Jeu d’intérêts et d’alliances au Moyen-Orient

16 juin 2017 | In the Media
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Idéologie, influence, politique, médias, alliances, inimitiés, intérêts économiques et guerre. De nombreux facteurs doivent être pris en compte pour comprendre le réseau complexe de tensions auxquelles sont confrontés les pays du Golfe et du Moyen-Orient aujourd’hui.

Lurdes Vidal, chef du département Monde arabe et méditerranéen à l’IEMed, a évoqué tout cela dans un entretien à l’émission El matí sur Ràdio 4 pour expliquer les raisons du blocus du Qatar par ses voisins du Golfe, sous la houlette d’Arabie Saoudite.

 « Les deux pays suivent une vision rigoureuse de l’islam, du wahhabisme, mais avec des nuances et des différences politiques », elle a déclaré. Les relations qu’entretient le Qatar avec l’Iran, principal antagoniste de la monarchie saoudienne dans la région, jouent un rôle important, tout comme le soutien du régime qatari aux Frères musulmans, qui, «en dépit d’être conservateurs, remet en question le wahhabisme et la légitimité de l’Arabie saoudite ».

Dans le même temps, Vidal considère que le rôle d’Al-Jazeera est essentiel dans ce scénario, « une puissance douce pour le Qatar et une nuisance pour les autres régimes ». En effet, l’une des principales cibles d’al-Jazeera, le régime d’Al-Sissi en Egypte, soutient désormais l’Arabie saoudite. « Chaque acteur regarde ses propres intérêts à la lecture de la situation, et si les Frères musulmans sont le principal ennemi du général égyptien, il prendra position contre le Qatar », selon l’expert de l’IEMed.

Contradictions et jeu d’équilibres

Cependant, ajoute-t-elle, les contradictions de ce conflit sont évidentes, à commencer par les États-Unis qui, tout en soutenant les actions des Saoudiens à travers les réseaux sociaux de son président, « vendent des avions de combat au Qatar, où ils ont également une base d’où la plupart de leurs opérations contre l’État islamique proviennent ».

« C’est un jeu d’équilibre », dit Vidal, mais en attendant, « quiconque gagne avec la confrontation croissante dans la région et l’escalade des tensions et des accusations mutuelles entre l’Arabie saoudite et l’Iran qui en résulte est l’Etat islamique ». Malgré la perte de territoire en Syrie et en Irak, « le groupe terroriste continue de disposer d’un réseau suffisamment fort dans la région et d’une capacité suffisante pour agir dans des pays à majorité non musulmane comme le Royaume-Uni ». «L’idée du djihadisme transcende l’État islamique», dit-elle, «et il survivra même si l’organisation disparaît».