Fragments d’Europe

Après les révolutions, les actions bilatérales en matière de sécurité et de défense et l’enchevêtrement de documents ont estompé la révision stratégique des relations euroméditerranéennes.

Pol Morillas

Les heures creuses que traverse l’Union européenne (UE) se laissent ressentir dans des domaines comme l’ajustement institutionnel d’États membres comme le Royaume Uni, l’approfondissement de l’intégration économique ou la politique étrangère et de défense. La division du continent a touché négativement sa projection extérieure, avec des signes évidents de fragmentation entre États membres, institutions et initiatives politiques.

Bien de l’encre a coulé au sujet des effets de la crise économique sur le projet de construction européenne. On remarque les voix mettant en garde contre la perte d’influence des institutions européennes et la renationalisation de la politique de ses États les plus influents. En tant que résultat de l’évidente, mais difficile à quantifier, corrélation entre crise et perte de projection extérieure, l’UE a perdu de sa capacité à « penser en grand » ou, en d’autres mots, à adopter une vision stratégique pour faire face à certains des défis les plus urgents en politique étrangère.

Tandis que les États membres se dévouaient à pallier les effets de la crise dans la zone euro, les institutions de Bruxelles ont pris les rênes de la réponse européenne au Printemps arabe. L’adaptation des objectifs et des instruments de coopération euro-méditerranéenne a permis de resituer l’Europe du « bon côté de l’histoire », en appuyant les nouvelles démocraties arabes et en approfondissant ses relations avec la société civile. On ne peut pas non plus sous-estimer les efforts de l’UE pour doter de ressources financières supplémentaires sa PEV, dans un contexte adverse aux augmentations budgétaires.

Mais le rôle principal de Bruxelles dans la redéfinition de la politique étrangère vis-à-vis de la Méditerranée a aussi dévoilé une croissante fragmentation dans la réponse au Printemps arabe et une absence de vision stratégique.

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