L’Union des autorités locales et régionales pour la Méditerranée

12 April 2010 | Focus | French

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Carrefour des civilisations, la Méditerranée a toujours été tirée par le dynamisme des échanges qu’elle permet de nouer d’une rive à l’autre. Hier avec les cités, aujourd’hui grâce aux villes et aux régions, la dimension territoriale constitue un levier incontournable pour promouvoir dialogue, paix et prospérité autour de ce lac partagé. Il a souvent manqué aux initiatives locales une stratégie multiniveaux, partagée de part et d’autre de la Méditerranée, discutée en partenaires et traduite en actions. C’est ce qui pourrait changer avec le lancement cette année de l’Assemblée régionale et locale euroméditerranéenne (ARLEM) : elle permet de franchir un cap dans les engagements conclus au sommet des États, qui restent trop souvent sans lendemain au détriment du développement local. En voulant être associée au cadre intergouvernemental de l’Union pour la Méditerranée (UpM) comme observateur doté de légitimité politique, l’ARLEM pourrait être le lieu de concrétisation d’une Méditerranée des territoires, agissant au plus près de ses habitants afin de compléter l’activité de la diplomatie classique.

Nouvelle étape du partenariat euro méditerranéen, l’UpM suscite des attentes énormes. Placé sous le signe du développement de projets ciblés, le processus de l’UpM a évidemment besoin pour réussir de collectivités territoriales impliquées, au nord comme au sud et à l’est de la Méditerranée. C’est, d’emblée, ce que la Déclaration commune du Sommet de Paris pour la Méditerranée (13 juillet 2008) avait tenu à souligner. Et c’est pourquoi, lors de la Conférence ministérielle des pays membres du Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée, organisée les 3 et 4 novembre 2008 à Marseille, la perspective de création d’une ARLEM était déjà reconnue comme une avancée importante. Aujourd’hui, et depuis le 21 janvier 2010, l’ARLEM existe, symbolisant le volet territorial de l’UpM.

Respectant le principe de partage des responsabilités entre membres européens et élus du sud et de l’est de la Méditerranée, l’ARLEM prône l’essor d’une véritable démarche partenariale. D’ailleurs, cette volonté se reflète directement dans son organisation. Trait original, l’ARLEM est coprésidée par un membre du groupe UE et un membre du groupe des partenaires méditerranéens. De même, la formation du Bureau de l’Assemblée, en plus des deux coprésidents, comprend six élus, pour moitié de l’UE et pour moitié des autres rives de la Méditerranée. Enfin, l’Assemblée elle-même totalise 84 membres répartis de manière égale entre, d’une part, élus du Comité des régions de l’UE, mais aussi membres impliqués dans des associations et réseaux internationaux actifs dans la coopération euroméditerranéenne et, d’autre part, représentants des collectivités des pays méditerranéens partenaires exerçant un mandat local ou régional. Au final, par la légitimité de son mode d’appartenance comme par l’originalité de son fonctionnement, l’ARLEM parvient à mettre en mouvement tous les niveaux de gouvernance territoriale de la Méditerranée.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que, à travers l’ARLEM, les autorités locales et régionales ont voulu faire le choix du pragmatisme. Car aux Cassandre de la Méditerranée, je réponds que l’ARLEM combat l’excuse de l’immobilisme soulevée au nom des situations conflictuelles ; et à ses doux rêveurs, je dis que l’ARLEM a fait le choix de l’action et de la mise en réseau pour affronter des défis urgents qui ne peuvent s’en tenir à des utopies.

Expérience de terrain, proximité, subsidiarité illustrent, au niveau des territoires, des conditions nécessaires, mais pas suffisantes, au succès du partenariat euroméditerranéen. Mais, au-delà, l’ARLEM souhaite être le catalyseur d’un engagement politique fort des élus locaux de toute la Méditerranée, être l’accélérateur favorisant la mise en œuvre d’actions s’inscrivant dans la logique de l’UpM, enfin, être le vecteur d’une prise de conscience sociale des enjeux à affronter ensemble. La Méditerranée ne se fera pas sans les peuples, et les élus locaux et régionaux ont un rôle à jouer dans la diffusion d’un sentiment collectif d’appartenance à un destin commun, permettant de mobiliser toutes les énergies.

Désormais, l’ARLEM travaille à être reconnue comme observateur à part entière, intégré au sein de la future gouvernance de l’UpM qui prend peu à peu forme. Institution partenaire d’un processus euroméditerranéen qui se veut inclusif, elle pourrait permettre d’associer, le plus en amont possible, la dimension territoriale à l’élaboration des grandes lignes de l’UpM. Au-delà de la plateforme permanente de dialogue, d’échange et de coopération qu’elle incarne, l’ARLEM représente un levier au potentiel considérable de mise en cohérence des enjeux locaux et globaux en Méditerranée. « Think regional and act local » : tel pourrait être en un mot le message-clé de l’Assemblée.

En s’appuyant sur ces principes, l’ARLEM avance déjà rapidement, comme le montrent les décisions prises par son Bureau depuis sa mise en place. Deux commissions thématiques ont été créées : la Commission des affaires économiques, sociales et territoriales (ECOTER), d’une part, et la Commission du développement durable (SUDEV), d’autre part. Les sujets à traiter sont nombreux et complexes dans la zone méditerranéenne. Dès lors, notre Assemblée a souhaité adopter une approche thématique en lien avec les lignes et l’agenda de l’UpM. Le fonctionnement interne de l’ARLEM le permet, en divisant entre deux Commissions des enjeux centraux à la fois pour les territoires méditerranéens et pour l’UpM.

Pour la Commission ECOTER, les sujets liés à la décentralisation, au développement urbain et territorial, à la coopération culturelle, à la société de l’information ou encore aux petites et moyennes entreprises seront abordés. En ce qui concerne la Commission SUDEV, les thèmes notamment du développement durable, de la gestion de l’eau, des déchets, de l’énergie, de l’énergie solaire, du transport, de l’agriculture et du tourisme pourront être étudiés. Ainsi, dès 2010, la Commission ECOTER centrera ses analyses sur le développement urbain, tandis que, de son côté, la Commission SUDEV travaillera sur la gestion locale de l’eau.

Avec leurs grilles communes d’interprétation et leurs propositions concrètes d’action à entreprendre, les travaux de l’ARLEM permettront de nouer des contacts approfondis et réguliers, facteurs de développement, entre acteurs territoriaux. À travers ces diagnostics thématiques conjoints et, plus largement, un tissu dense de relations basées sur l’approche partenariale, les collectivités des trois rives de la Méditerranée pourraient mieux peser sur les orientations à l’œuvre au sein de l’UpM.

Bien entendu, l’ARLEM permettra de démultiplier les efforts en matière de coopération décentralisée en Méditerranée, en partageant, par la mise en réseau, les expériences et les bonnes pratiques et, si nécessaire, en renouvelant ses méthodes et ses enjeux. Mais l’ARLEM inaugure une démarche qui va au-delà, en montrant sans doute demain des possibilités d’expérimentation et de contractualisation innovantes en matière, notamment, de coopération et de développement.

Dans le cadre de l’UpM, des domaines comme la dépollution et la protection civile, qui touchent à des compétences directes et communes à l’ensemble des collectivités territoriales méditerranéennes, pourraient être des laboratoires intéressants de cette nouvelle donne. Liée au processus de l’UpM, les initiatives de coopération lancées à travers l’ARLEM gagneraient directement en lisibilité et en efficacité.

L’ARLEM pourrait ainsi favoriser l’avènement d’une région solidaire, au développement rééquilibré et partagé, nourri par des dynamiques de coopération à niveaux et à géométrie variables. C’est en tout cas le but des collectivités soutenant l’ARLEM, qui souhaitent multiplier les liens directs entre acteurs territoriaux et montrer, par des exemples concrets, que l’UpM avance lorsqu’elle permet à l’ensemble des autorités locales et régionales de s’approprier collectivement le processus. Il est grand temps de concrétiser cette Méditerranée des territoires.