Publications
Hassan II et le Maroc, un témoignage
Québec, Presse interuniversitaire, Casablanca, Centre culturel arabe, 2005.
248 pp.
Six ans après le décès de Hassan II, le penseur et historien marocain Abdallah Laroui présente son témoignage Le Maroc et Hassan II : un témoignage. Loin d'être une dissertation légitimiste ou une satyre posthume, le témoignage de Laroui est une tentative d'expliquer le comportement de l'acteur politique le plus déterminant du Maroc du XXè siècle. « En écrivant ce livre, je ne veux ni le louer (Hassan II) ni le dénigrer. Je ne veux que le comprendre. »
L'écart opportun entre la mort du monarque marocain et la publication du livre est une preuve de plus de la volonté de l'auteur d'offrir à tout moment un témoignage mûr et profond. Il ne s'agit pas ici d'une uvre spontanée ou descriptive, puisque l'auteur puise dans ses connaissances de l'histoire pour élaborer une analyse structurelle soumise à une impeccable périodisation. De ce fait, le témoignage s'étend tout au long des 14 chapitres, dont chaque titre est le nom d'une ville et une date. De 1958 à 2000, de Florence à Rabat en passant par Alger, Le Caire et Paris entre autres étapes, le témoignage de Laroui commence par les funérailles de Hassan II et reconstruit peu à peu la trajectoire du monarque depuis qu'il était prince jusqu'à sa mort en 1999, avant de conclure sur les extraits d'un débat qui eu lieu dans les studios d'une chaîne de télévision à Casablanca en 2000.
Ni Laroui en sa qualité de témoin, ni Hassan II en tant qu'objet d'analyse, ne font l'objet unique du livre. L'auteur réduit de temps en temps l'échelle d'observation pour analyser le roi, il s'érige en personne sur la scène pour rappeler sa position de témoin, mais il ne perd jamais de vue le contexte à la lumière duquel il éclaire le personnage clé du livre, Hassan II. Le titre clarifie le point de vue de Laroui : le Maroc et Hassan II. Il ne s'agit pas d'un portrait descriptif ni d'un suivi obsessif de l'objet étudié, mais d'un témoignage analytique qui va au-delà de la scène politique marocaine et qui inclut d'autres personnages de premier ordre de l'histoire contemporaine de ce pays comme Allal al-Fassi, Abdallah Ibrahim et Mehdi Ben Barka, entre autres.
A la fin du livre, le lecteur dispose d'une annexe où sont analysés certains concepts considérés comme des traits caractéristiques de la vie politique marocaine et d'une chronologie du Maroc indépendant.
Mourad Zarrouk
La question religieuse au 21e siècle
George Corm Ed.
La Découverte. Paris, 2005.
205 pp.
Dans la classe politique arabe qui débat stérilement à longueur de plateaux sur les chaînes satellitaires, George Corm occupe une place à part. Méditerranéen convaincu, politologue très apprécié pour la finesse de ses analyses et le courage de ses prises de position, il se distingue par un profil en voie de disparition de l'Atlantique au Golfe.
Livre-référence pour des générations entières d'intellectuels, son Proche-Orient éclaté n'a pas pris une ride. Il est aux études du monde arabe ce que dans l'édition française Sociologie de l'information de Francis Balle est à la communication et les travaux de Maurice Duverger aux Systèmes politiques comparés. De réédition en réédition, le titre continue de dresser, grâce à un il du cru, l'état des lieux du monde arabe. Sans concessions ni états d'âme.
Depuis sa consécration universitaire il y a une quarantaine d'années à la Sorbonne, Corm a écrit 22 livres. Le dernier de la série toujours ouverte, La question religieuse au 21e siècle (1), est sorti en librairie fin janvier en France. Moment fort dans la production intellectuelle arabe, ce l'est pour plusieurs raisons. Et d'abord pour celle-ci : c'est le premier voyage critique d'un intellectuel arabe dans la géopolitique du monde depuis fort longtemps. Au bout d'un périple dans le temps, l'auteur réfute un énoncé à la peau dur : un prétendu « retour du religieux » qui serait derrière les bouleversements du monde.
Outillé de deux de ses travaux récents Orient-Occident : la fracture imaginaire et La Méditerranée : espace de conflits, espace de rêve , Corm est parti à l'assaut « d'imaginaires et de grilles de lecture » qui interprètent les moindres traits du monde « sous le prisme du religieux ». Au décor bouillonnant des années soixante et soixante-dix à touches politiques et idéologiques a succédé un autre bâti sur les sentiments religieux ou identitaires.
« Insidieusement, la religion est venue s'infiltrer, sinon dans nos préoccupations profondes, du moins dans notre univers le plus proche. Que l'on soit à Paris, New York, Beyrouth, Bagdad, Istanbul, Moscou, New Delhi ou Djakarta, nos titres de journaux, nos écrans de télévision nous parlent de religion », constate Corm en guise d'introduction à son livre. Avec un tel énoncé, il n'en faut pas plus pour voir s'écrouler le paysage mondial rebâti sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale.
Du coup, dans le nouvel imaginaire religieux, le monde change d'acteurs. Il n'abrite plus, comme autrefois, des libéraux, des socialistes, des communistes, des nationalistes des ex-colonies. Il n'est plus cette arène politique multicolore avec la droite, l'extrême droite, le centre, la social démocratie, le marxisme, le maoïsmee, le tiers-mondisme.
Soumis aux manipulations « dangereuses des élites néoconservatrices occidentales et des fondamentalismes religieux », le monde change de décor. L'ancienne stratification politique n'étant plus qu'un vieux souvenir, la nouvelle arène mondiale abrite des acteurs aux noms identitaires et religieux. S'y déploient, sur fond de « clash des civilisations » imminent, des chrétiens, des juifs, des musulmans, des catholiques, des protestants, des orthodoxes, des sunnites, des chiites, des hindouistes, des bouddhistes, des laïcs à la française, des multiculturalistes à l'anglo-saxonne.
L'auteur du Proche Orient éclaté montre du doigt les responsables de l'irruption prononcée de la question religieuse au XXIè siècle. Ils sont au nombre de trois. Les Etats-Unis, pris en flagrant délit de prolifération du néoconservatrice. Nourrie de religion, cette idéologie est antérieure à l'avènement des Bush et leurs conseillers à la Maison Blanche. Jimmy Carter en a déblayé le terrain en instrumentant, le premier, l'Holocauste. Ronald Reagan a pris le relais en puisant son énergie idéologique dans la religion. Une pièce à conviction selon Corm ? La formule « L'empire du mal », slogan médiatique de la croisade antisoviétique, a été empruntée au fond lexical biblique.
Forts du concours théorique de Léo Strauss, de Francis Fukuyama (La fin de l'Histoire) et de Samuel Huntington (Le choc des civilisations), les néoconservateurs américains ont réduit les désordres du monde à une lecture « affligeante » et expéditive, s'inquiète l'intellectuel libanais. A l'appui de leur campagne pour la domination du monde, ils convoquent l'« argument fallacieux » de la lutte entre d'un côté le « bien » occidental et civilisé, de l'autre le «mal» musulman et forcément ténébreux.
En Europe, la « mainmise du politique sur le religieux »s'accroît sous les effets nocifs du laïcisme et du multiculturalisme. Après le premier assaut des années soixante-dix au cours desquelles une vague d'historiens dont François Furet a fait à tort le procès des lumières et du républicanisme, les laïcistes et les multiculturalistes ont fait le reste. En cristallisant « bêtement » une bonne partie du débat politique et sociétal sur le voile, ils ont contribué à la plantation du décor religieux-identitaire.
Dans le monde arabe et musulman, régimes politiques et fondamentalistes ont nourri tantôt dans l'alliance, tantôt dans l'adversité la mise en place du décor religieux et identitaire au détriment de la société politique. Plutôt que de revenir sur la part, connue, des manipulations du religieux à des fins politiques, il a insisté sur le recul de l'esprit critique et le débat stérile qui ont fait le lit du décor aux couleurs de l'identité et des religions.
Le contenu de la production livresque du monde arabe le laisse sans voix. « Il est scandaleux de constater que les idées de Rifaat Al Tahtaoui, les constats critiques de Djamel Eddine Al Afghani n'aient pas fait l'objet de travaux récents. Depuis le livre de Anouar Abdelmalek, rien de tel n'a été fait».
Youssef Zerarka, journaliste algérien
En el Barranco del Lobo. Las guerras de Marruecos
María Rosa de Madariaga. Alianza Editorial, Madrid, 2005
423 pp.
María Rosa de Madariaga a publié ces dernières années plusieurs ouvrages sur les questions marocaines et leur impact dans l'Espagne contemporaine. Depuis la publication, à la fin des années quatre-vingt-dix et en 2000, des deux éditions de España y el Rif. Crónica de una historia casi olvidada, elle a ramené à l'actualité certains épisodes qui, tout en ayant marqué la réalité immédiate du début du XXème siècle, ont été effacés de notre mémoire. L'apport de cet ouvrage à la production livresque reposait sur une vision différente des événements, qui tenait compte de la réalité marocaine et rifaine, en s'éloignant du point de vue strictement espagnol auquel nous avait habitué l'énorme production d'ouvrages sur ce sujet parus trois quarts de siècle auparavant. Son suivant livre Los moros que trajo Franco
La intervención de tropas coloniales en la Guerra Civil (2002) a mis à jour les études sur ce sujet controversé qui a consolidé dans la pensée espagnole un stéréotype du marocain.
Ce nouvel ouvrage que Madariaga présente, En el Barranco del Lobo. Las guerras de Marruecos, est un livre nécessaire qui résume bien ce que le Maroc et la présence espagnole dans le Nord de ce pays ont représenté pour l'opinion publique entre 1909 et 1927, dates respectives des événements tragiques de Melilla et Barcelone et de la fin de la guerre du Rif après la chute d'Abdelkrim. Le Maroc, nous dit l'auteur, « accaparait toute l'attention, il était au centre de toutes les préoccupations », toute la vie espagnole tournait autour de ce pays, jusqu'au point de « devenir ainsi une autre page de l'histoire d'Espagne ». C'est un fait qui n'est pas vraiment assumé par les historiens contemporains espagnols qui ont sous-estimé l'impact de ces événements qui ont marqué pendant des décennies la vision de générations entières.
Cet ouvrage retrace les guerres africaines depuis les « escarmouches belliqueuses prémonitoires », tel que dans son premier chapitre, Madariaga nomme les guerres de Tétouan en 1860 et de Melilla en 1893. Sans elles et sans les échecs coloniaux de la fin du siècle, l'on ne pourrait comprendre l'ambiance vécue en 1909 par une armée qui prétendait prendre position dans le Nord marocain devançant ainsi, dans la protection de certains intérêts économiques, ce qui serait trois ans plus tard le Protectorat.
Le livre n'est pas une simple histoire politique ou chronique d'événements. Au contraire, il approfondit, avec une fine analyse, la biographie de nombreux protagonistes, d'un camp ou l'autre, mêlés aux événements : depuis El Roghi Bou Hamara, El-Raissouni ou la famille El Khattabi, jusqu'aux hommes politiques espagnols qui ont le plus vécu la question marocaine, comme le Comte Romanones, des journalistes comme Luis de Oteyza ou des militaires comme les généraux Fernández Silvestre, Sanjurjo, Berenguer, Primo de Rivera ou Gómez Jordana ou le colonel Riquelme.
Une grande partie du livre est axée sur le désastre colonial de 1921 et toutes ses conséquences sur la vie politique espagnole. Il s'arrête, en particulier, sur les réactions de l'opinion publique aussi bien au sujet des attitudes adoptées par les partis dynastiques, avec leur gestion maladroite de la crise, que sur les positions soutenues par les partis ouvriers, républicains et nationalistes basques et catalans. Le débat suscité par le rachat des prisonniers ainsi que par les conditions d'emprisonnement dans lesquelles Abdelkrim maintenait les militaires capturés, mérite une attention spéciale, puisqu'il accapara l'attention publique pendant de longs mois et il occupa la une et les pages de tous les journaux de l'époque.
Cet ouvrage s'appui sur une recherche approfondie dans les archives militaires espagnoles et françaises ainsi que sur les archives diplomatiques du Quai d'Orsay et du Foreign Office, où l'auteur a retrouvé des documents très intéressants qui, ajoutés à la relecture systématique des journaux et des publications de l'époque, apportent à ce livre la rigueur nécessaire, sans lui ôter son aménité.
Bernabé López García- Université Autonome de Madrid
Ben Ali et les faux démocrates
François Bécet. Publisud, 2005
296 pp.
Les dictatures sont-elles encore nécessaires ? Peu sont ceux qui répondraient affirmativement à cette question dans nos sociétés occidentales démocratiques. François Bécet, journaliste du quotidien français Alsace, semble faire partie de ceux-là, même s'il préfère parler de régimes forts et non de dictatures. Son livre Ben Ali et les faux démocrates passe en revue aussi bien l'opposition au régime, ses réussites et ses carences, que ce qu'il considère les succès indiscutables du pays depuis que Ben Ali a succédé le 7 novembre 1987 au Combattant suprême « vaincu par la maladie et l'incapacité ».
Malgré le titre et la rigueur avec laquelle il parle de l'opposition tunisienne la poésie n'existe pas dans l'art de gouverner ni dans celui de s'opposer Bécet ouvre la porte à une réflexion nécessaire : toute opposition est-elle par définition bonne et tout ce qu'elle affirme et défend doit-il être cru et appuyé ?; tout ce qui provient d'un régime comme celui de Ben Ali doit-il être obligatoirement mauvais ?
Pour Bécet, le principal succès politique de Ben Ali est d'avoir délivré le pays de l'extrémisme islamiste rétrograde. Pour ce qui est de l'économie, la « performance » tunisienne est une des meilleures du Proche-Orient et du nord d'Afrique : la classe moyenne regroupe aujourd'hui 70 % de la population, le niveau de corruption est faible, la sécurité sociale s'est généralisée et le niveau de vie a augmenté.
Bécet classe l'opposition tunisienne en cinq groupes : les marginaux et clandestins ; l'exil parisien ; les opposants reconnus par le régime qui attendent une sinécure, selon lui ; les inclassables comme le Mouvement Démocratique et Social de Mohamed Moaada ; et ce qu'il appelle la véritable opposition.
Malgré les apparences, le livre de Bécet n'est pas un pamphlet. Il dévoile de l'opposition les rivalités parfois infantiles de ses dirigeants, son atomisation à cause du désir de leadership, sa surenchère des carences du régime, voir ses mensonges et son manque de capacité constructive. Malgré cela, Bécet reconnaît qu'il existe en Tunisie un retard en matière de libertés publiques et individuelles et, bien qu'il ne démontre pas le pourquoi, il conclut que la Tunisie avance de pas ferme, lent et sûr, « mais cela n'est plus suffisant ».
Domingo del Pino- Conseiller éditorial de afkar/idees
Tombuctú 52 días a camello
Ahmed Ghazali. Icaira Editorial
Prólogo de Alfonso Armada
140 pp.
Sur le côté gauche d'un panneau sale et détérioré se dessine la tête d'un chameau, suivie d'un touareg et d'une caravane exiguë qui s'approche d'un oasis au milieu du désert. Cette scène peinte de façon très naïve est suspendue sur un mur de pisé à la fin d'une des rues en terre battue les plus connues de l'est du Maroc, dans le village de Zagora, qui compte autant de restaurants, guides et agences de voyages que Manhattan. Sa légende en caractères arabes et en français (Tombouctou 52 jours) est marquée en rouge dans le cahier de voyage de milliers d'explorateurs, de ceux de jadis avec des tissus, des pierres précieuses, des métaux et de ceux d'aujourd'hui caméras et dollars à l'appui. T52 n'est pas le dernier prototype inventé par un service d'intelligence, ni le nom d'un groupe de rock émulant la bande de Bono, nouveau gourou qui a pris le témoin de Geldof dans l'utilisation médiatique de la tragédie humaine, pour l'aide à l'Afrique. C'est un simple morceau de bois qui a marqué pendant des siècles la route à suivre depuis Zagora, la porte du désert, le dernier lieu habité avant l'océan de dunes du Sahara, jusqu'au centre géographique du Mali, pas loin des rives du fleuve Niger.
Dorénavant, personne qui n'ait senti l'appel de l'Afrique ne pourra ignorer la pièce de théâtre Tombuctú 52 días a camello, que cette mythique signalisation dans le désert et une jeune femme enceinte sans nom développent sur une trépidante succession de scènes, personnages et situations. Les deux croisent leurs destins et donnent lieu à un petit joyau de la littérature, qui acquiert de l'actualité au fur et à mesure que de plus en plus de personnes malheureuses entreprennent leur dernier espoir de vie dans l'odyssée la plus sauvage que connaît l'Humanité de ce début de siècle tourmenté.
Là où n'arrivent ni l'eau, ni les médicaments, mais oui la télévision, les pétrolières et l'Unesco. En ce même endroit, l'auteur entremêle la civilisation romaine à l'arabe, le Paris- Dakar, les premiers explorateurs, les postérieures armées et leurs successeurs tyrans noirs (le dialogue entre un touareg et les gardiens des frontières récemment créées est hilarant) au pillage grâce auquel l'autochtone a su survivre à l'envahisseur, aux légendes transmises oralement, à l'amour et aux rêves brisés. De ce simple pieu, de cette « croisée de chemins dans le cur du désert », Ahmed Ghazali construit un univers vivant, dramatique, aussi dur que la vie elle-même de nombreux de ces déshérités, avec un chant final à l'espoir et à l'entente des deux rives à travers la musique, où s'affrontent deux formes pratiquement antagoniques de comprendre la vie et où surgissent les conflits classiques entre pères et fils, entre tradition et modernité. Un texte qui inclut un manuel d'instructions précis pour être interprété et compris sur toute scène des deux côtés des océans (de sable et de mer), en particulier « par tous les enfants du monde », ainsi que le reconnaît l'auteur à travers ses personnages.
Juan Manuel Pardellas- Auteur de Héroes de ébano. Journaliste de El País
Pensée historienne et apprentissage de l'histoire
Mostafa Hassani Idrissi, L'Harmattan, Paris, 2005.
Prologue de Henri Moniot 325 pp.
L'espace disponible ici ne permet de rendre compte que très superficiellement d'un ouvrage aussi complexe et profond, aussi bien du point de vue conceptuel qu'expérimental, que celui du professeur Mostafa Hassani Idrissi. Il n'est pas facile de trouver, dans la bibliographie sur la didactique de l'histoire, un livre qui contemple de façon brève et tellement précise la série de questions et problèmes qui sont posés dans cet ouvrage. En premier lieu, un traitement du contexte international où s'encadrent les apports de cette recherche. Ensuite, une ample analyse des questions les plus fondamentales de l'épistémologie historique, de la méthode et de l'objet des études historiques (à travers ses trois dimensions de base : les temps, les espaces et les sociétés et leurs changements). Ces deux volets servent à aborder les caractéristiques de la pensée historique dans ses diverses variantes : la formulation problématisatrice des événements historiques ; la recherche des sources adéquates et la difficulté de leur traitement ; la sélection nécessaire des faits ; l'explication historique (aussi bien dans ses causes structurelles que dans ses motivations plus personnelles) et, en conclusion, la synthèse historique. Toutes ces réflexions précédentes, plus théoriques, servent de cadre conceptuel à la deuxième partie du livre s'appliquant à l'analyse expérimentale des possibilités d'accroître la présence de la pensée historique (la construction des connaissances historiques) chez les élèves. Le principal objectif de l'ample recherche empirique réalisée par l'auteur est d'établir une voie d'enseignement de l'histoire, de son apprentissage par les élèves, dépassant les déficiences bien connues de la méthode traditionnelle transmissivo- mémorisante (qui a prédominé et prédomine encore, malgré l'appui administratif à une nouvelle orientation plus active et constructive) dans l'enseignement de l'histoire au Maroc (et non seulement au Maroc, mais dans beaucoup d'autre pays de la Méditerranée).
Le modèle expérimental généré par l'auteur est très suggestif (axé sur un complexe problème de l'histoire marocaine de la fin du XVè siècle et début du XVIè). Les résultats sont intéressants et ils sont exposés, en plus, de façon très attrayante. En résumé, cet ouvrage est exemplaire dans sa structure, qui va du plus général, mais nécessaire, à la concrétion détaillée de ses résultats, aussi utiles pour le Maroc que pour n'importe quel autre pays (ils sont nombreux) qui se trouve en une situation similaire en ce qui concerne l'enseignement de l'histoire, où l'écart entre la théorie et la pratique dans de nombreuses salles de cours est grand. Un ouvrage, donc, de lecture fortement recommandée pour tous ceux qui s'intéressent à l'enseignement et l'apprentissage de l'histoire et à son amélioration au profit des élèves et de leur incorporation à une société qui, avec leur apport, peut être plus libre, réfléchie et autonome.
Rafael Valls- Université de Valence
La Mémoire du Temps. Maroc pays de l'inachevé
Lahcen Brouksy, Publisud Rabat, 2004.
256 pp.
La thèse, si l'on peut parler de thèse, de ce livre du marocain Lahcen Brouksy, docteur en Droit public et Sciences politiques, est que le Maroc possède tous les éléments nécessaires pour être un pays avancé : bourgeoisie très ancienne, syndicalisme responsable, compatriotisme solide et partis politiques modernes. Malgré tout, la société semble désenchantée et dépourvue de référents.
Brouksy signale dès les premières pages qu'il ne s'agit pas d'un titre provocateur destiné à susciter la curiosité du lecteur potentiel, mais de la continuation de ses deux livres précédents, Conduire le changement et Makhzenité et Modernité, publiés en 1996 et en 2000 respectivement.
Dans La mémoire du temps,Maroc, pays de l'inachevé l'auteur veut approfondir sa réflexion autour des questions de la relation makhzen- Etat, makhzen-citoyen, et société-service public, cruciales pour le Maroc. Le Maroc, affirme-t-il, est un pays qui change lentement et ses institutions, ses constitutions, la société, ses ethnies farsis, andalouses, berbéres et aroubies, confirment les multiples courants contraires et contradictoires qui la parcourent.
Notre sentiment national, écrit-il, fort, millénaire, solide, pluriel, s'est maintenu grâce à la fermeté de la lutte de nos ancêtres au XIIIè, XIVè et XVè siècles contre l'Occident catholique. Si ce fait connaît aujourd'hui une inflexion, cela est dû à la médiocrité de nos dirigeants actuels guidés par le chacun pour soi, et à un pseudo libéralisme mal assimilé avec son cortège de classes, groupes dominants, privilégiés, castes mercantiles, clans et familles.
« Une démocratie transnationale s'impose à tous de plus en plus et le droit à l'ingérence médiatique et diplomatique est reconnu », écrit l'auteur dans ses conclusions, mais au Maroc, pays de l'inachevé, il existe une contradiction supérieure qui loge dans notre système : le Maroc possède tous les ingrédients pour devenir une démocratie mais son « génie » entrave cette tendance au lieu de la cultiver.
Le livre de Brouksy, comme ses autres ouvrages, contient une réflexion indispensable pour la connaissance du Maroc actuel et moderne qui, bien qu'il se trouve à notre porte et soit notre voisin arabe et africain le plus proche, et qu'il ait eu et a tellement d'influence sur l'histoire de l'Espagne, non seulement continue à être peu connu, mais il ne suscite que peu d'intérêt, si ce n'est du rejet, chez une grande partie de la classe politique et intellectuelle espagnole.
Domingo del Pino- Conseiller éditorial afkar/idees
Las relaciones entre España y Marruecos. Perspectivas para el Siglo XXI
Paloma González del Miño. Ed. La Catarata. Madrid, 2005.
225 pp.
Les relations entre l'Espagne et le Maroc s'assoient sur un délicat exercice d'équilibre imparfait : les étapes de bonheur se mêlent à d'autres où la mésentente affleure. Cette dualité est devenue l'un des traits qui définissent la bilatéralité hispano-marocaine.
Le but principal de ce livre est d'analyser les relations politiques, économiques et de coopération entre ces deux acteurs internationaux pendant la dernière décennie (1996-2005), qui a coïncidé en Espagne avec deux partis politiques différents à la tête de l'exécutif, le Parti Populaire (PP) et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE). A partir de là, il évalue deux modèles de relation avec le Maroc.
Le Maghreb le Maroc en particulier s'est consolidé comme l'un des axes fondamentaux de la politique étrangère espagnole. Cependant, la façon d'agir a souffert de mutations puisqu'elle est passée d'une politique d'équilibres alternatifs entre les deux principaux pays de cet espace régional le Maroc et l'Algérie à une à caractère global, à partir de 1982, qui s'inscrit sur deux vecteurs prioritaires : la création d'un tissu d'intérêts communs et la coopération plurisectorielle.
Encadré dans la discipline des relations internationales, cette analyse prétend répondre à deux questions : quelles sont les coordonnées qui régissent la politique étrangère de l'Espagne envers le Maroc ? ; faut-il reformuler le modèle actuel de relation entre les deux pays ? La position de l'auteur est que le modèle fonctionne de façon satisfaisante jusqu'au années quatre-vingt-dix où l'on commence à percevoir des signes de détérioration dans certains volets qui s'accentuent notamment aux mauvais moment, le zénith étant représenté par la crise de Perejil.
L'existence d'une série de dossiers qui peu à peu ont élargie leur contenu (coopération, relations économiques et commerciales, institutionnalisation politico-diplomatique), qui ont produit une dynamique fortement positive, sont néanmoins ceux qui interpellent le moins l'opinion publique et les plus méconnus. Par contre, la position de l'Espagne à l'égard du Sahara Occidental, de Ceuta et Melilla et de l'immigration dans son versant le plus dramatique (illégale) constituent les « éléments structuraux » qui par leur importance, densité et complexité servent de toile de fond et contaminent l'axe Madrid-Rabat.
Le livre se divise en deux parties nettement différenciées. La première est axée sur l'étude des réformes graduelles aussi bien politique qu'économiques mises en uvre depuis les années quatre-vingt-dix jusqu'à nos jours, dans le but d'évaluer si au Maroc l'imbrication étroite entre politique intérieure et politique étrangère a répercuté sur la scène hispano-marocaine. La seconde partie analyse les relations entre ces deux acteurs à travers les instruments politiques, institutionnels et diplomatiques. Le professeur Paloma González del Miño présente une ample analyse à grande rigueur académique, parfaitement compatible avec la divulgation, qui fuit les crises conjoncturelles et les points de vues manichéens. Le renforcement des relations entre ces deux acteurs qui ont beaucoup à développer est un défi à atteindre pour créer un « partenariat stratégique », sur la base de l'égalité, la négociation et le profit mutuel. Cette dynamique aura des effets non seulement sur la stricte bilatéralité, mais aussi sur les processus multilatéraux de l'espace méditerranéen.
Francisco Aldecoa Luzárraga- Professeur agrégé de Relations internationales
Lu ce trimestre
Marroquíes en España. Rosa Aparicio, Carolien Van Ham. Mercedes Fernández. Andrés Tornos. Sociedad, cultura y migraciones, 6. Université Pontifice Comillas de Madrid. Madrid, 2005. 264 pp.
Ces derniers mois, surtout en France et en Hollande, les questions au sujet des immigrés ma-ghrébins et des générations nées de ces immigrés se sont multipliées. Ils ne s'intègrent pas ? Ce sont seulement les gouvernements et les populations autochtones qui en sont responsables ou il leur revient une part de responsabilité ? Que va-t-il se passer dans l'avenir et comment pourrait-on le prévoir ? Des questions semblables touchent aussi les espagnols et ce livre veut contribuer à chercher des réponses. Dans ce but, il revoit le poids que sont amenés à avoir en Espagne les marocains et leurs enfants, pour examiner ensuite ce qui est en train d'arriver dans les différents volets de leur intégration : la jouissance effective des droits citoyens qui les concernent, leur insertion économique et dans le monde du travail, l'évolution de leurs us et coutumes culturels, leur ouverture pour entrer socialement en relation avec les espagnols. Selon les données, il semble assez probable que d'ici peu d'années il y ait plus d'un million d'espagnols d'origine marocaine qui résident en Espagne et qui soient plus ou moins bien situés économiquement et dans le monde du travail. Mais il semble aussi prévisible que le maintien de leurs us culturels et de leur différenciation ne facilitera pas leur interrelation normale avec les autochtones dans les relations sociales. Alors, peut-être formeront-ils une authentique minorité différente ? Cette situation, nouvelle, semble déjà avoir lieu dans certaines zones. Saurons-nous cohabiter ainsi ?
Menors que emigren sols del Marroc a Catalunya. Marta Comas y Violeta Quiroga. Polítiques 51. Fundació Jaume Bofill. Ed. Mediterrània S.L. Barcelone, 2005. 330 pp.
Cet ouvrage est une contribution à l'analyse d'un phénomène migratoire qui a secoué la société catalane ces dernières années : l'arrivée de jeunes mineurs en provenance du Maroc. Bien que, depuis son apparition en 1999, l'on ait avancé aussi bien dans les actions que dans la connaissance de ce collectif et ses besoins, il restait à analyser la dimension transnationale de cette migration. L'ethnographie que présente ce livre est le fruit d'un travail de collaboration entre la Fundació Jaume Bofill et une équipe d'Unicef à Tanger. Cette collaboration a permis d'effectuer un travail sur le terrain en Catalogne et au Maroc et de comparer la situation des mineurs sur le lieu d'origine et sur celui de destination, ainsi que de parcourir leurs itinéraires. La recherche met l'accent sur une dimension souvent minimisée dans les travaux précédents : le rôle des familles aussi bien au moment où les jeunes décident de partir, que pendant le processus migratoire et dans l'option du regroupement familial. Une autre dimension nouvelle et d'actualité se réfère aux jeunes qui, en provenance de zones rurales du sud du Maroc, accèdent clandestinement aux côtes espagnoles en traversant le Détroit sur des embarcations de fortune. Dans ces cas, l'option d'émigrer n'est pas une décision qu'ils ont pris seuls, mais une stratégie du groupe familial, et ceci implique de nouveaux positionnements et requiert de nouvelles réponses.
Codesarrollo: Migraciones y Desarrollo mundial. Luis V. Abad, Xavier Aragall, Gemma Aubarell, Manuel Gómez Galán, Joan Lacomba, Iñigo Moré, Luisa Moreno, Consuelo Ramón Chornet. CIDEAL/ Ministère d'Affaires étrangères. Madrid, 2005. 170 pp.
En des temps où les migrations sont un des grands sujets d'actualité, le co-développement suscite de plus en plus d'intérêt en tant que moyen potentiel pour sauver les frontières séparant les pays qui sont le plus dans le besoin de ceux plus prospères. L'idée centrale du co-développement est relativement récente : les immigrés peuvent contribuer de façon active aussi bien à l'avancée des sociétés qui les accueillent qu'à celle des pays d'où ils proviennent. Par exemple, à travers le travail qu'ils effectuent et les économies qu'ils envoient à leurs familles. Par conséquent, il faudrait chercher un moyen de fomenter les aspects les plus positifs des migrations à l'aide de la coopération internationale. Il existe des indices qui indiquent que l'application du co-développement se trouve dans une phase immédiatement précédente à l'ébullition. Le présent ouvrage, produit par certains des principaux spécialistes espagnols en la matière, recueille des expériences et apporte des propositions qui, sans doute, contribueront à enrichir le débat que provoque cette question en Espagne et dans la communauté internationale.
La Libye. Pierre Pinta. Collection Méridiens. Editions Karthala. Paris, 2006. 342 pp.
Depuis plus de 30 ans, la Libye est associée à la personnalité haute en couleur de son dirigeant, le colonel Muammar Kadhafi, apparu sur la scène politique en 1969, à l'occasion du renversement d'Idriss, premier et dernier souverain de la Libye indépendante depuis 1950. Kadhafi s'est fait connaître autant par ses prises de positions tranchées sur l'islam, sur le panarabisme, puis le panafricanisme, sur le tiers-mondisme... que par ses revirements parfois spectaculaires. Cet « opportunisme » a permis à la Grande Jamahiriyya arabe, libyenne, socialiste et populaire, nom officiel de la Libye actuelle, de traverser l'histoire contemporaine sans gros dégâts. Toutefois l'histoire de la Libye ne commence ni en 1969 ni même en 1950. Elle fait partie de celle des peuples de l'Antiquité qui se sont épanouis autour de la mer Méditerranée. En effet, la première « civilisation libyenne » est née dans le Fezzan, il y a environ 10 000 ans. Les Berbères y ont développé une civilisation raffinée et prospère, qui avait déjà aménagé les principales oasis du Sahara. Un vaste mouvement migratoire devait les mener en Egypte où ils fondèrent la XXIIè dynastie. Plus tard se succédèrent sur le littoral libyen les Phéniciens, les Grecs et les Romains qui y ont tous laissé des traces encore visibles. Avec l'islamisation de l'Afrique du Nord au VIIè siècle, la vieille civilisation antique est balayée et remplacée par une société où s'imposent la culture bédouine et la religion. Après avoir farouchement résisté, les Berbères ont fini par incarner un islam puritain et intransigeant. Arabes et Berbères ont alors façonné une société originale où s'opposent deux forces principales, la citadine et la bédouine. Des siècles de domination ottomane puis italienne, ainsi que l'intrusion de la modernité, ne l'ont pas fondamentalement transformée. Ainsi, en s'appuyant sur l'islam et le désert, la confrérie de la Sanûsiyya est parvenue à créer une identité libyenne, dont les Karamânli, au XVIIIe siècle, avaient jeté les bases. Une « vision » que Kadhafi a reprise à son compte. Aujourd'hui, après des années d'embargo, les sanctions sur la Libye ont été levées. Ce pays, peu peuplé et dont le sous-sol renfermerait au moins 5 % des réserves mondiales d'hydrocarbures, attire les immigrants subsahariens et les capitaux étrangers, ainsi que les touristes, qui partent à la découverte d'un patrimoine naturel et culturel exceptionnel et méconnu.
Islam, le pensable et le possible. Slim Laghmani. Ed. Le Fennec. Casablanca, 2005. 192 pp.
« Lorsqu'on parcourt les catalogues de bibliothèques, on est frappé par le nombre d'ouvrages publiés au cours des dernières décennies sur le thème de l'islam et ses rapports avec la modernité. Slim Laghmani, lui, ne s'engage dans aucune des pistes déjà explorées. Rechercher le pensable et le possible, c'est déjà envisager, rechercher le moyen de forcer la sortie, de briser la glace'. Autrement dit, l'auteur ne cherche pas à baliser les aires d'exclusion entre les deux domaines représentés par les deux catégories, mais plutôt à explorer leurs interférences et leur travail dans les contextes musulmans d'aujourd'hui. Les questions qui ont tourmenté les penseurs depuis près d'un siècle, comme celle de la laïcité, chari'a et droit positif, droits de l'homme, démocratie, droit international, etc. reçoivent ici un éclairage nouveau. » Abdou Filali Ansary (Extrait de la préface)
Femmes et entreprises en Tunisie: essai sur les cultures du travail féminin. Pierre Noël Denieuil. Ed. L'Harmattan. Paris, 2005. 174 pp.
On dénombre en Tunisie près de 5 000 femmes chefs d'entreprise, tant dans la grande industrie que dans la PME-PMI, le commerce, l'artisanat, la micro-entreprise. Ce livre défend l'hypothèse que les logiques et la culture professionnelles des femmes entrepreneurs diffèrent de celles des hommes. Il montre que les qualités et les «méthodes» de ces femmes sont moins « naturelles » que socialement construites. La femme chef d'entreprise s'impose en Tunisie comme un nouvel acteur social, entre tradition et modernité, initiatrice d'un changement de société, et promotrice d'un nouvel espace de mixité.
Références
Maghreb
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Entre Bourguiba et Hannibal. Identité tunisienne et histoire depuis l'indépendance. Driss Abbassi. Ed. Karthala, 2005.
Années de plomb, chronique d'une famille marocaine. Sietske de Boer. Ed. Le Fennec. Casablanca, 2005.
Héros de Tunisie. Spahis et Tirailleurs d'Ahmed Bey 1er à M. Lamine Bey 1837-1957. Eric Deroo ; Pascal Le Pautremat. Cérès Editions. Túnez, 2006.
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Les réseaux marocains du développement. Géographie du transnational et politiques du territorial. Thomas Lacroix. Ed. Presses de Sciences Po. Paris, 2005.
Les massacres de Guelma. Algérie, mai 1945 : une enquête inédite sur la furie des milices coloniales. Marcelo Reggui. Jean-Pierre Peyroulou (préface) ; Pierre Amrouche (Préface). Ed. la Découverte, 2006.
Histoire Générale de la Tunisie, tome II : Le Moyen-Âge. H. Djaït, M. Talbi, F. Dachraoui, A. Dhouib, M. A. M'Rabet, F. Mahfoudh, Sud Editions-Túnez, 2006.
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Terrorisme
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Les hommes d'al-Qaida : discours et stratégie. Dominique Thomas. Ed. Michalon, 2005
La Yihad en España : la obsesión por reconquistar Al-Andalus.
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L'islamisme à l'heure d'Al Qaida. François Burgat. La Découverte, 2005.
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