Rire en des temps agités

L’envie d’approfondir dans la liberté d’expression a vaincu la peur de la répression et de la censure, donnant lieu à un ‘boom’ artistique sous la forme de la satire politique.

Elisabetta Ciuccarelli, Héctor Sánchez Margalef

George Orwell affirmait : « chaque blague est une petite révolution ». Aucune phrase n’éclaire aussi bien ce que représente la satire politique que celle-ci, sortant de la bouche d’une figure de référence de ce genre littéraire grâce à son célèbre ouvrage La Ferme des animaux. Ceci étant, on peut comprendre pourquoi les révolutions arabes se sont vues accompagnées d’un boom artistique sous la forme de la satire politique. Cependant, il serait une erreur de penser qu’il s’agit d’un phénomène nouveau.

La satire politique existe depuis qu’il y a des hommes politiques ou des structures de pouvoir dont on peut se moquer, et dans le monde arabe, elle a traditionnellement cohabité avec une semi-répression ou répression molle des structures de pouvoir. Par exemple, le dessinateur Ali Farzat a crée en 2001, le premier journal indépendant de Syrie, The Lamplighter (L’allumeur de réverbères), où l’on ne cessait de critiquer l’oppression du gouvernement, la pauvreté économique, la guerre, la torture et la corruption. Il a été fermé en 2002. En Irak, Salid Hassan, un acteur qui se moquait tout aussi bien des forces d’occupation américaines que des milices sunnites et chiites, a été assassiné en 2006. De ce fait, dans un entretien avec le journal Haaretz, publié en 2005, l’écrivain égyptien Lenin el Ramly, reconnu pour sa langue aiguisée et sa satire incisive, disait clairement qu’il y avait des sujets sur lesquels on ne pouvait pas faire de satire : le sexe, le président, la religion et les valeurs sociales. Bien qu’on ait pu l’interpréter comme une censure autoimposée, avec le temps, l’envie d’approfondir dans la liberté d’expression a vaincu la peur de la répression et la censure.