Ceuta, Melilla : reflet de la réalité
Au moment de la parution de ce numéro d’afkar/idees, le Sommet euroméditerranéen de Barcelone du 28 novembre sera sur le point de se tenir. Mais la pression migratoire sur Ceuta et Melilla, deux des portes d’entrée du Sud vers l’Europe, n’aura pas cessée pour autant. Cette pression, qui se poursuivra peut-être au-delà de 2010, n’est pas favorable à l’Union européenne. Un flux de subsahariens, mais aussi de maghrébins, difficile à évaluer mais très significatif, tentera de s’installer – définitivement ? – au sein d’une Europe si ordonnée. Il s’agit d’une réalité imparable, à moins que l’UE n’adopte de véritables politiques :
- Dans le domaine économique : investir en Afrique de toute urgence, avec des soutiens fiscaux de la part des Etats et de l’UE.
- Dans le domaine financier : favoriser les investissements dans les domaines de la santé, de l’enseignement et des technologies de base.
- Immédiatement après, favoriser les infrastructures : eau, routes, transport aérien, aéroports et ports.
- Systèmes judiciaires, mécanismes internationaux garantissant l’indépendance des juges, registres de la propriété, registres civils et cadastres.
- Liberté du trafic commercial dans les deux directions, et investissements de capitaux en Afrique.
La pédagogie des deux principales valeurs défendues par l’UE – la paix et la démocratie – doit se matérialiser à travers des programmes et des réformes précis, financés et datés par l’UE et les gouvernements récepteurs. Si les européens n’anticipent pas en bon ordre, la réalité imposera un nouvel ordre qui pourrait être brutal. Les migrations de l’Afrique subsaharienne ne vont pas cesser : elles vont s’accroître. Il est urgent de mettre en marche, au sein de la Méditerranée – et c’est là le grand objectif de Barcelone – une entité qui garantisse, avec les 10 gouvernements et les 10 sociétés du Sud, le programme des années à venir.
Le développement économique est impossible sans le développement politique et institutionnel : la corruption le mange. Il doit inclure une formule concrète pour faire en sorte que la première puissance, les Etats-Unis, participe au programme. En octobre, l’ambassadeur du Maroc en Espagne, Omar Azziman, décrivait l’offre marocaine : faire de l’Afrique du Nord un espace de paix et de stabilité fondé sur le respect des droits de l’homme, la construction de la démocratie et de l’Etat de Droit. Ces déclarations d’un responsable politique de la rive sud, ne sont-elles pas suffisamment claires ? Cette ambition générique ne saurait être transposée à la réalité sans le soutien actif, quotidien, chiffré et daté de l’UE. Pour ce qui est du reste, devrions-nous rappeler que les immigrés sont des êtres humains à la recherche d’une vie meilleure ? Devrions-nous nous rappeler à nous-même que les démocraties ont toujours été invariablement fondées sur les convictions, ce qui exige en dernier terme une disposition au sacrifice ? Quel degré d’égoïsme ont donc atteint ces sociétés qui tentent de se débarrasser de ceux qui réclament du pain et du travail ?
Il y a d’autres questions. Il est indiscutable que les migrations doivent aligner leurs chiffres avec ceux des marchés du travail des pays d’accueil. Il est vrai que les Etats ont le devoir de défendre leurs frontières devant des assauts – certes pacifiques, mais tout de même des assauts – comme ceux soufferts par Ceuta et Melilla. Un chiffre indéterminé de candidats à l’immigration – des centaines, des milliers ? – ont perdu leurs vies dans les eaux du Détroit ou dans leur voyage désespéré vers les îles Canaries. Les images de leur arrivée sur les côtes espagnoles parlent souvent de protection, d’ambulances, de couvertures : un garde civil serrant contre lui un mauritanien en état de congélation après une nuit de navigation et de terreur. Telle est la gestion du drame humain, nécessaire mais non suffisante. Sans une gestion des flux, partagée, la tragédie se poursuivra et ses images pourraient devenir insupportables.
Le Sommet de Barcelone vise dans la bonne direction, grâce à l’initiative présentée conjointement par la France, l’Espagne et le Maroc, destinée à gérer d’un commun accord les défis migratoires. Une initiative qui pourrait déboucher sur la convocation d’un sommet euro-africain comme celui réclamé par le gouvernement espagnol, nécessaire pour aborder, depuis une perspective à long terme, un défi qui dépasse – et largement – le territoire du Maghreb.
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