Patrimoine gastrononomique et tourisme culturel en Méditerranée

Jordi Juan-Tresserras. Université de Barcelone F. Xavier Medina. IEMed Directeurs du Symposium International « Patrimoine gastronomique et tourisme culturel en Méditerranée »

Aujourd’hui, c’est une réitération que de dire que la Méditerranée est la première destination touristique du monde. Cependant, une fois que le tourisme « typique » de plage et soleil (majoritaire dans la région) est arrivé à un plafond prévisible, la nécessité d’un tourisme et d’un développement durable aussi bien face à l’environnement qu’aux sociétés qui l’accueillent, est devenue absolument indispensable. 

Les offres relatives au tourisme culturel se sont accrues de façon insoupçonnable au cours de la dernière décennie, et elles sont liées aussi bien au patrimoine matériel (surtout de caractère historique-artistique) comme au patrimoine immatériel, dans lequel un bien fongible comme l’alimentation est en train de gagner, jour à jour, un rôle et une relevance de premier plan. 

Il faut souligner, cependant, que malgré son indéniable importance tant économique (hôtellerie, restauration, industrie alimentaire, petit et grand commerce, exportations…) comme de représentation (identité et patrimoine culturel à travers l’alimentation), le patrimoine gastronomique a été jusqu’à maintenant l’un des aspects les moins étudiés selon la perspective touristique, et l’un de ceux qui ont le moins captivé l’attention des techniciens et spécialistes. 

Il est donc temps d’ouvrir à ce sujet de nouvelles perspectives d’analyse et de promotion, dans un moment comme le présent de remise en question des politiques aussi bien touristiques – en cherchant de plus en plus un tourisme de qualité, respectueux de l’environnement et qui prenne en compte la spécificité de la culture du lieu visité – que patrimoniales – en amplifiant le concept de patrimoine afin d’y incorporer, non seulement les biens tangibles, comme par exemple monumentaux, mais aussi ceux immatériels ou fongibles mais aussi essentiels, comme l’alimentation et la gastronomie, de n’importe quelle culture. 

Il faut, néanmoins, introduire dans la discussion les divers acteurs et variables de la réalité alimentaire, patrimoniale et touristique : restaurateurs, entrepreneurs du secteur alimentaire et touristique, académiciens, promoteurs, responsables des institutions et des administrations publiques, distributeurs… Discuter et proposer des produits, des projets pratiques et des actions spécifiques, sont aujourd’hui une priorité. 

Dans le but d’approfondir dans ces matières, et toujours dans le cadre général de « l’Année de l’Alimentation, la Cuisine et la Gastronomie 2005-06 », s’est tenue à Barcelone, entre le 8 et le 10 juin 2005, le « Symposium International : Patrimoine gastronomique et tourisme culturel en Méditerranée » (IV Convention Internationale sur l’alimentation méditerranéenne), organisée par l’Institut Européen de la Méditerranée (IEMed), l’Université de Barcelone et la Fondation Viure el Mediterrani. 

La trentaine de spécialistes venus de différents pays riverains, convoqués à cette conférence internationale qui siégeait à l’IEMed, ont présenté les contributions les plus actuelles et le bilan de la recherche sur le tourisme et le patrimoine alimentaire en Méditerranée, ayant trait tant au développement d’un tourisme culturel de qualité, qu’à l’appui de possibles projets de coopération au sujet de la culture alimentaire méditerranéenne et les mouvements humains qu’entraîne le tourisme. 

Cette convention a suivi la ligne établie lors des précédent Symposiums Internationals sur l’alimentation méditerranéenne organisées à l’IEMed depuis la moitié des années quatre-vingt-dix. Si, il y a 10 ans, la priorité se centrait sur la réflexion au sujet des éléments, aussi bien théoriques que pratiques, qui nous permettaient de situer ce qu’est – si tel est – l’alimentation méditerranéenne du point de vue de l’analyse de la situation, la disposition actuelle nous amène à réfléchir, à partir des bases assises précédemment, sur les avenirs possibles parmi lesquels celui du tourisme acquiert une relevance toute particulière.
Ce Symposium signifie un grand pas dans cette direction. D’un côté, il situe le patrimoine gastronomique dans la zone méditerranéenne en tant qu’élément constitutif de base pour l’établissement de nouveaux critères ; et, d’un autre côté, elle fait l’état de ce patrimoine intangible comme un élément – qu’il soit principal ou complémentaire – dans l’offre touristique culturelle en croissance qui s’emploie à dépasser les clichés et qui réclame une solidité dans l’offre et une orientation de la demande qui, actuellement, sur le terrain gastronomique, on est encore loin de pouvoir offrir.