine n’est ni un slogan ni une menace abstraite, mais décrit la façon dont elle fonctionne quand tout vacille. La façon dont elle décide, communique et priorise. Et, surtout, la façon dont elle se perçoit elle-même face au monde. En ce sens, ce livre est aussi une réflexion sur le pouvoir, sur la souveraineté et sur la peur ; sur un pays qui se sent à nouveau fort après un long « siècle d’humiliation », et qui exige que ce nouvel équilibre des forces se traduise par un autre ordre international.

La Chine a été pour Dezcallar l’apogée d’un parcours exceptionnel dans la diplomatie. Non seulement en raison du poids spécifique de cette destination, mais aussi parce que toutes les questions qui ont marqué sa carrière s’y retrouvent : le pouvoir et ses limites, la culture vue comme facteur politique, la tension entre principes et pragmatisme. Partant de sa position de premier représentant de l’Espagne auprès du géant asiatique, l’auteur n’élude pas les aspects les plus incommodes de la relation bilatérale et multilatérale. Ainsi, l’asymétrie et le déséquilibre, l’absence de réciprocité, l’opacité dans certains domaines sont relevés sans stridence, mais sans euphémismes. On trouve dans ces pages une défense sereine, résolue, du besoin de transparence et de règles partagées, consciente du fait que le dialogue avec la Chine est inévitable, mais aussi qu’il ne peut être fondé sur la naïveté. El ascenso de China est par là plus qu’un essai sur une grande puissance émergente. C’est le livre de quelqu’un qui a observé le monde depuis de nombreux angles et qui, au bout du chemin, offre au lecteur une vision large, complexe et profondément honnête de l’un des grands protagonistes de notre temps.

Après 20 années de cohabitation avec la Chine et sa réalité, je recommande vivement la lecture de El ascenso de China. Bien sûr, elle ne garantit pas une compréhension totale de la Chine – personne ne peut promettre cela –, mais elle évite de tomber dans l’erreur courante de croire que nous la comprenons. Par les temps qui courent, ce n’est pas une mince réussite.

Julio Ceballos, conseiller commercial en Chine et auteur de « Observar el arroz crecer » et de « El calibrador de estrellas » (Ed. Ariel)

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