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Co-édition avec Estudios de Política Exterior
Les festivals de musique au Maroc: trois petits tours et puis s’en vont ?
La pérennité de ces événements exige un changement de perception quant à leur place au sein de la scène artistique.
Amel Abou el Aazm
La décennie 2000/2010 a été celle des festivals au Maroc. En quelques mois, on est passé du tout au rien : un festival par ville, un par région. De Tanger à Dakhla, ces événements ont bousculé la scène culturelle marocaine et se sont distingués des traditionnels moussems (fêtes populaires), reliés à la vie économique, sociale et culturelle, et qui restent encore présents aujourd’hui. Ces événements se sont aussi différenciés des festivals organisés par le ministère de la Culture, axés sur un soutien à la musique patrimoniale (musique andalouse, gharnati, aïta…). Initiés par des associations et soutenus par le privé, ces événements, grâce aux importants moyens financiers octroyés, ont rapidement obtenu une audience et une médiatisation dépassant toutes les autres manifestations, et ont mis en avant les vedettes internationales et les musiques urbaines marocaines.
À partir de 1999, plus de 60 festivals de musique sont nés, du jour au lendemain et ont participé à une visibilité démesurée de la Nayda. Cette évolution exponentielle, surtout après les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, a répondu au besoin urgent de mettre en avant « le Maroc qui bouge », de redorer l’image du pays au niveau international, et d’offrir au monde une vitrine de pays arabe et africain ouvert au dialogue des cultures. Dès le départ, cette nécessité de véhiculer un message de respect de la diversité, et d’offrir à la jeunesse un espace d’expression, a clairement primé sur une volonté d’action culturelle durable. D’ailleurs, depuis quelques mois, la scène culturelle vit au rythme des annulations, disparitions ou reports de certains festivals (L’Boulevard et Festival de Casablanca, Moonfest à Lalla Takerkoust, Printemps d’Azzemmour, Festival Awtar à Benguerir, Amwaj Essafi, Festival Mer & Désert de Dakhla, Alegria Chamalia de Chefchaouen, Festival Azalay à Ouarzazate…).
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