afkar / idées. Revue trimestrielle pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe
Revue trimestrielle pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe
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Ce que l’Europe met en jeu à Barcelone

La construction européenne est de plus en plus difficile et nécessaire. Les relations internationales s'établissent parfois sur des paradoxes hasardeux. Puis, tout comme le cours des fleuves, elles aboutissent à la mer mais, dans le cas présent, non pour mourir sinon pour vivre. Cependant, compte tenu de la gravité des résultats du sommet européen à Bruxelles, le 16 juin 2005, quelque chose devrait se passer.

Un connaisseur de la construction européenne, Hubert Védrine, déclarait ainsi : tandis que l'Europe poursuit sa réflexion active, continuons les grands projets. Rangeons définitivement les mythes européens (l'Europe super-Etat, l'Europe des patries, le grand marché….) pour avancer avec ce que nous avons.

Il existe d'une part, des projets horizontaux, ITER, Galileo, Airbus, Ariane, le Train à Grande Vitesse, le vaccin anti-sida… et d'autre part, des projets verticaux : la consolidation de l'euro, la nouvelle relation transatlantique, la progression de l'acquis communautaire, des relations globales avec l'Asie et l'Amérique Latine, la reprise de l'Afrique sous-saharienne, le rôle de l'Europe au Proche-Orient ; la projection européenne en Asie Pacifique…

L'Europe avance comme elle peut. Grande puissance économique, juridique, commerciale. Difficultés institutionnelles croissantes après l'échec du traité. Mais il est nécessaire que l'Europe, grande créatrice de projets, aille au-delà.

Parmi les grands projets, on peut en mettre un en évidence, attrayant et risqué pour l'Espagne : le sommet euroméditerranéen de Barcelone, du 28 novembre 2005. A l'actif du projet pour le sud de la Méditerranée, mis en marche en 1995, se trouvent quelques succès mais au passif, un bilan mitigé. Dix ans après son lancement, il est urgent de reprendre le processus de sorte que les partenaires euroméditerranéens (mais aussi les nordiques, les britanniques, le centre de l'Allemagne) continuent à avancer dans le cadre des engagements formulés.

Bilan du processus : reprise de la collaboration ; préférence espagnole pour les cinq états du Maghreb : surtout le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, sans oublier la Mauritanie et la Libye. Apparition inévitable du conflit saharien. Développement des investissements européens. Renforcement mutuel de la relation – dans cet ordre – juridique, économique et politique : s'il existe une base solide de relations juridiques et patronales, il sera moins problématique que la relation n'avance pas. Mais pour avancer, il est nécessaire de mettre en ordre l'activité, associative ou sociétaire, des compagnies privées, des sociétés civiles du Nord et du Sud. Initiatives comme l'hispano-marocaine Trois cultures, la française Calame, le North Africa Business Development Forum encouragé depuis Barcelone, ou bien le Forum Civil entre autres exemples.

Il faut rediriger le processus, en concentrant les ressources (matérielles, mais aussi humaines) sur trois domaines : éducation, formation, échange culturel.

l La lutte contre l'analphabétisme, surtout féminin. Intérêt tout particulier aux instruments : formation professionnelle et échanges universitaires.

l La formation, non seulement judiciaire et de la justice en tant que telle, de greffiers des tribunaux, vers le bas. Perfectionnement de l'Etat civil, du bureau des hypothèques, du cadastre...

l Le tissu culturel : tout ce qui précède ne peut que mieux avancer s'il existe dessous une société civile vivante et active sur les deux rives : revues, publications, éditoriaux... Ce tissu exige du temps. Beaucoup de tentatives échoueront : mais celles qui prendront racine feront preuve de leur force.

C'est ce monde changeant que Barcelone + 10 devra organiser : étant entendu qu'une seule partie correspond aux Etats et qu'il appartient de décider de l'autre, à la société civile et aux compagnies privées, de façon décisive.

Si Barcelone+10 réussit à réformer et à moderniser – d'une manière tangible, non réthorique – ces normes pour l'action, la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement européens aura contribué à ce que le nom de Barcelone + 10

et la nouvelle politique de voisinage passent à l'histoire non seulement comme de bons souhaits et de grandes intentions. Cette nouvelle politique de voisinage sera une pièce clé du projet méditerranéen de cette Europe qu'en 2005 demeure blessée, certes, mais pas encore morte.
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