Société et culture |
Migrations
Les nouvelles tendances migratoires
dans les pays du Mashreq
Riad al Khouri
Directeur Middle East Business Associates (MEBA
wll), Jordanie
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Le Mashreq en 2004 est
resté à la fois un espace qui reçoit et exporte des migrants. Les plus
grands groupes de migrants dans la région viennent du Soudan, d’Égypte,
d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, des Philippines, du Sri Lanka et du
Yemen. Quant à leur origine, la majorité vient de l’Afrique
subsaharienne, et de l’Asie du Sud et du Sudest. À part les Soudanais
qui habitent en Égypte, les Indiens, les Pakistanais et les Philippins
forment le plus grand groupe de ressortissants de pays du Tiers-Monde
dans la région. Les Égyptiens et les Jordaniens se déplacent surtout
dans les pays du Golfe, en particulier l’Arabie Saoudite, tandis que les
Irakiens vont surtout en Jordanie et en Syrie.
Le genre des migrants a pris une dimension de plus en plus
importante dans le Mashreq, la féminisation de la migration créant de
nouvelles réalités économiques et sociales. Ces dernières décennies ont
été témoins d’une croissance de la migration féminine dans la région,
étant donné que les pays du Mashreq ont connu une expansion économique
et une restructuration ; la majorité des migrants femmes travaillent en
Jordanie et au Liban. La demande de migrants femmes dans le Mashreq a
augmenté, en particulier dans les industries de service, par la création
de travail sous et non qualifié que les migrants femmes sont disposées à
prendre, tandis que la population locale est réticente à le faire. Ces
postes sont remplis par des femmes des pays en voie de développement de
l’Asie, essentiellement le Sri Lanka, les Philippines, l’Indonésie, la
Thaïlande, le Bangladesh, le Pakistan et l’Inde. La majorité d’entre
elles a tendance à travailler chez des particuliers comme travailleuses
domestiques et aussi dans l’industrie de l’hôtellerie et du spectacle.
La migration irrégulière se produit dans tout le Mashreq, où tous
les pays sont impliqués comme points d’origine de transit et de
destination. En outre, il est prouvé que l’entrée illégale et le trafic
de personnes se produit régulièrement à grande échelle. Une étude
poussée est nécessaire pour saisir entièrement la magnitude de ces
phénomènes ; toutefois, le tableau ci-dessous montre les voies clés
d’entrée illégale dans la région, une information provenant de
l’Organisation internationale pour la migration à partir de cas
documentés par les gouvernements et les médias.
La migration à l’intérieur de l’espace est également importante.
Par exemple, beaucoup de travailleurs migrants égyptiens, ainsi que ceux
d’autres nationalités du Mashreq, travaillent aussi en Jordanie
illégalement et ceci représente un problème contre lequel le ministère
du travail jordanien a essayé de lutter. Le ministère, qui s’est durci
en ce qui concerne la main d’œuvre étrangère dans les dernières années,
a renforcé davantage les procédures en 2004, quand il a commencé à
inspecter plus rigoureusement les établissements du secteur privé dans
le pays afin de vérifier leur conformité avec les lois et les
régulations du travail. Environ 100 inspecteurs ont été assignés à cette
campagne qui couvre plus de 55 000 compagnies et usines dans le pays.
Alors que pour beaucoup d’Égyptiens, le problème du manque
d’emplois dans leur pays continue, on estime que l’Égypte a besoin de
parvenir à un taux de croissance du PIB réel soutenu d’au moins 6 %
annuel pour que le chômage décline vers des niveaux contrôlables, mais
une telle expansion n’apparaît pas régulièrement. Néanmoins, pour
l’instant, les expatriés qui envoient de l’argent provenant de
l’étranger comptent parmi les salariés en Égypte ayant les plus grands
revenus, la Jordanie voisine demeurant une destination prisée par les
migrants égyptiens. En même temps, les Jordaniens qui travaillent à
l’étranger ont joué un rôle clé dans l’économie jordanienne. La Jordanie
est au rang des dix premières places les plus importantes recevant des
envois parmi les économies émergentes, après des pays comme le Liban, la
Turquie et l’Égypte. Les virements que les expatriés jordaniens envoient
chez eux représentent de un cinquième à un quart du PIB. Ce pourcentage
est le plus élevé dans la région du Mashreq, suivi par le Liban avec un
septième. Les efforts déployés par les gouvernements du Mashreq quant à
la gestion de la diaspora et du facteur selon lequel les envois
contribuent d’une façon réelle ou potentielle à la réduction du chômage
sont considérables et ne cessent de croître. L’Égypte a une stratégie de
gestion de la diaspora active, comme c’est le cas au Liban et plus
récemment en Syrie.
Comme les économies du Golfe se sont développées à des taux élevés
ces deux dernières années et qu’on prévoit un bon résultat pour 2005, la
demande de main d’œuvre du Mashreq pour le Golfe va donc très
probablement augmenter pendant le reste de la décennie. Cependant, ceci
n’aura lieu que si la stabilité régionale se maintient. Dans le cas
contraire, le fragile équilibre des marchés de main d’œuvre segmentés,
qui apporte la prospérité au Mashreq et dans les pays du Golfe, grâce à
la spécialisation et en maximisant les avantages comparatifs, se
renversera et mènera à une perturbation économique grave dans les
régions arabes et au-delà.
Avec ces patrons de migration complexes dans une région si
explosive, une structure politique visant à administrer la mobilité de
la main d’œuvre dans la région devient nécessaire. Les pays du Mashreq
connaissent une coopération croissante avec les agences internationales,
afin de parvenir à un tel type d’administration de la migration, mais
cela se fait encore essentiellement sur une base du cas par cas, en
gérant les crises ou en réagissant aux désastres hors d’une structure
stratégique coordonnée au niveau de la région. Quoiqu’il arrive aux
marchés de la main d’œuvre dans le Mashreq et le Golfe au cours des
prochaines années à venir, une approche stratégique de la migration plus
profonde et traversant les frontières est nécessaire, de préférence
impliquant les organisations internationales ainsi que les corps
régionaux tels que la Ligue des États Arabes.
Avec 15 %, le Mashreq a un taux de chômage élevé, environ trois
fois celui de la moyenne globale. La création d’emploi, bien que rapide
dans quelques pays du Mashreq à partir du milieu des années 1980
jusqu’au début des années 1990, n’a pas suivi la croissance dans la main
d’œuvre. La croissance de la population ajoute des millions de candidats
à la main d’œuvre chaque année et ce flux est proportionnellement plus
vaste que dans aucune autre région dans le monde. Étant donné que le
taux de chômage est aussi parmi les plus élevés de toutes les régions,
la tâche de créer des emplois est probablement plus énorme qu’aucune
autre.
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