Dans ce numéro de QM, consacré aux mythes de la Méditerranée, nous proposons d’aborder le regard singulier du photographe Toni Catany (Llucmajor, Majorque) à travers La meva Mediterrània. Alors que les mythes tendent à figer la Méditerranée dans des images idéalisées ou des récits simplifiés, son œuvre ouvre un autre espace : une Méditerranée plurielle, intime et changeante, tissée de paysages géographiques et émotionnels.

Catany a lui-même formulé la clé du projet en ces termes :
« Je voulais, par l’image, offrir une version personnelle d’un espace géographique et culturel, complexe et passionnant, que je considère comme le mien. Ma vision de cet espace part des Baléares, comme si elles en étaient le centre. Depuis la terrasse de ma maison, à Llucmajor, en regardant vers le sud, on voit l’île de Cabrera. Je sais qu’au-delà, il y a d’autres terres, la côte d’Afrique qui m’invite à rêver… »
— Toni Catany
Ce “mien” n’est pas une appropriation, mais une perspective. Un point de départ concret qui déplace le centre et ouvre la carte. C’est pourquoi ces images ne construisent pas une géographie de la Méditerranée : elles en construisent une expérience. Il n’y a ni mer ni horizon bleu, ni carte postale ni récit idéalisé. Il y a des corps, des murs, des places, des intérieurs usés, des regards qui portent le temps.
Dans La meva Mediterrània, Catany articule une constellation d’images prises sur plusieurs décennies en différents points de la Méditerranée — d’Ibiza à Alexandrie, de Naples à Bizerte, de Meknès à Istanbul ou la Cappadoce — sans hiérarchie ni centre. Chaque photographie fonctionne comme un fragment autonome, mais toutes partagent une même manière d’être au monde : attentive, retenue, profondément humaine.
Figures solitaires, enfants, hommes immobiles dans la rue, espaces intérieurs presque vides ou places traversées par l’activité quotidienne. Catany ne documente pas, il observe. Il n’explique pas, il laisse l’image respirer. La Méditerranée qu’il donne à voir n’est pas un mythe idéalisé, mais une réalité faite de matière, de temps et de présence.
Au début des années 1990, ce travail a pris forme avec la publication La meva Mediterrània (Lunwerg, 1990). En février 1991, le Casal Solleric de Palma a inauguré l’exposition homonyme, qui réunissait ce regard construit à partir de voyages et de techniques diverses, tout en conservant une forte cohérence esthétique. Aujourd’hui, ces photographies font partie du fonds de la Fundació Toni Catany, qui en assure la conservation et la diffusion.
Dans le cadre de ce numéro consacré aux mythes de la Méditerranée, les images ne ferment pas un récit : elles l’ouvrent. Et nous demandent le geste le plus simple et le plus difficile : regarder à nouveau.










