Les infrastructures et l’aménagement du territoire

Le développement de nouvelles infrastructures et la modernisation de celles existantes, conditions incontournables pour la croissance de l’Algérie

Issad Rebrab, directeur général de Cevital, Algérie.

L’Algérie, pays de 2,7 millions de kilomètres carrés, est fondamentalement sous développé et sous équipée en infrastructures de base. Ainsi l’absence d’une approche véritable de développement économique et social durable lié au manque de vision et de rationalité dans une réelle politique de l’aménagement du territoire ont hypothéqué à ce jour ou du moins grandement retardé l’évolution harmonieuse et la modernisation du tissu économique et social. 

Voici quelques réflexions contributives et idées de solution à la problématique posée. 

La modernisation des infrastructures 

Le réseau routier sur lequel s’est relativementt appuyé le développement du pays, mais obsolète et dépassé actuellement, mériterait d’être reconsidéré et mis à niveau, aux normes universellement usitées dans le monde d’aujourd’hui (fluidité, densité, signalisation, sécurité…). 

Par ailleurs et surtout, il faut promouvoir de vaste investissements dans la réalisation : 

– d’une autoroute Est-Ouest reliant la frontière tunisienne à la frontière marocaine du pays. Le projet existe mais sa concrétisation tarde à venir. Cet axe longitudinal devra disposer de bretelles autoroutières vers tous les ports ainsi que les centres et poumons économiques importants. 

– La dérivation à partir de l’autoroute principale Est-Ouest, sous forme de pénétrantes Nord-Sud vers les grands centres de densité socioéconomique des zones sahariennes (à l’exemple de Ghardaïa) seraient judicieuses. 

– D’autres autoroutes dites périphériques sont nécessaires, telles que celles reliant les moyennes/grandes agglomérations et centres socioéconomiques le long du littoral algérien (la zone du Sahel). 

– La réhabilitation enfin de la rocade sud (rocade des hauts plateaux) par la réalisation d’une importante autoroute à grand trafic qui sera d’un apport économique déterminant pour tout le pays, ceci de par sa situation et configuration stratégiques. Véritable artère jugulaire, elle sera décisive dans l’implantation interrégionale, le peuplement des hauts plateaux et les communications naturelles entre les régions nord et sud de l’Algérie. 

– Son apport dans la problématique de l’aménagement du territoire est sans conteste (historiquement, il y a rappeler que depuis l’antiquité et la période romaine particulièrement, cette voie a constamment servi de vecteur de communication et d’expansion des différentes civilisations qui se sont succédées…). 

Le réseau ferroviaire est indéniablement aujourd’hui encore le parent pauvre du réseau de communication algérien avec un apport marginal dans le développement économique. 

A l’évidence et depuis longtemps déjà, un investissement conséquent et soutenu dans ce vecteur aurait permis l’émergence d’un véritable développement global et équilibré à la mesure des défis posés par l’étendue, les distances et aussi l’enclavement des régions entières du pays. 

Les programmes actuellement mis en œuvre et basés en gros sur des actions de restauration de tronçons de voie, de renouvellement ou doublement d’autres ainsi que le changement de voies a écartement étroit par celles à écartement normal, ne peuvent, à terme, que constituer des palliatifs ne répondant aucunement aux exigences du futur. Une vision totalement novatrice et hardie devra prendre en compte ce facteur de communication qui reste essentiel et incontournable dans une perspective sérieuse de progrès économique. 

Ainsi, le réseau ferré qui est très complémentaire du réseau routier, reste inégable et très avantageux par rapport à ce dernier dans la circulation et le transport du fret à des conditions et des coûts rendus de la tonne/kilomètre. 

Aussi est-il suggéré de créer : 

– Un réseau de voies ferrées dans le sud de l’Algérie reliant les grands centres économiques et les agglomérations majeures (cf. la boucle du sud). Ce vecteur permettra la circulation des biens et ressources ainsi que des populations dans le sens Nord-Sud et inversement, dans une plus grande échelle que ne peut le faire la route. 

– Un réseau de voies ferrées Est-Ouest doublant la rocade routière et permettant son exploitation par des trains rapides, type TGV. 

– La modernisation et l’électrification des principales voies ferroviaires du pays : avec des branchements et dérivations vers les zones industrielles, les zones d’activité et en général celles à promouvoir réalisées ou en projet. 

– La modernisation du rail devra être conçu dans l’avenir autant que possible, dans une perspective de complémentarité et d’intégration étroite avec les autres modes de transport de manière à limiter les ruptures de charge ; optimiser les gains en économie d’échelles, gagner en souplesse d’opération. Aussi la conception de centres et gares multimodales devra être intégrée dans les études d’aménagement de sites importants. 

L’intégration du réseau rail avec les infrastructures portuaires et aéroportuaires notamment est une nécessité vitale dans toute approche de développement global et harmonieux des infrastructures de base dans le pays. 

Le développement de nouvelles infrastructures portuaires et la nécessaire modernisation de celles existantes, sont une condition incontournable dans le processus d’expansion des échanges avec le monde et donc déterminant dans les mécanismes à mettre en œuvre pour promouvoir les exportations par exemple et ainsi gagner en compétitivité par la maîtrise des frais et coûts d’approche. 

Y-a-t-il lieu de penser à la réalisation d’un nouveau port pour la capitale, qui serait réalisé à l’embouchure de l’oued Isser. Compte tenu du volume croissant du trafic, il faudrait impérativement penser à différencier et séparer le port passager et les structures concernées par les opérations de fret ainsi que celles affectées à la conteneurisation. 

Doter le pays d’une infrastructure de télécommunications et de télé-information de qualité répondant à toutes les exigences en terme de normes et standards universellement usités. Cela inclus bien sur la fiabilité, sécurité et célérité des services postaux entre autres, et ce dans toutes les formes de transmission et de réception des informations économiques quelque soient leur nature et leur support. Il est évident bien suûr que la liberté de circulation de cette information est un corollaire absolu. 

L’aménagement du territoire 

Les nouvelles infrastructures ci-dessus succinctement décrites et la modernisation de celles existantes sont des conditions essentielles pour aborder la problématique de l’aménagement du territoire sous l’angle d’une vision rationnelle et moderne. Un maillage efficace du territoire par un réseau de communications à la pointe permettra sans doute d’envisager les alternatives et les schémas d’implantation et d’aménagement respectant la critériologie en matière d’urbanisation, d’installation de centres industriels, de zones d’activité, de nouveaux centres de vie… tout en tenant compte de la nécessaire préservation des espaces verts et de l’environnement. A ce titre, il serait intéressant de créer de nouvelles villes dans une zone du Sahel et plus particulièrement dans le piedmont de l’Atlas Tellien dans l’algérois pour désengorger valablement la capitale, tout en identifiant et particularisant au niveau des choix de site les zones industrielles ; ceci pour des raisons évidentes de sécurité et de protection de l’environnement humain. 

Installer les grandes unités du pays le long de la rocade sud près des nouveaux axes de communication routier et ferroviaire ci-dessus décrits. L’emplacement stratégique et la disponibilité d’immenses espaces nus tend à privilégier cette solution, pourvu que la disponibilité de l’énergie et de l’eau soit définitivement réglée… Ainsi sera-t-il mis un terme à la prolifération des cités de peuplement humain avec toutes les sujétions à la base de l’émergence d’une véritable qualité de vie.