afkar / idées. Revue trimestrielle pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe
Revue trimestrielle pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe
Español | Français      










Tableau 1 : La bosse démographique : plus de jeunes, plus de chômage jusqu’en 2020

Les pays du Maghreb ont déjà pratiquement conclu la « transition démographique », c'est-à-dire l'ajustement à la baisse du taux de natalité par rapport à la chute du taux de mortalité : de fait, les taux de fertilité se situent légèrement au-dessus du niveau de remplacement à long terme, bien qu'une bonne partie de cet ajustement soit dû à des facteurs « exogènes » qui reflètent plus l'échec des politiques sociales que la réussite des politiques démographiques, comme la propre répercussion du chômage juvénile ou les difficultés d'accès au logement, qui retardent considérablement l'âge moyen du mariage (en Algérie, par exemple, 31,3 ans pour les hommes et 27,6 pour les femmes) et réduisent par conséquent la natalité. En tout état de cause, le problème ne réside plus tant dans les taux de croissance que dans l'extrême jeunesse de la population (32 % des 70 millions d'habitants du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie ont moins de 15 ans). Ce qui fait qu'au cours des 15 prochaines années (jusqu'en 2020), l'incorporation de ces jeunes sur le marché du travail va provoquer une rapide augmentation de la population en âge de travailler, ce que se connait sous le nom de « bosse démographique » (en raison de la forme du graphique qui présente ce phénomène).

Selon le réseau Femise qui prend pour référence le scénario démographique le plus favorable, cette bosse signifie simplement que pour que le nombre total actuel de chômeurs – déjà plus de quatre millions entre les trois pays – n'augmente pas au cours des 15 prochaines années, le Maroc, l'Algérie et la Tunisie devront créer un total de plus de 10 millions d'emplois nets (voir table 1). Dans le cas de l'Algérie, cela signifie pratiquement de doubler la population occupée actuelle (5 726 000 employés), tandis que dans le cas du Maroc et de la Tunisie , il s'agirait de l'augmenter de quasi 50 % (le nombre actuel d'employés est de 9 555 000 et de 2 504 000, respectivement), un résultat que, selon les économistes de la Banque mondiale, « même les économies à haut rendement de l'Asie du sud-est n'ont pas atteint à leur moment de plus forte croissance de l'emploi ».

Mais, si l'on fait abstraction du fait que les chiffres du Femise sont relativement optimistes – la BM et le PNUD offrent des prévisions plus inquiétantes –, il faut savoir que les chiffres de la table ont été calculés en partant de l'hypothèse que les taux d'activité (c'est-à-dire la proportion de la population en âge de travailler qui cherche effectivement du travail, ou travaille) vont rester constants au cours des 15 prochaines années.

Or, il existe deux phénomènes qui contribueront à augmenter la pression sur le marché du travail :

– L'exode rural. L'émigration du milieu rural vers les villes – qui dans les pays du Maghreb n'a pas encore atteint son apogée – entraînera une augmentation du taux d'activité. Le pourcentage de population rurale est encore très élevé dans les trois pays : 44,5 % au Maroc, 42,9 % en Algérie et 34,5 % en Tunisie, et l'expulsion d'une part importante de cette population rurale sera la conséquence inévitable du processus de modernisation agricole nécessaire pour accroître la productivité dans ce secteur et le rendre plus compétitif : à l'heure actuelle, la contribution du secteur agricole à la production nationale est, dans tous les pays, comprise entre la moitié et un tiers de ce qui correspondrait à la part de population active qui y travaille (au Maroc, il représente 14 % de la valeur ajoutée brute nationale, mais il absorbe 44 % de l'emploi ; en Tunisie, il apporte 12 % de la production et occupe 22 % de l'emploi ; en Algérie, il représente 8 % de la population nationale, et 12 % de l'emploi).

– L'incorporation de la femme sur le marché du travail. Les taux d'activité des femmes sont encore très faibles (31,2 % des femmes âgées de 15 à 65 ans en Algérie, 43,8 % au Maroc et 39,6 % en Tunisie, y compris les chômeuses). A moins que l'on prétende continuer à exclure la moitié de la population de l'émancipation économique et bloquer le processus de changement des rôles sociaux – chose de plus en plus difficile dans le contexte d'augmentation généralisée des niveaux de formation des femmes –, cela supposerait l'arrivée sur le marché du travail d'un contingent supplémentaire de population. A des fins exclusivement illustratives, si le taux de participation des femmes sur le marché du travail augmentait de cinq points porcentuels, le nombre de postes de travail nécessaires dans les pays du Maghreb augmenterait d'un peu plus de 10 millions, à plus de 12 millions. Dans le cas du Maroc et de la Tunisie , ces cinq points correspondent dans les grandes lignes à l'augmentation du taux d'activité féminine prévu par l'Organisation internationale du travail au cours des 15 prochaines années, mais dans le cas de l'Algérie, l'OIT prévoit une augmentation de plus de 20 %, qui exigerait la création de plus de 3,5 millions d'emplois supplémentaires par rapport aux besoins indiqués dans la table 1.

Et il ne s'agit pas, comme dans le cas des prévisions à plus long terme, de simples extrapolations des tendances actuelles. Les jeunes qui s'incorporeront sur le marché du travail au cours des 15 prochaines années sont déjà nés, et leurs perspectives professionnelles dépendront en grande partie de l'éducation qu'ils reçoivent aujourd'hui.



Tableau 2 : De rapport en rapport

L'année dernière a montré une prolifération de rapports et d'études sur les perspectives économiques et sociales du monde arabe, dans lesquels le problème de l'emploi occupe toujours une place privilégiée. Néanmoins, on observe toujours la rareté et le manque de fiabilité des statistiques sur l'emploi et des indicateurs sociaux dans les pays du Maghreb, qui font que les chiffres sur lesquels reposent les estimations restent purement approximatifs. Les principaux diagnostics élaborés au cours des deux dernières années sont les suivants :

- Arab Human Development Report, du Programme des Nations unies pour le développement. http://www.undp.org/rbas/ahdr/english2002.html.

Il est devenu la véritable Bible de l'analyse des pays arabes. Le premier rapport publié en juin 2002 dressait une analyse économique, politique et sociale de ces pays, identifiant l'emploi comme l'un des principaux enjeux à affronter. Sa proposition consiste à attaquer les « trois déficits » dont souffre, à son avis, la région : connaissances et éducation, libertés et bon gouvernement, et participation de la femme à la vie économique et sociale. Entre 2003 et 2005, un rapport complet est publié sur chacune de ces questions (celui de 2003, consacré à la construction d'une « société de la connaissance », peut être consulté sur : http://www.undp.org/rbas/ahdr/english2002.html).

- Unlocking the Employment Potential in the Middle East and North Africa: Toward A New Social Contract (Débloquer le potentiel de l'emploi au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : vers un nouveau contrat social), de la Banque mondiale. En anglais et résumé en arabe. Il peut être consulté sur : http://lnweb18.worldbank.org/mna/mena.nsf/Attachments/EmploymentOverview/$File/Employment-overview.pdf

La Banque mondiale a élaboré l'étude la plus complète sur la situation et les perspectives de l'emploi dans la région. Le nouveau contrat social proposé par la BM consiste en un ensemble de politiques de développement favorisant trois grandes « transitions » : d'un modèle de développement fondé sur le secteur public à un autre reposant sur le secteur privé, une pleine intégration dans l'économie mondiale par l'accélération de la libéralisation externe, et une plus grande diversification des économies excessivement dépendantes du secteur du pétrole. Ce rapport n'aborde pas la question clef de savoir comment récupérer le manque de compétitivité et d'avantage comparatif dont souffrent ces pays – sauf précisément dans le secteur pétrolier – qu'y est constatée, dans un environnement global de plus en plus compétitif, qui remet en question la soutenabilité de sa balance extérieure, le captage d'investissements étrangers, le développement du secteur privé et en dernier recours, la propre viabilité économique de ces pays.

- Rapport Femise 2003 sur le Parténariat Euroméditerranéen, Femise. Institut de la Méditerranée , coordonné par Heba Handoussa et Jean-Louis Reiffers. En anglais et en français. http://www.femise.net/PDF/Femise_A2003fr.pdf

Avec le temps, les rapports annuels du Forum euro-méditerranéen d'instituts économiques (Femise) sont devenus la principale source d'information sur les aspects économiques du Partenariat euro-méditerranéen, et en particulier sur le commerce, l'investissement, l'évolution macroéconomique et les réformes économiques. Celui de 2003 consacre son premier chapitre au « nécessité impérieuse de couvrir les besoins en emplois ». Il souligne la croissance économique et la stabilisation macroéconomique comme des recettes utiles à cet égard.

- Parmis les rapports sur la population et l'emploi au Maghreb disponibles sur Internet – en anglais ou en français – on peut remarquer les suivants :

•  Jennifer Keller et Mustapha Nabli (2002) : The macroeconomics of labour market outputs in MENA over the 1990, Banque mondiale. http://www.worldbank.org/mdf/mdf4/papers/keller-nabli.pdf

•  Eurostat (2002) : Population active et marchés de travail dans les pays euroméditerranéens, Statistiques en bref 24/002. http://europa.eu.int/comm/eurostat/Public/datashop/print-catalogue/FR?catalogue=Eurostat&collection=02-Statistics%20in%20Focus&product=KS-NK-02-024-__-N-FR

•  L'impact de la transition démographique sur la croissance et l'emploi au Maroc, Document de travail nº 95, Ministère des finances et de la privatisation du Maroc, décembre 2003, Bouameur Ragy et Abdelhak Azeroual. http://www.finances.gov.ma/dpeg/publications/en_catalogue/doctravail/doc_texte_integral/dt95.pdf

•  Economic Research Forum (2003): “Labor Markets and Human Resource Development”, Chapitre sur l'emploi du Rapport biannuel Economic Trends in the MENA Region 2002 sur les tendances économiques dans la région: http://www.erf.org.eg/Indicators_02/Chap5.pdf


afkar / idées. Revue trimestrielle pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe
      

Estudios de Politica Exterior S.A. Núñez de Balboa 49, 5º pl. 28001 Madrid. Tel: 91 4312628 Fax: 91 435 40 27
IEMed Girona, 20. 5ª planta · 08010 Barcelona · Tel: 93 244 98 54 Fax: 93 247 01 65

© 2003 afkar / ideas - webmaster@iemed.org