afkar / idées. Revue trimestrielle pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe
Revue trimestrielle pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe
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afkar / idées. Revue trimestrielle pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe
 
 

Publications


Med. 2003. Annuaire de la Méditerranée
Institut Européen de la Méditerranée et Fondation CIDOB. Barcelone, 2004. 390 pp.


L'Annuaire de la Méditerranée , publication conjointe entre l'Institut Européen de la Méditerranée (IEMed) et la Fondation CIDOB de Barcelone, dresse un bilan des principaux événements survenus en Méditerranée entre les étés 2002 et 2003.

Cet ouvrage de référence, édité en espagnol, en anglais et en français, et qui rassemble collaborations d'experts et annexes documentaires, statistiques et graphiques, aborde les processus politiques, économiques, sociaux et culturels en se focalisant surtout sur l'analyse socio-politique de la Méditerranée. Il s'agit d'une publication de nature généraliste et divulgatrice, destinée aux acteurs impliqués et intéressés par la Méditerranée , et qui offre une vision des différents dossiers importants produits au cours d'une année dans l'Agenda méditerranéen. Cet ouvrage prétend combler un vide éditorial, puisqu'il n'existait jusqu'à ce jour aucun annuaire spécifique qui, de façon régulière, présente des informations et des analyses sur la réalité méditerranéenne.

L'Annuaire est divisé en deux grandes parties : la première, incluant les collaborations, et la seconde, la documentation.

Dans la première, des collaborateurs de grand prestige et des experts analysent, dans quatre grands blocs aux différents formats, les principaux thèmes de la période.

Dans le premier volet – Perspectives – deux prologues de Romano Prodi et Amre Moussa définissent le cadre des principaux aspects de la période de référence. Le second – Clés – répond au choix des grands sujets de l'année, qui sont traités de manière plus approfondie. Dans cette première édition, les thèmes sélectionnés ont été les nouvelles géostratégies après le conflit en Iraq, l'élargissement de l'Union européenne et les relations entre l'Espagne et le Maghreb, avec des articles de Javier Solana, de Miguel Ángel Moratinos, de Gema Martín Muñoz ou de Bichara Khader, entre autres. Le troisième chapitre d'articles est le Dossier, qui aborde plus en détail un sujet de grande importance, bien que moins déterminé par les événements conjoncturels.

Cette première édition de l'Annuaire présente quatre articles qui, sous différents points de vue, apportent une réflexion sur le rôle des médias dans la Méditerranée. Le dernier chapitre – et le plus étendu – sous le titre Bilan : l'année méditerranéenne passe en revue, à travers plus de 60 articles brefs, les principaux processus d'ordre politique, économique, social et culturel qui se sont produits, aussi bien dans certains pays méditerranéens qu'à l'échelon régional. Tous ces articles sont complétés par des encarts informatifs relatifs aux sujets abordés, qui offrent une information complémentaire aussi bien documentaire que sur des institutions, événements, réunions, références ou projets régionaux en cours.

La seconde partie de l'Annuaire est composée d'Annexes contenant des chronologies détaillées des événements les plus importants survenus dans chaque pays et du Processus de Barcelone. On y aborde les principaux processus électoraux, la situation de la coopération européenne et espagnole en Méditerranée, une vaste sélection de tableaux et de graphiques de données statistiques résumant la situation socio-économique des 24 pays sélectionnés, pour en finir avec une sélection de cartes qui représentent un résumé des différents sujets abordés dans l'Annuaire.

Comptant sur la collaboration de plus de quatre-vingts auteurs internationaux et une vaste sélection de données et d'informations complémentaires, l'Annuaire de la Méditerranée constitue un ouvrage qui non seulement comble une lacune dans le domaine méditerranéen, mais encore est destiné à devenir une référence majeure dans le domaine de l'analyse et de l'étude des tendances de la région.

Jordi Padilla, IEMed


La Guerre d'Algérie, 1954-2004, la fin de l'amnésie
Sous la direction de M. Harbi et B. Stora. Robert Laffont, París, mars 2004. 728 pp.


Un livre qui fera date dans la recherche autour de la guerre d'Algérie. Après 42 ans de travail de mémoire, voici le temps de l'histoire.

En novembre 2000, l'Institut d'histoire du temps présent (IHTP) organisait à Paris, sous un thème à l'intitulé fort accrocheur, un colloque en l'honneur de l'historien Charles-Robert Ageron (La guerre d'Algérie au miroir des décolonisations françaises). Invité par les organisateurs à conclure deux jours de communications, l'illustre professeur, touché par les hommages, avait émis un certain nombre de souhaits. Dont un semblait le tenir particulièrement à cœur : que les historiens des deux pays se lancent, sans trop attendre, dans une vaste coopération pédagogique. Un passage obligé à ses yeux pour ouvrir la voie à une approche scientifique de la guerre d'Algérie.

Il n'aura pas fallu longtemps pour que l'appel du professeur soit entendu. Deux des meilleurs spécialistes de l'Algérie, Mohamed Harbi et Benjamin Stora, s'en sont chargés. Et de fort belle manière. En dépit de leurs emplois du temps très chargés – livres en chantier, colloques et enseignement –, ils ont réussi un beau challenge : rassembler, pour la première fois en si grand nombre, des scientifiques français et algériens.

L'espace d'un livre collectif, Stora et Harbi ont demandé à 26 d'entre eux de croiser leurs regards sur une séquence historique qui, à un demi-siècle de distance, n'en finit pas de passionner, de faire délier les langues. Connus des médias et des communautés universitaires, familiers des colloques, les auteurs ont passé au crible des thèmes dont l'intérêt mémoriel et historique n'a jamais été si captivant.

Qu'il s'agisse de l'attitude des institutions vis-à-vis de la guerre, des rôles et regards des acteurs – nationalistes, femmes algériennes, appelés français du contingent, juifs d'Algérie, harkis, pieds-noirs, militants français engagés au côté du Front de libération nationale – ou des multiples imaginaires nourris par le conflit, pratiquement tout a été soumis à réflexion. Bien des aspects ont fait l'objet de questionnements, de redéfinitions et de remises en perspective. Avec, au bout du travail, un regard scientifique sur la guerre d'Algérie, un état des lieux très exhaustif des connaissances sur le sujet. « Une mise à plat dépassionnée et objective » de la guerre d'Algérie, selon la propre formule des deux coordinateurs du travail.

Ce n'est pas la première fois, il est vrai, que des historiens algériens et français confrontent leurs perceptions du sujet. Trois colloques (La guerre d'Algérie et les français. IHTP. 1988 ; La mémoire et l'enseignement de la guerre d'Algérie, Institut du monde arabe et Institut Maghreb Europe. 1992 ; La guerre d'Algérie au miroir des décolonisations françaises. IHTP. 2000) et la confection de numéros spéciaux de revues leur ont donné l'occasion d'en débattre. Mais, force est de le reconnaître, c'est bien la première fois que les contributeurs s'exercent, dans un face-à-face scientifique, à un travail très singulier : un regard rétrospectif et critique sur les facettes les plus importantes du conflit au premier rang desquels les aspects les plus problématiques. Des questions qui confèrent – en témoignent les polémiques à répétition – une longévité au sujet « guerre d'Algérie » et la certitude qu'il servira, encore pour longtemps, de corpus d'étude digne d'intérêt.

En réunissant autant de monde, les deux historiens ont réalisé plusieurs coups à la fois. Au delà du beau « cadeau » qu'ils ont offert à Charles-Robert Ageron, un professeur qui a siégé dans les jury de leurs thèses respectives, Harbi et Stora peuvent se targuer, à juste titre, d'avoir été parmi les précurseurs d'une phase nouvelle dans le traitement de la guerre d'Algérie. Auréolé d'un beau succès en librairie et auprès de la critique éditoriale, leur ouvrage sonne comme le coup de sifflet d'une nouvelle ère : le temps de l'histoire après 40 ans de travail de mémoire. Pour de multiples raisons, la « translation » a été lente. On a attendu 40 ans, l'équivalent de deux générations, pour assister à un « franchissement de seuil », selon le mot de Stora, le passage de la mémoire à l'histoire.

« Longtemps, expliquent Stora et Harbi dans leur propos introductif, la mémoire des acteurs a pesé lourdement sur l'écriture des évènements de cette période ». La raison tient à la singularité d'un conflit différent, à bien des égards, de bien d'autres qui ont émaillé l'histoire contemporaine. Parce que ses feux ont été « éteints » comme l'écrivait, en 1967, le journaliste et romancier Philippe Labro, parce qu'elle apparaît, encore, comme un « mélange tragique de souvenirs cruels, de regrets, peut-être de remords », la guerre d'Algérie a souffert d'une amnésie longue de 42 ans.

« Avec ses ambiguïtés, les contradictions militaro-politiques de son dénouement », elle est « longtemps demeurée à demi-taboue ». En France, elle a basculé dans le « non-dit » alors qu'en Algérie, elle a servi, au moyen de fabrications historiographiques, de légitimations à des fins de pouvoir. Résultat : les mémoires à l'œuvre pendant quatre décennies ont été frappées du sceau de la passion et de la « dimension subjective ». « Elles fonctionnent comme un discours de légitimation, de sorte qu'elles sont à la fois rappel d'évènements et miroir déformant ».

« Les différentes évocations ne s'organisent pas comme un tout explicatif mais comme une rhapsodie des plaintes des victimes (…) L'historien, expliquent Harbi et Stora, ne peut ni les dédaigner ni s'y soumettre (…) Le rôle de la critique historique, c'est de les entendre tous et d'analyser les conditions réelles qui furent celles d'une guerre d'indépendance avec des excès partagés mais sans que soient escamotées la légitimité d'une révolution et l'injustice d'un statut-quo colonial ». Pour avoir enclenché la coopération historique franco-algérienne qu'Ageron appelait de ses vœux, Harbi et Stora ont permis à la guerre d'Algérie de se redéployer, confortablement, sur le terrain de l'histoire. Après avoir surfé, 40 années durant, au gré des commémorations et des périodiques montées de fièvre, au cœur de la mémoire. En cela, leur livre fera date.

Youssef Zerarka, journaliste algérien


El 11-M en la prensa árabe
Mercedes del Amo, Marcos García Rey, Rafael Ortega (coord.). Mergablum, Seville, 2004. 135 pp.


Mercedes del Amo, Marcos García Rey et Rafael Ortega ont dirigé, en un temps record, ce livre qui rassemble un certain nombre d'articles et d'éditoriaux sur l'attentat terroriste du 11 mars à Madrid, publiés dans les médias arabes. Un effort intellectuel, digne d'admiration, auquel ont collaboré 14 traducteurs marocains, espagnols, égyptiens, syriens et iraquiens.

En un peu plus de deux mois, ils ont été capables de nous offrir une image plus impartiale du monde arabe et islamique. Très différente de celle qu'offre la télévision, qui nous montre un monde dominé par des fanatiques avec lesquels il est impossible de dialoguer. Ce livre tente de combler le manque de communication et la méconnaissance entre les deux rives de la Méditerranée. Un mur psychologique, empreint de préjudices, qui brouille nos esprits et nous empêche de voir la réalité.

Cet ouvrage permet de connaître le fond de pensée de ceux de l'autre rive, dans un pays, comme le nôtre, qui a alimenté pendant des siècles les préjugés sur les arabes et qui a méprisé l'opinion de nos voisins du Sud : qui peut s'intéresser aux opinions d'un maure ? Le moment est venu d'écouter nos frères arabes. Le manque de communication sera difficile à combler. Il sera nécessaire d'éduquer les futures générations en matière de cohabitation, et ce livre a déjà commencé cette tâche. Ces pages contiennent de nombreux articles qui condamnent l'attentat terroriste du 11-M : « Al Qaeda ne saurait agir en notre nom ni au nom de notre culture, civilisation ou religion. Le sang des innocents ne libère pas un seul lopin de notre terre. Déclarons-le bien à voix haute ». (Mark Sayegh, Al Hayat).

Certains journalistes font preuve d'une forte autocritique à propos du manque de réaction de la société arabe vis-à-vis du crime collectif d'Al Qaeda à Madrid : « Ce silence place le monde arabe sur le banc des accusés et condamne ceux qui ne savent pas être solidaires dans le malheur » (Mamum Fandi, Al Sharq Al Awsat). D'autres, en revanche, font les éloges de la réponse solidaire du monde islamique : « Tout le Maroc s'est engagé dans le drame de Madrid et dans le deuil du peuple espagnol... Si les terroristes sont parmi nous, les victimes le sont également ». (Abdellatif Mansour, Maroc Hebdo International).

Parmi les opinions énoncées dans le livre, mentionnons celle du prestigieux quotidien Al Quds Al Arabi, à grand tirage dans le monde arabe, qui analyse, dans son éditorial, les causes du terrorisme : « Tant que l'administration américaine continuera de s'incliner en faveur du terrorisme d'Etat israélien, et tant que la région arabe restera sous le joug de dictatures endogames corrompues jouissant des faveurs de l'Occident, les groupes extrémistes trouveront un bouillon de culture propice à la violence ». Le journaliste tunisien Rafia Abdessalam apporte cependant quelques nuances dans Al Sharq Al Awsat : « Même si ce bilan des causes qui alimentent la violence et le terrorisme dans le monde arabe et islamique peut servir à expliquer ce phénomène, il ne saurait en aucun cas le justifier ni lui conférer la moindre légitimité ».

Les élections générales qui se sont déroulées en Espagne le 14 mars font également l'objet d'une analyse de la part des chroniqueurs arabes. Certains interprètent la défaite de José María Aznar comme une victoire d'Oussama ben Laden : « Le nouveau président du gouvernement espagnol doit sa victoire à l'électeur le plus important des élections espagnoles : ben Laden » (Yaser Abu Hilala, Al Jazira). D'autres pensent en revanche que la victoire de José Luis Rodríguez Zapatero est la punition des électeurs au gouvernement d'Aznar pour mentir sur la guerre d'Iraq et sur les attentats de Madrid : « Le problème est que les gens se réservaient sur leur bulletin électoral, et comprirent qu'il s'agissait du meilleur instrument pour punir le Parti populaire » (Abdellatif Jebro, Al Ahdath Al Maghribia).

Les intellectuels arabes sont très conscients que les gouvernements et les peuples sont deux choses bien différentes, et surtout quand il s'agit de l'Espagne, très chère et respectée dans le monde arabe : « L'Espagne est un pays aux tendances diverses : même s'il existe un Aznar et compagnie qui ne tolèrent pas leurs voisins arabes, il y a aussi un Antonio Gala et un Juan Goytisolo. Ce dernier fait partie de ceux qui considèrent que l'Espagne perdrait toute son essence si elle ignorait son héritage arabe et son histoire commune avec les arabes » (Mouhi Eddine, Al Sharq Al Awsat). En définitive, le 11-M dans la presse arabe transmet un message d'espoir : Al Andalus constitue toujours la plate-forme entre l'Islam et l'Occident.

Paco Vigueras Roldán, journaliste


Le développement asiatique : Quels enseignements pour les économies arabes ? Elements de strategie de développement : le cas de l'Algérie
Abdelkader Sid Ahmed. Ed. Isprom-Publisud. Paris , 2004. 169 pp.


Cet expert prolifique, auteur de multiples essais et études sur l'économie et le développement, se propose cette fois-ci un exercice fort intéressant. Partant de l'idée que les économies arabes n'ont pas réussi à « décoller » un demi siècle après leur décolonisation, malgré les efforts et les ressources financières employés, Abdelkader Sid Ahmed part à la recherche des motifs ayant empêché ce « décollage » économique, et explique pourquoi d'autres pays, comme ceux dits émergents d'Asie et d'Amérique latine, ont réussi à rejoindre ou à se rapprocher du club des pays avancés dans un intervalle de temps relativement limité.

Ainsi, l'auteur passe en revue la situation et les perspectives économiques de l'Algérie au début du nouveau millénaire, en insistant tout particulièrement sur l'enjeu que représente le Processus de Barcelone, avec le projet de création d'une zone de libre échange euro-méditerranéenne pour 2010. Cela implique un rapprochement progressif et effectif des économies des pays des deux rives de la Méditerranée , qui culminera avec une zone de prospérité partagée. L'analyse de la réalité actuelle montre un panorama relativement décevant, à un moment où le paradigme libéral est critiqué des deux côtés de la région, en raison d'une approche qui favorise plus l'aspect commercial que celui du développement.

L'étude de l'évolution des pays asiatiques peut être utile dans la mesure où elle montre d'autres stratégies et réincorpore le facteur développement, entre autres, dans l'approche économique commune. L'expérience asiatique fournit des politiques et des instruments qui, s'ils sont correctement appliqués, peuvent aider à atteindre les objectifs proposés, d'autant plus quant il s'agit d'économies qui, malgré leurs déficiences, possèdent de bonnes ressources propres.

Pour cela, l'auteur propose de revoir le mécanisme de développement sous-jacent dans le Processus de Barcelone, et à la lumière des résultats, suggère un certain nombre de mesures, dont les suivantes : la réforme de l'Etat, l'application de politiques ayant pour objectif le changement structurel et institutionnel par la dynamisation de l'offre locale et la promotion d'avantages comparatifs « construits ». A l'échelon régional, le processus euro-méditerranéen devrait englober non seulement les besoins financiers, mais encore des aspects tels que la dette extérieure, qui hypothèquent les économies des pays en voie de développement.

L'auteur conseille également de prendre en compte des facteurs tels que l'action des classes moyennes et des élites sur le développement et l'accès à la modernité, ou le rôle des diasporas, dans ce cas algériennes. L'implication de tous les acteurs et l'action claire des pays du Nord en ce sens contribueront positivement au déploiement économique des économies du Sud, et à améliorer les contreparties pour les pays du Nord : plus forte croissance et échanges, plus grande sécurité politique et moindre pression migratoire.

Rédaction afkar/idees


Le Maghreb face au défi européen
Jawad Kerdoudi. Editions Publishing, 2003. 196 pp.


Face à une Europe qui se consolide, le Maghreb divisé, stagne et conforte une multitude de problèmes », tant sur le plan politique, économique que social. Jawad Kerdoudi, consultant économiste et président du groupe de travail sur les relations Maroc-UE de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc, vient de publier un ouvrage sur les enjeux de l'Union européenne (UE).

Il s'agit d'un diagnostic qui dresse l'état des lieux du Maghreb, son contexte actuel, ses forces et ses faiblesses.

Le livre retrace la genèse de la construction de cet ensemble économique appelé UE ainsi que les obstacles rencontrés : du Traité de Rome en 1957 jusqu'au projet de traité instituant une constitution pour l'Europe en 2003. Face à l'expérience européenne, il relate les étapes de l'aspiration à l'Union du Maghreb arabe (UMA). Un processus entamé dès le début du siècle dernier et dont le fait marquant reste la signature à Marrakech du traité instituant l'UMA en 1989.

En termes de bilan, l'auteur déduit que les initiatives n'ont toutes pas abouti. Et comme causes principales, Kerdoudi cite l'hétérogénéité des régimes politiques, la persistance des conflits territoriaux, la course au leadership, ou encore la montée de l'intégrisme.

Sur le plan économique, quoique la région du Maghreb soit des plus riches (agriculture, pêche, pétrole et gaz, tourisme), l'auteur pointe du doigt la configuration concurrentielle des systèmes productifs, l'insuffisance des structures de financement ainsi que des problèmes monétaires. S'y ajoute le manque de cohésion des législations, procédures administratives, douanières.

Autant d'entraves qui ont fait avorter le processus. Mais c'est surtout, précise l'ouvrage, la récupération par le Maroc de ses provinces sahariennes qui a exacerbé le problème, notamment le Maroc et l'Algérie.

Selon l'auteur, la situation actuelle est préjudiciable à l'ensemble des pays du Maghreb. «La moins-value occasionnée par la non-union est évaluée à des milliards de dollars», ajoute-t-il. Face à ce constat, le Maghreb n'a d'autres choix que de consolider ses rapports avec l'UE. Pour y arriver un ensemble de mesures et réformes devraient être enclenchées. Parmi elles, la mobilisation de la société civile. De même que des réformes de libéralisation de l'économie et l'émancipation du statut de la femme. Le tout sur fond de négociations et de solutions politiques entre gouvernements pour le renforcement de la coopération bilatérale. Mais au préalable, la base demeure la démocratisation des régimes politiques.

Amin Rboub, journaliste de l'Economiste


La Méditerranée et le monde arabo-méditerranéen aux portes du XXIe siècle. Choc de cultures ou dialogue de civilisations ?
Mohieddine Hadhri. Centre de Publication Universitaire. Tunisie, 2004. 230 pp.


L'expérience de l'auteur – professeur de Relations internationales à l'université de Tunis et dans de nombreuses universités étrangères – dans le domaine méditerranéen font de lui un acteur fort compétent pour dresser un bilan des relations euro-méditerranéennes. Ainsi, Mohieddine Hadhri offre une image du monde arabo-méditerranéen et parvient à synthétiser les réalités d'une façon bien éloignée des imaginaires européens ou eurocentriques. Teinté d'un optimisme modéré quant aux relations euro-arabe-méditerranéennes et Nord - Sud, l'auteur fait état de ses fortes convictions maghrébines, convaincu que le futur du monde méditerranéen se joue dans le Maghreb.

De cette manière, Hadhri propose une approche globale des réalités méditerranéennes. Il alerte cependant sur les différentes perceptions : si pour le Nord, la Méditerranée est une référence continue au passé et une source d'inspiration, le Sud la perçoit comme le paradis perdu, le berceau de l'âge d'or de la civilisation arabe et islamique. Cette perception, selon l'auteur, commence à se transformer avec la Conférence de Barcelone, grâce à laquelle la Méditerranée cesse d'être un espace de rêves pour devenir un enjeu politique, économique et culturel, dans un environnement mondialisé et en phase de changement.

Cependant, les profonds déséquilibres démographiques, économiques ou technologiques ne permettent pas de parler de prospérité et de stabilité méditerranéenne, en particulier s'ils s'accompagnent de conflits endémiques.

Dans le domaine politique, le partenariat a la vertu d'avoir une incidence sur les sociétés et de réveiller leurs forces sociales et démocratiques. Partant de l'hypothèse que face à la mondialisation, il est nécessaire de compter sur un certain degré de régionalisation, l'auteur considère fondamental, outre la structuration de l'espace maghrébin, de mettre en œuvre un développement endogène des modes de production et des pratiques culturelles, avec des synergies entre les Etats et sociétés qui promeuvent un développement Sud-Sud. Telle est, selon Hadhri, l'une des clefs du rapprochement effectif entre les deux rives, qui nous permettra d'aborder les grands débats : la paix et la sécurité, le partenariat et le développement, et le dialogue entre cultures et civilisations.

Dans le domaine économique, il est nécessaire de compter sur un engagement ferme et solide de l'Europe, mettant à la disposition des sociétés du Sud le soutien financier nécessaire pour les transitions économiques, maintenant un flux d'investissements européens accompagnés de transferts de connaissances et de technologies. C'est ainsi, en partant de la notion de co-développement marocain, que l'on peut relever le défi de créer une zone de libre commerce dans la région euro-méditerranéenne.

La Méditerranée est un laboratoire où l'on teste les possibilités de réussite ou d'échec du dialogue et du partenariat entre un Sud qui souhaite améliorer son développement et sa stabilité, et un Nord qui aspire au progrès et à la prospérité. Dans un contexte international tumultueux, où persistent des problèmes tels que la dette extérieure, la désertification ou le regain de facteurs religieux et théocratiques, la rénovation du dialogue s'impose plus que jamais. La Méditerranée est la base et le symbole de l'interdépendance multidimensionnelle croissante entre les deux rives, et en définitive entre le Nord et le Sud.

A travers ce recueil de ses interventions à de multiples congrès et séminaires – et en particulier depuis 1995 –, le professeur Hadhri prétend combler le vide existant dans la littérature maghrébine sur la Méditerranée , et en appeler à l'unité maghrébine en tant qu'axe essentiel du Processus de Barcelone.

Rédaction afkar/idees


La puerta de los vientos. Narradores marroquíes contemporáneos
Marta Cereales, Miguel Ángel Moreta y Lorenzo Silva (ed.). Destino. Collection Áncora y Delfín. Vol. 999. Barcelone, 2004. 293 pp.


La porte des vents est le nom que l'on donne à la muraille almohade de Rabat – en arabe Bab er-Ravah – et qui pourrait également se traduire par « porte des esprits ». On raconte que cette muraille doit son nom au fait qu'elle est située à proximité de la mer, et qu'on y ressent tout spécialement la brise océanique. C'est la porte où se croisent les vents – et les esprits – de diverses provenances, d'où la métaphore qui illustre fort bien l'objectif de cette publication.

Ce livre a la vertu de combler le vide de tous les lecteurs tentant d'accéder à des ouvrages de littérature marocaine. Malgré la proximité et les multiples contacts littéraires existant entre l'Espagne et le Maroc, le volume d'ouvrages marocains traduits en espagnol est peu encourageant, et nos librairies possèdent un catalogue limité de littérature maghrébine à la disposition des lecteurs.

Dans l'intention de combler une telle lacune, cet ouvrage constitue une anthologie de récits d'auteurs marocains, pour la plupart directement en espagnol, dont la vocation est de maintenir notre langue vivante en tant que véhicule d'expression littéraire. S'y ajoutent d'autres écrivains, en français et en arabe, qui permettent d'apprécier ainsi l'énorme richesse et versatilité littéraire du Maroc.

L'un des éditeurs décrit brillamment l'objectif du livre : « les écrivains dont on pourra lire ici les mots (exception faite de l'un d'entre eux qui, pour des circonstances particulières, possède un passeport de l'Union européenne), ne peuvent passer au travers des filets qui séparent le Maroc de l'Europe, à moins d'obtenir, par des procédures de plus en plus onéreuses dans tous les sens du terme, le visa correspondant. Mais le vent de leur littérature (qui associe les rêves à la mémoire et à l'ardeur de leurs esprits) peut se faufiler et éventuellement contribuer à faire en sorte que les lecteurs de cette rive prennent la peine de concevoir, comme une possibilité encourageante, un avenir dans lequel ce filet nous séparant deviendra inutilisable, et se brisera sous l'effet d'un réseau encore plus solide, qui nous unit ».

Le livre rend compte en outre de la complexe réalité sociolinguistique du Maroc, de l'énorme richesse de son patrimoine narratif et linguistique, souvent transmis par la tradition orale du conte populaire, qui nous transmet un brillant regard plural et nous rapproche d'un univers littéraire injustement ignoré et incroyablement proche.

Rédaction afkar/idees


Les lectures du trimestre


La société civile au Maroc. L'émergence de nouveaux acteurs de développement
Dir. Maria-Àngels Roque. Ed. Publisud, IEMed, Sochepress, Casablanca, 2004.


Edition en français de l'ouvrage collectif coordonné par Maria-Àngels Roque, qui part d'une analyse globale des clefs permettant de comprendre la société marocaine, du débat théorique sur l'analyse de la société civile appliquée aux sociétés arabo-musulmanes et qui rend compte de l'énorme dynamisme associatif existant au sein du pays.


Al Qaeda y lo que significa ser moderno
John Gray. Ediciones Paidós Ibérica, Barcelona 2004.


« Les guerriers suicide qui attaquèrent Washington et New York le 11 septembre 2001 ont fait bien plus que tuer des milliers de civils et détruire le World Trade Center. Ils ont détruit le mythe dominant d'Occident ». C'est ainsi que John Gray commence ce livre bref et intense, qui traite de la croyance qui a dominé nos esprits pendant un siècle et demi : l'idée selon laquelle être un citoyen moderne signifie également être plus amical et raisonnable. Mais rien ne peut être plus éloigné de la réalité, argumente Gray. Al Qaeda, par exemple, est un produit de la modernité et de la mondialisation, et ce ne sera pas le dernier groupe terroriste à utiliser les produits du monde moderne pour atteindre ses objectifs.


Redes sociales en Marruecos: la emergencia de la sociedad marroquí
Jesús A. Núñez Villaverde et al. Ed. Icaria. Barcelona, 2004.


Ce livre répond à une initiative conjointe d'un groupe de chercheurs dans diverses régions du monde arabo-musulman, et de l'Instituto Complutense de Estudios Internacionales (Université Complutense de Madrid), qui fait preuve d'un intérêt permanent pour l'exploration de la réalité d'autres sociétés – et en particulier le rôle qu'y jouent les acteurs civils – en vue de diffuser les connaissances sur des aspects essentiels de la réalité dans une zone aussi singulière, pour tant de raisons, pour l'Espagne, comme celle des pays de la rive sud de la Méditerranée.


Le Partenariat euro-méditerranéen : le processus de Barcelone : nouvelles perspectives
Filali Osman et Christian Philip (dirs.), Ed. Bruylant, Bruxelles, 2003.


Publication qui reprend les actes du colloque tenu à Lyon en décembre 2001, et qui présente un bilan du Processus de Barcelone à la lumière des résultats obtenus après huit ans de partenariat. Les contributions abordent plusieurs aspects, qui vont de l'expérience en matière de sécurité à l'analyse des aspects économiques du partenariat et des conséquences d'autres processus européens tels que l'élargissement de l'UE, en passant par les questions juridiques ou culturelles.


Nos voisins musulmans : histoire et mécanisme d'une méfiance réciproque
Yves Montenay. Les Belles Lettres. Paris, 2004.


Depuis 14 siècles, et tout particulièrement après les attentats de ces dernières années, l'Occident a construit une vision très critique des musulmans, qui les renferme dans l'archaïsme et les exclue de la modernité. Il se produit alors un croisement de regards critiques réciproques, requérant une analyse et une révision de l'histoire qui structure la vision du monde et la réaction vis-à-vis de l'autre. L'auteur, sans entrer dans les domaines de la foi, prétend parler des musulmans – nos voisins du Maroc à l'Iran – pour éliminer les préjugés et garantir une meilleure compréhension mutuelle.


Sahraouis. Exils – Identités
Annaïg Abjean, Zahra Julien. Préface de Sophie Caratini. Editions L'Harmattan, Paris 2004.


L'exil agit avec force sur la construction identitaire des individus et des groupes. De ce fait, les recherches d'Annaïg Abjean et de Zahra Julien se répondent fort heureusement. A propos d'une même population, les Sahraouis, des questions à la fois distinctes et complémentaires sont ainsi doublement posées : l'exil, l'identité, l'identité construite dans l'exil et l'exil comme composante de l'identité. On lira avec intérêt cette déclinaison des différentes facettes de l'exil et de l'histoire sahraouie de l'intérieur, qui aborde un sujet crucial qu'aucun auteur n'a jusqu'à présent pu ou osé traiter : le processus qui est à l'origine du difficile passage des générations. Quelle est la part de reproduction du rapport colonial dans la construction/destruction de l'identité sahraouie comme de l'identité marocaine, toutes deux sommées d'être « nationales »? Quelle configuration maghrébine et/ou africaine s'agit-il de produire ou au contraire d'interdire, pour le Nord et/ou pour le Sud, derrière ces questions de construction identitaire ?

Tel est le champ de réflexion, particulièrement riche, qu'ouvre cette recherche à propos du cas sahraoui.


Références

Maghreb

– Las fuerzas armadas argelinas : desafíos nacionales e internacionales. Carlos Echeverría Jesús. Real Instituto Elcano de Estudios Internacionales y Estratégicos. Madrid, 2004

– De la question berbère au dilemme kabyle à l'aube du XXIème siècle. Maxime Aït Kaki. Éd. L'Harmattan, Paris, 2004.

– Bouteflika, une imposture algérienne. Mohamed Benchicou. Ed. Le Matin, Alger, 2004.

– Le système bancaire algérien. Abdelkrim Naas. Ed. Maisonneuve et Larose, 2003.

– La casbah d'Alger ou l'art de vivre des algériennes. Farida Rahmani. Ed. Paris Méditerranée, 2003.

– Villes du Sahara : urbanisation et urbanité dans le fezzan libyen. Olivier Pliez. C.N.R.S. Editions, 2003.

– Algérie : la question kabyle. Ferhat Mehenni. Ed. Michalon, 2004.

– Khawatir Assabah, Mémoires (1974-1981) (en árabe). Abdallah Laroui. Ed. Centre culturel arabe, 2004.

– Maghreb, la démocratie impossible. Pierre Vermeren. Ed. Fayard, avril 2004.

– Le temps des impunis. Rida Lemrini; Ed. Marsam, 2004.

– Du 11 septembre au 16 mai. Omar Mounir. Ed. Marsam, 2004.

– Les sindbads marocains : voyage dans le Maroc civique. Fatima Mernissi. Editions Marsam, Rabat, mars 2004.

– Le soufisme et les zaouyas au Maghreb. Halima Ferhat ; Ed. Toubkal, 2004.

– Maghrébinologie, générale et sytématique ‘citoyen de troisième classe'. Boutammina Nasr E. Ed. Al Bouraq, 2004.

– La pensée réformiste sous le protectorat. Assia Benadada (M. Ibn Hassan El Hajoui); Ed. Le centre culturel arabe, 2004.

– Espagnols de Casablanca. Margarita Ortiz Macias. Ed. Aïni Bennaï, 2004.



afkar / idées. Revue trimestrielle pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe
      

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