Co-édition avec Estudios de Política Exterior
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Framing Hijab in the European Mind: Press Discourse, Social Categorization and Stereotypes

Oumaya Amghar Ait Moussa
Project Assistant of Project MAGIC – IEMed
Framing Hijab in the European
Mind: Press Discourse, Social
Categorization and Stereotypes.
Ghufran Khir-Allah, Springer,
Singapour, 2021, 275 p.

Autres », « radicaux », « menace », « différents », « conflictuels », « ignorants », « oppression » – voici quelques-uns des termes utilisés dans les médias pour décrire ou désigner les musulmans. Il ne fait aucun doute que la presse a la capacité d’influencer et de persuader l’opinion publique, surtout lorsqu’il s’agit d’un sujet méconnu de la majorité de la société : l’islam.

Le hijab est l’élément qui constitue un signe religieux et d’identité des femmes musulmanes et le phénomène le plus controversé dans des domaines tels que la politique et même dans le mouvement féministe lui-même.

C’est pour cela que Ghufran Khir-Allah analyse, dans Framing Hijab in the European Mind, le traitement médiatique du hijab à travers trois événements centraux : une comparaison de la façon dont les médias britanniques et espagnols ont traité l’interdiction française du hijab dans les écoles en 2004, la couverture par la presse espagnole et britannique de l’exclusion du hijab, et le débat sur la visibilité du voile dans la sphère publique nationale.

Dans ce but, le livre est divisé en deux parties principales : une première plus théorique et une seconde plus analytique dans laquelle l’auteure étudie jusqu’à 108 articles publiés dans les principaux journaux nationaux des deux objets d’étude.

Le livre se concentre spécifiquement sur le contexte français, car il représente un modèle de référence de laïcité et de sécularisation pour les pays européens, et il articule le débat sur le hijab. Par conséquent, il se focalise sur comment l’interdiction du voile en France en 2004 a marqué le début du débat et de la législation sur le hijab dans d’autres pays européens.

Tout d’abord, il se penche sur le terme « différent » et sur la manière dont il a joué un rôle central dans les récits politiques et journalistiques européens. Il fait également référence à la manière dont le discours européen dépend de la relation coloniale historique avec le monde musulman et des différences culturelles afin de promouvoir l’incompatibilité de l’islam avec les valeurs nationales. Dans cette optique, l’islamophobie se nourrit du discours de la sécurité nationale, qui est souvent instrumentalisé comme un moyen de satisfaire des besoins politiques et de stigmatiser une minorité entière comme « peu fiable ».

Il compare également la situation des musulmans dans trois contextes européens différents : le contexte français, où les musulmans façonnent leur identité religieuse par le biais d’une approche nationale de la laïcité ; le contexte britannique, où ils bénéficient d’un environnement plus diversifié dans lequel ils sont contraints de combiner leur identité britannique avec les avantages et les inconvénients du multiculturalisme ; et enfin, le contexte espagnol, où ils sont tiraillés entre le manque de représentativité et le blocage gouvernemental des accords concernant leurs droits religieux. Pour revenir à l’accent mis sur le hijab, il explique comment on a joué avec le récit de l’incompatibilité du voile et les droits de l’Homme dans la sphère publique. L’auteure souligne que le hijab, par essence, est un choix personnel à faire par chaque femme musulmane en fonction de ses préférences. Il en résulte que les femmes musulmanes ont la liberté de choisir de couvrir (ou non) leur corps dans la sphère publique, car les individus ne devraient pas déterminer les choix personnels des femmes et leur dicter avec quoi et comment elles doivent s’habiller.

La dernière partie de l’ouvrage est consacrée à l’étude de la presse à travers l’analyse critique du discours et la théorie sociolinguistique cognitive. Cette analyse montre comment le hijab est utilisé dans les contextes espagnol et britannique pour soutenir le discours politique qui utilise le voile comme une façon de susciter la peur. Cependant, le discours britannique est plus politiquement correct et indirect dans sa référence aux stéréotypes, tandis que la presse espagnole présente les femmes comme incapables de parler pour elles-mêmes et comme des sujets opprimés. Dans le même temps, dans le contexte britannique, le degré d’inclusion et d’exclusion dépend de la position adoptée sur le hijab. Au contraire, dans le contexte espagnol, les femmes musulmanes n’ont pas de voix et ce sont celles qui s’opposent à l’utilisation du hijab qui s’expriment librement.

En définitive, le hijab est compris comme un signe d’ignorance, d’oppression, de discrimination, d’extrémisme et d’imposition. Cela démontre comment la lecture que les médias font des femmes musulmanes contrôle le discours public et domine l’opinion publique. De même, il y a une nette absence de voix musulmanes dans les médias. Il ne fait aucun doute que les femmes musulmanes ont leur propre voix et qu’elles devraient se sentir suffisamment autonomes et à l’aise pour pouvoir l’utiliser, s’habiller comme elles le souhaitent, être entendues et avoir le droit d’être présentes dans la sphère publique sans faire l’objet d’une quelconque discrimination. Cela ne devrait pas constituer un problème dans quelque culture, religion, système politique ou région géographique que ce soit.

Les femmes sont confrontées à de nombreux combats, mais comme le signale Ghufran Khir-Allah, pour les femmes musulmanes en Europe, il s’agit d’un combat pour la visibilité, contre les stéréotypes et pour exiger le respect de leur identité religieuse et de genre. Parce qu’après tout, c’est ce dont il s’agit, n’est-ce pas ? De respect, de liberté, de tolérance et d’égalité.

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